Grisons: Signaler les radars via WhatsApp: gare à la prune!
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GrisonsSignaler les radars via WhatsApp: gare à la prune!

Plus de cent personnes doivent actuellement rendre visite à la police cantonale grisonne. Elles sont toutes membres d'un groupe qui met en garde contre des contrôles routiers.

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vro/fu
Keystone/Karl Mathis

Un jeune lecteur de 24 ans ne pensait rien faire de mal en rejoignant l'an dernier un groupe WhatsApp. Dans celui-ci, les quelque 250 membres signalent les radars qu'ils aperçoivent dans le canton des Grisons. Mais il a dû se rendre à l'évidence, la semaine passée, après avoir reçu un appel des forces de l'ordre. L'agent au bout du fil l'a prié de se présenter prochainement à un poste de police à Coire, écrit jeudi «20 Minuten».

Pour le jeune homme, il est totalement injustifié que la police s'en prenne aux membres du groupe. «Ça n'a plus rien à voir avec de la sécurité routière!» Contactée par nos confrères alémaniques, la police cantonale des Grisons confirme qu'elle enquête «sur des membres de plusieurs groupes WhatsApp mettant en garde contre des radars». Plus de cent personnes seraient concernées.

«Tout le système est remis en cause»

«Je trouve ça scandaleux! C'est totalement disproportionné d'utiliser autant de ressources pour cela», critique le conseiller national Christian Imark (UDC/SO). Selon lui, ces groupes ne servent pas uniquement à signaler des contrôles, mais également à mettre en garde contre des routes givrées, des accidents et des bouchons. Il envisage de décriminaliser ces mises en garde via WhatsApp par le biais d'une motion.

Le conseiller national Thomas Hardegger (PS/ZH) n'est pas de cet avis. «Avec ces signalements via WhatsApp, c'est tout le système qui est remis en cause.» Certains membres de ces groupes ne respecteraient les limitations de vitesse que lorsqu'ils savent qu'il y a un radar dans les parages. «Ils représentent ainsi un danger la sécurité routière.»

A partir de quand un groupe est-il considéré comme public?

En septembre 2017, un lecteur saint-gallois avait déjà écopé d'une prune de 850 francs pour avoir mis en garde contre un contrôle routier via la service de messagerie. Il était lui aussi persuadé de ne rien faire d'illégal puisque la loi sur la circulation routière interdit uniquement les avertissements publics adressés aux usagers de la route (lire encadré). «La situation est totalement différente dans un groupe WhatsApp vu qu'il n'est pas public.»

Or pour le Ministère public saint-gallois cet argument ne tient pas la route. «La loi sur la circulation routière ne précise pas à partir de quand un groupe fermé peut être considéré comme public dans le sens de la disposition pénale», avait ainsi précisé le porte-parole Roman Dobler. Il avait par ailleurs rappelé une ancienne décision du Tribunal fédéral, prononcée dans le cadre d'une affaire de discrimination raciale. Les juges avaient décidé que des agissements peuvent être considérés comme publics s'ils sont commis hors du cercle d'amis, de la famille ou de personnes avec lesquelles on entretient une relation personnelle. Pour s'assurer de cela, il faut évaluer chaque situation au cas par cas, notait Roman Dobler. Et d'ajouter: «Nous observons de plus près tous les groupes fermés de plus de 30 personnes.»

Au cas par cas

A Zurich, un groupe WhatsApp est considéré comme public du moment qu'il s'adresse à plus de 50 personnes. Thomas Rohrbach, porte-parole de l'Office fédéral des routes, estime que les juges doivent évaluer chaque situation au cas par cas.

Art. 98a Avertissements de contrôles du trafic

Est puni de l'amende quiconque:

b. fournit à titre onéreux un service avertissant de tels contrôles;

c. utilise, aux fins mentionnées, des appareils ou des dispositifs qui ne sont pas destinés à avertir de contrôles officiels du trafic.

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