Ain (F) - «Si j’avais pu, moi aussi j’aurais tué mon client»
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Ain (F)«Si j’avais pu, moi aussi j’aurais tué mon client»

Lors du procès aux Assises d’une escort qui avait poignardé un homme après une séance sadomaso en 2017, une ex-amie a dévoilé l’envers du décor.

par
Richard Schittly
La prévenue dit avoir été violée après une séance hard.

La prévenue dit avoir été violée après une séance hard.

Getty Images/iStockphoto

Elle aussi a été escort girl dans le Pays de Gex. Marta* a livré un témoignage saisissant, lundi, à la Cour d’assises de l’Ain (F). «À 18 ans, je me suis prostituée pendant six mois, je ne l’ai jamais dit à personne», raconte l’ancienne amie d’A., jugée pour le meurtre d’un client à Saint-Genis-Pouilly (F) en 2017 (lire l’encadré). «C’était une manière d’exister. Je travaillais toute seule par annonces, je croyais gagner de l’argent, mais cet argent-là part très très vite, c’est pas un bon argent», a posément expliqué la jeune femme, aujourd’hui mariée et établie dans le Valais.

Marta a décrit la «vie épicurienne», les sorties en boîte à l’Usine à Genève et la prostitution, sans se méfier des dangers. Puis l’émotion l’étreint. «J’ai subi un viol en 2016, j’ai mis quatre ans pour me dire que c’était un viol», révèle-t-elle pour la première fois en public. «Si j’avais pu, je l’aurais tué. Il faut le vivre pour le comprendre», ajoute Marta à propos du client violent dont elle a «oublié le nom».

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La prévenue habitait le village de Flies, dans la commune de Saint-Genis-Pouilly (Ain), qui jouxte Genève.

La prévenue habitait le village de Flies, dans la commune de Saint-Genis-Pouilly (Ain), qui jouxte Genève.

20 minutes / jef
Elle résidait depuis août 2016 au premier étage de ce lotissement. Sa porte d'entrée se situe en haut des escaliers.

Elle résidait depuis août 2016 au premier étage de ce lotissement. Sa porte d'entrée se situe en haut des escaliers.

20 minutes/ jef
Les scellés ont été posés sur la porte d'entrée de la prévenue, interpellée le 6 octobre.
Les scellés ont été posés sur la porte d'entrée de la prévenue, interpellée le 6 octobre.

20 minutes / jef

Son récit correspond exactement à la version d’A., qui prétend avoir tué son client pour se défendre après un viol sordide. «Je ne la pense pas pouvoir monter un mytho pareil, ça ne s’invente pas», insiste Marta. Pour la défense, ce témoignage renforce la thèse de la légitime défense qui pourrait motiver l’acquittement. Sauf qu’A. a fait disparaître le corps et utilisé la carte bancaire de la victime. «Moi je n’aurais pas fait ça», a admis l’ex-amie.

*prénom d’emprunt

«Docteure Jekyll et miss Hyde»

Machiavélique ou fragile? A. a multiplié les mensonges après avoir tué son client, pour faire croire que l’informaticien était encore vivant. «C’est un personnage complexe», a estimé au procès l’enquêteur de la brigade criminelle de Lyon. «Souriante et agréable» quand il vient l’interpeller chez sa mère, la jeune femme se crispe quand il découvre la carte bancaire de la victime. «Son visage a changé d’un coup, c’était quelqu’un de dur, dans le combat, docteure Jekyll et miss Hyde.»

La victime retrouvée calcinée en Italie

En août 2017 à Saint-Genis-Pouilly (F), près de Genève, A., 22 ans à l’époque, a poignardé un quinquagénaire lyonnais. La jeune femme, serveuse dans des bars à Genève et Lausanne, était prostituée occasionnelle. La victime était l’un de ses clients. L’accusée a affirmé s’être défendue après une séance sadomasochiste ayant mal tourné. Le corps de l’homme a été retrouvé calciné dans le Val d’Aoste (I). Sa carte bancaire avait été utilisée par la prévenue. Verdict mercredi.

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