«20 minutes» aux États-Unis: «Si Trump avait gagné, la ville brûlerait ce soir»
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«20 minutes» aux États-Unis«Si Trump avait gagné, la ville brûlerait ce soir»

Sitôt la victoire en Pennsylvanie de Joe Biden annoncée samedi en fin de matinée, et donc son élection à la présidence, une foule en liesse s’est réunie face à l’Hôtel de Ville et au Convention Center de Philadelphie, où les bulletins étaient dépouillés. La Garde nationale était, elle, déployée par endroit en soutien à la police.

par
Frédéric Nejad Toulami, Philadelphie

«Hi Dude, how are you doing?» Le jeune qui s’adresse amicalement à moi dans la rue, samedi soir, s’appelle John. Lui et ses deux potes semblent avoir moins de 25 ans. John me demande ce que j’ai pensé de cette élection. Ses yeux semblent fatigués par la journée festive et arrosée, comme pour des milliers de personnes en ce jour où Joe Biden a été annoncé élu à la présidence des États-Unis. «Il y a beaucoup d’espoir dans cette élection, mais il y aura aussi sûrement des déceptions par la suite», admettent-ils, lucides. John déclare alors: «Ce qui est sûr, c’est que si Trump avait gagné aujourd’hui, Philadelphie serait en feu ce soir.»

La liesse générale s’est emparée du centre-ville

Il est vrai que cette ville à forte majorité démocrate, où des courants d’extrême gauche s’expriment parfois brutalement et où les pilleurs sévissent en certaines occasions, aurait pu connaître un sort très différent en ce samedi 7 novembre. Et la forte présence policière au centre-ville, soutenue par des soldats de la Garde nationale, n’est pas étrangère au risque réel d’émeute qui planait sur la plus grande ville de l’État de Pennsylvanie. Mais c’est la liesse qui s’est finalement emparée d’elle pour la faire chanter et danser jusqu’au soir, grâce à la victoire de Joe Biden.

Dès la fin de matinée, de nombreux piétons ont convergé à la fois devant l’Hôtel de Ville et le Convention Center, où les bulletins étaient dépouillés jour et nuit. Et des automobilistes klaxonnaient à travers les rues non fermées par les forces de l’ordre, très présentes.

Bouteilles de champ’ pour célébrer

Des chants, des cris, des slogans et des éclats de rire ont résonné tout l’après-midi au milieu de cette foule, sous les regards indifférents de nombreux SDF qui hantent certains lieux de la ville. Des organisateurs ont diffusé de la musique depuis des haut-parleurs et on a même eu droit au titre YMCA, pour se moquer de ce morceau qui était joué à chaque meeting de campagne de Donald Trump, se dandinant à l’occasion. Encore plus osé: un des derniers discours télévisés du président républicain a été diffusé en entier: l’humour de situation a fonctionné un moment, avant d’en agacer plus d’un. Mais les chants et les bouteilles de pseudo-champagne ouvertes pour célébrer cet instant ont déridé les gens présents en nombre.

Arrivée de supporters de Trump

En fin d’après-midi, une douzaine de supporters de Trump, munis de drapeaux et de panneaux, se sont invités au tableau, devant le Convention Center. Eux contestent les résultats et les invectives verbales de la part des pro-Démocrates ont fusé, mais sans déraper en violence, et en présence de policiers. Un extrait de la scène filmée par 20 minutes sur place:

Face à face entre pros et antis Trump

FNT

Les slogans chantés ont repris: «You are fired» , «Hey, ho, Donald Trump has got to go». Au détour d’une rue, de très jeunes femmes se sont arrêtées pour saluer et remercier une dame d’un âge respectable qui s’était déplacée lentement avec son déambulateur afin d’assister à ce moment historique aux États-Unis.

Sur le trottoir d’en face, une jeune manifestante portait sur elle un slogan ironique concernant Trump: «We have grabbed him by the ballot» (Nous l’avons attrapé par le bulletin); la référence vise des propos sexistes et grossiers de Donald Trump à l’égard des femmes il y a quelques années de cela (ndlr: «Grab them by the pussy»).

Message d’une manifestante à l’adresse de Trump.
Message d’une manifestante à l’adresse de Trump.FNT

Peu avant 17h, sur le parvis du City Hall, à deux blocs de là, la foule est immense, face à quelques orateurs chauds comme la braise, munis d’un micro sur une petite estrade.

Une fin de samedi soir bien calme

Vers 23h15, le calme régnait de nouveau downtown. Les places et avenues se sont vidées, la plupart des établissements ont fermé: la frénésie de la victoire de Biden et la pandémie ont fini par calmer les ardeurs. Des déchets débordent des poubelles, des cotillons jonchent le sol du parvis du City Hall sous le regard de membres armés et en treillis de la Garde nationale postés autour du bâtiment administratif historique. Sur l’avenue voisine, un beauf fait rugir le moteur de sa Ford Mustang dans la quiétude de la nuit.

À Samson Street, les terrasses des rares bistrots nocturnes encore ouverts regorgent de clients bruyants. Dans cette même rue, deux SDF sont allongés sur le trottoir, comme tant d’autres miséreux à travers Philadelphie. L’un d’eux, les yeux mi-clos, se pique le bras à l’aide d’une seringue sans attirer l’attention…

Un SDF toxicomane vient de se piquer sur le trottoir, à quelques mètres à peine de noctambules assis à une terrasse.
Un SDF toxicomane vient de se piquer sur le trottoir, à quelques mètres à peine de noctambules assis à une terrasse.fnt

Au coin de la rue, des noctambules font, eux, la file devant une enseigne: Insomnia Cookies. Un peu de douceur pour conclure ce 7 novembre mémorable pour plus d’un.

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