Coronavirus en Espagne: «Si tu fais la fête, le prochain arrêt pourrait être la morgue»
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Coronavirus en Espagne«Si tu fais la fête, le prochain arrêt pourrait être la morgue»

En dépit de la pandémie, de nombreuses fêtes privées se déroulent dans la capitale espagnole. Les raids policiers se multiplient. La campagne de sensibilisation des autorités ne convainc pas.

«Si vous n’ouvrez pas la porte, nous allons l’enfoncer!», hurle un policier, alors même que ses collègues s’emploient à couper la chaîne qui ferme l’entrée arrière d’un bar de Madrid à l’aide d’une scie circulaire.

Ailleurs, des policiers forcent le rideau métallique d’un bar à cocktails et font irruption dans une salle à la lumière tamisée où plusieurs dizaines de personnes boivent un verre. «Qui est le propriétaire?» demande une femme officier.

Bien que la vie nocturne de la capitale espagnole se soit arrêtée depuis l’été et qu’un couvre-feu soit en vigueur depuis octobre pour lutter contre le Covid-19, ce genre de raids policiers est devenu courant à Madrid.

Au contraire de certains pays européens qui ont choisi le confinement et la fermeture des commerces pour lutter contre la pandémie, l’Espagne a décidé de laisser ouverts bars et restaurants.

Les fêtes n’ont pas cessé

Elle leur a toutefois imposé des restrictions, puisqu’ils ne peuvent accueillir que 50% de leur capacité maximale et doivent fermer à une certaine heure. En outre, les réunions privées sont limitées à un maximum de six personnes.

Mais, comme c’est le cas dans d’autres pays européens, les fêtes n’ont pas cessé pour autant, comme s’il n’y avait pas de coronavirus.

Certains se retrouvent dans des bars après l’heure de fermeture officielle, d’autres se rassemblent dans des appartements ou des maisons loués pour le weekend. D’autres encore préfèrent des fêtes de masse du genre «rave party», qui peuvent réunir des centaines de personnes dans un parc ou un entrepôt désaffecté. Toutes ces fêtes ont une chose en commun: masques et distanciation sociale sont laissés au vestiaire.

«Irresponsables»

«Bien que la majorité des gens respectent les règles, il y a une minorité qui cherche des alternatives pour s’amuser», commente un haut-responsable de la police de Madrid, le commissaire José Luis Morcillo.

L’âge moyen est de 30 ans, dit-il. «Ils ne sont donc plus jeunes, mais ils sont irresponsables», déclare-t-il dans une interview à l’AFP. Pour ces fêtes, le secret est de rigueur, avec un prix d’entrée habituel.

«Qu’y a-t-il de plus effrayant que la situation actuelle, avec des confinements, des restrictions et de moins en moins de libertés?» pouvait-on lire sur une invitation pour une fête de Halloween avec une entrée à 20 euros et dont le lieu devait être indiqué le jour même.

Entre fin octobre et la mi-décembre, la police madrilène affirme avoir mis fin à 2910 fêtes, déclenché des poursuites contre 279 établissements et imposé des amendes à 7816 personnes qui ne portaient pas de masque. Et les amendes ne sont pas une plaisanterie, puisqu’il en coûte 600 euros à ceux qui sont pris à une de ces fêtes illégales ou ne portent pas de masque, mais aussi à ceux qui fument.

Quant aux organisateurs de ces fêtes illégales, les amendes peuvent monter jusqu’à... 600’000 euros. C’est arrivé pour deux méga-fêtes organisées dans une zone industrielle de la banlieue de capitale, selon le commissaire Morcillo. Mais la plupart de ces fêtes ont lieu dans des logements privés.

«Cela n’a pas aggravé la situation»

Ils étaient neuf dans un appartement, dégustant une bière sur le balcon en écoutant de la musique, lorsque la voiture de police est arrivée, déclenchant la panique.

«Trois sont partis en courant, mais l’un d’entre eux est revenu avec la police, qui a donc su que nous étions plus de six, ce qui est illégal», se souvient «Paloma», une jeune femme de 29 ans au chômage, qui n’a pas voulu donner son véritable nom.

Les fêtards restés à l’intérieur ont préféré céder aux injonctions de la police et ouvrir la porte. Finalement, ils n’ont pas reçu d’amende. Peu de participants acceptent de parler de ces fêtes et aucun n’accepte de donner son véritable nom. «Nous étions 15 dans notre appartement. Ca peut paraître égoïste, mais je ne pense pas que cela ait aggravé la situation», estime «Oscar».

Ce jeune homme assure ne pas craindre la police, car il explique que les policiers ne peuvent pas pénétrer dans une résidence privée sans l’autorisation de son occupant ou sans un mandat. Et s’ils ne peuvent pas entrer, «ils ne peuvent pas vous infliger d’amende, parce qu’ils ne peuvent pas savoir combien de personnes il y a».

Un slogan menaçant

Comme beaucoup d’autres jeunes, il n’est pas du tout convaincu par la campagne de sensibilisation lancée par la région de Madrid, notamment au moyen de grandes affiches dans le métro qui proclament: «si tu vas faire la fête, le prochain arrêt pourrait être la morgue».

«Tu ne peux pas prétendre que le métro, qui est toujours plein, ne constitue pas un risque, mais que 15 personnes dans un appartment en sont un», dit-il sur un ton moqueur.

Les réunions privées sont considérées par les experts comme les principales sources d’infection et de propagation du virus. Le risque est donc d’autant plus grand à l’approche de Noël et du Noel An, une période propice aux fêtes en tous genres.

D’autant que le nombre des cas de Covid-19 en Espagne, qui avait baissé en novembre, a recommencé à grimper, provoquant l’inquiétude des autorités et la menace d’un durcissement des restrictions.

(AFPE)

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