Le Jura prend des mesures: «Si un loup a faim et s’il est malin, il arrivera malgré tout à ses fins»

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Le Jura prend des mesures«Si un loup a faim et s’il est malin, il arrivera malgré tout à ses fins»

Le loup a fait plusieurs victimes dans des exploitations jurassiennes, en automne, puis en février dernier. Soutenu par la Confédération et le WWF, le Canton souhaite renforcer les clôtures autour des pâturages. Témoignages.

par
Thomas Christen
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Les moutons et les chèvres sont les premières victimes du loup dans le Jura.

Les moutons et les chèvres sont les premières victimes du loup dans le Jura.

20min/Sébastien Anex
Ce plan de protection suit les directives du «Plan Loup» de la Confédération, dont les objectifs sont d’éloigner le loup des troupeaux de chèvres et de moutons.

Ce plan de protection suit les directives du «Plan Loup» de la Confédération, dont les objectifs sont d’éloigner le loup des troupeaux de chèvres et de moutons.

20min/Sébastien Anex
Florian Nicolet, agriculteur, a installé des clôtures spécifiques pour protéger ses moutons du loup.

Florian Nicolet, agriculteur, a installé des clôtures spécifiques pour protéger ses moutons du loup.

20min/Sébastien Anex

Le loup a largement posé sa patte sur le Jura. Son retour a été observé à Saint-Ursanne, sur la commune du Clos-du-Doubs (JU), l’automne dernier. Alors que le dernier loup abattu dans le canton l’avait été en 1888 du côté de Beurnevésin. Or depuis octobre de l’année dernière, les attaques ont touché plusieurs exploitations du canton. Onze moutons et deux chèvres y ont succombé. En février encore, un loup a tué deux agneaux à Montsevelier, malgré l’intervention de l’éleveur qui a été témoin de la scène. L’Office de l’environnement ignore si ce prédateur est actuellement seul ou en groupe, en cette phase de colonisation à l’est de l’Arc jurassien, indique un communiqué de presse.

Dans ce contexte sinistre, le Jura a donc mis en œuvre ses premières mesures renforcées de protection des troupeaux. Les exploitations ovines et caprines qui ne seront pas en possession de chiens de protection bénéficieront d’un soutien financier de 180’000 francs (dont 50’000 à la charge du Canton) afin de renforcer leur système de clôtures.

Des chiens et de l’électricité

Pas question pour les autorités de marcher à pas de loup. Le renforcement des mesures pour les 50 parcelles à risque est en cours et devrait être prêt pour l’estivage du bétail. Ce plan de protection suit les directives du «Plan Loup» de la Confédération, dont les objectifs sont d’éloigner le loup des troupeaux de chèvres et de moutons, mais aussi de respecter les règles fédérales pour cette première phase de recolonisation de l’espèce. 

D’après Pierre-Alain Juillerat, de la Fondation Rurale Interjurassienne (FRI), deux catégories de mesures seront organisées et soutenues par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV): d’une part, des chiens de troupeaux seront à disposition d’une dizaine d’exploitations dans le but de limiter le danger. D’autre part, sur les clôtures seront installés «cinq fils électriques, dont le premier doit se trouver à 20 cm du sol et bien suivre le terrain, ce qui représente un travail considérable de mise en place et d’entretien», précise Pierre-Alain Juillerat, qui dit d’ailleurs chercher des bénévoles pour aider les agriculteurs. 

Une cohabitation possible?

L’agriculteur Florian Nicolet a déjà renforcé son exploitation et se dit rassuré: «Même si le loup a été photographié à 2-3 kilomètres, cela ne représente pas un gros stress pour moi du fait que le lynx est déjà là et qu’on n’a jamais eu d’attaque.» Cependant, les risques d’attaques de troupeaux augmentent si les loups forment des meutes. Et cela a un coût: «Au total, cela représente 10’000 francs environ, dont 6000 à ma charge. Cela fait un gros budget, mais j’investis pour 15-20 ans. Au final, avec l’entretien, cela me reviendra à environ 1000 francs par an.»

De son côté, le WWF admet toutes ces régulations, surtout si les attaques continuent de faire rage. Toutefois, Marie-Anne Etter (WWF Jura) est «convaincue que la cohabitation loup-agriculture est possible.» Pour la biologiste, le cliché du grand méchant loup est à casser, puisque le canidé joue un rôle notable dans l’équilibre de nos forêts. Soutenir à la fois les troupeaux et les loups? Amaury Boillat, inspecteur de la faune à l’Office jurassien de l’environnement, se dit confiant de l’efficacité de ces mesures, mais il garde les pieds sur terre sur les chances d’empêcher le loup d’entrer dans la bergerie: «S’il a faim et s’il est malin, il arrivera malgré tout à ses fins.»

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