Tennis: Simona Halep peut faire basculer sa carrière

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TennisSimona Halep peut faire basculer sa carrière

Numéro 1 mondial sans jamais avoir triomphé en Grand Chelem, la Roumaine a face à elle une occasion en or en Australie. À ne pas manquer!

par
Arnaud Cerutti

Cela a été un combat de dingues, une sorte de spectacle pyrotechnique à la veille de l'Australia Day, la fête nationale qui tirera tout à l'heure ses feux d'artifices dans le ciel de Melbourne. Jeudi, la demi-finale entre Simona Halep et Angelique Kerber a atteint des sommets au coeur d'une Rod-Laver Arena devenue aussi bruyante que bouillante. Le bras de fer, de ceux dont l'on se souviendra très longtemps, s'est déjà installé dans l'histoire de cette saison, peut-être même dans celle du jeu, tant il a tutoyé des hauteurs rarement explorées. Mais si au bout de deux heures et quart d'échanges extraordinaires qui auraient mérité de déboucher sur un match nul une standing ovation a bien honoré deux guerrières, une seule d'entre elles a déserté le ring en gagnante: la Roumaine, qui après avoir écarté deux balles de match (6-3, 4-6, 9-7), ne se trouve maintenant plus qu'à un succès de faire basculer sa carrière dans un tout autre monde, celui des lauréates de Grand Chelem.

Bien sûr, Miss Halep ne débarque pas de nulle part et sa carte de visite, ornée jusqu'ici de seize titres WTA, de deux finales de majeurs et d'une étiquette de No 1 mondiale depuis le mois d'octobre, a déjà tout pour fait pâlir d'envie ses consoeurs du «Players'Lounge», mais nombreuses sont celles qui lui reprochent encore d'avoir accédé au siège suprême sans s'être montrée capable d'accrocher l'un des quatre grands tournois en trente tentatives. Oui, même assise sur le trône une compétitrice a droit à son panel de détracteurs

Et la demoiselle est consciente du fait que son poids dans le vestiaire est pour l'instant relatif et que les quarante-huit heures à venir sont les plus importantes de sa vie sportive. «Après ma défaite en finale de Roland-Garros l'an dernier, je me suis promise que si l'occasion de triompher en Grand Chelem se représentait, je tâcherais d'y aller à fond, de me montrer plus courageuse que je ne l'avais été, a-t-elle rappelé après avoir assommé Kerber. Pour moi, remporter un tel trophée serait trois plus fort que d'être No 1 mondiale.»

Parce qu'elle se souvient s'être écroulée comme une «bleue» il y a huit mois à Paris – ne menait-elle pas 6-4, 3-0 contre Jelena Ostapenko? – au point de promener depuis lors une étiquette de «joueuse sans mental», la protégée de Darren Cahill bande désormais les muscles. Et serre les dents. Elle s'est arrachée pour s'inviter en finale de cet Open d'Australie, sauvant des balles de match en 16es de finale contre Lauren Davis (au bout de 3 h 44 d'effort) puis encore hier contre «Angie». Autant dire qu'un échec samedi contre Caroline Wozniacki après s'être pareillement dépouillée lui donnerait sans doute envie de se jeter dans la Yarra! «Mais pour l'instant, je suis fière de moi, glisse «Simo», et j'espère le rester. Ma confiance est énorme. Je me bats comme jamais, je cours sur chaque balle, je ne lâche rien, car je sais que je pourrai me reposer après ce tournoi. Je ne veux pas laisser passer ma chance car je peux et veux faire mieux qu'à Roland»

À Melbourne, Simona Halep a la chance de s'être trouvé un soutien inattendu. D'une part car une escouade de supporters roumains n'hésite pas à venir lui crier son amour depuis les travées, mais aussi – et surtout – car depuis l'élimination d'Ashleigh Barty, le public l'a adoptée pour la simple (et bonne?) raison que son coach est australien. «Les gens d'ici sont extraordinaires, souligne-t-elle. Leur mentalité est différente de tout ce que j'ai connu. Ils sont plus relax, ils ne se prennent pas la tête. C'est justement ce que Darren me transmet. Depuis que je travaille avec lui, je parviens à moins me focaliser sur des choses qui m'auraient totalement perturbées auparavant.» Plus rien ne semble en mesure de faire dérailler la reine de la WTA. Qui a bien noté que se dressera samedi en face d'elle une ex-No 1 mondiale sans couronne de Grand Chelem et qui a mis près de huit ans à se remettre des critiques du «Players'Lounge». Mais lequel des deux destins basculera du bon côté de la force?

Marin Cilic déboule très fort en finale. Pour une revanche?

Dans l'histoire récente des tournois du Grand Chelem, on avait laissé Marin Cilic le nez dans le gazon, blessé et dominé par Roger Federer en finale du dernier Wimbledon. Six mois plus tard, au sortir d'une demie parfaitement maîtrisée contre Kyle Edmund (6-2, 7-6, 6-2), on retrouve le Croate le poing serré, le corps et le tennis affûtés, au dernier «round» de l'Open d'Australie. Et le géant, tombeur de Rafael Nadal en quart de finale, est prêt à aller voir plus loin, vers un deuxième titre du Grand Chelem après celui conquis à l'US Open 2014. Prêt et désireux, surtout, de prendre sa revanche sur le Bâlois. S'il n'appartient maintenant qu'à Federer de le rejoindre pour un choc explosif, une chose est sûre: Cilic pratique actuellement le meilleur tennis de sa vie. L'année de ses 30 ans, il semble avoir enfin assemblé toutes les pièces de son puzzle personnel (tactique, technique, mental) pour s'assurer de grimper au terme de la quinzaine sur le podium du classement ATP. Mais l'appétit venant en mangeant, il aspire à mieux, forcément. «Tout fonctionne idéalement pour moi, je suis dans une forme exceptionnelle et le fait d'avoir deux jours de repos devant moi avant la finale ne peut être que bénéfique», insiste-t-il, persuadé de pouvoir faire la nique à tous ses adversaires. Reste que dans la préparation des choses, ce ne sera pas tout à fait la même limonade selon qui de Federer ou de Hyeon Chung se trouvera de l'autre côté du filet.

Le grand jour de la Genevoise Lulu Sun?

Ce vendredi matin, la Suisse entière a logiquement les yeux rivés sur Roger Federer, qui affronte Hyeon Chung en demi-finale (9 h 30), mais une partie de l'histoire du tennis helvétique pourrait s'écrire ailleurs que sur la Rod-Laver Arena, Lulu Sun (16 ans) disputant dans le même temps la finale du double juniors aux côtés de sa partenaire guinéenne Violet Apisah. «Je me trouve à une victoire d'un titre du Grand Chelem et même si ce n'est «que» du double, c'est incroyable, sourit la Genevoise. Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je ressens. On va assurément tout donner pour aller au bout!» Éliminée mercredi en 8e de finale en simple après s'être pourtant bien battue, Sun a réagi en championne pour porter son duo jusqu'à une marche du Graal en alignant deux victoires en moins de vingt-quatre heures. «J'étais fatiguée après ma défaite (ndlr: après plus de 2 h 40 de match), alors j'ai dit à Violet que l'on devait jouer de manière lucide: service, volée. Point»

Pour la joueuse du Country-Club, observée mardi par Heinz Günthardt, la tactique a fonctionné à merveille face au duo helvético-chinois Waltert/Wang. Il faudra donc la reproduire avec la même efficacité contre la paire Liang/Wang afin de fondre sur un titre inespéré au moment de prendre l'avion. «Ce serait génial de remporter ce tournoi, mais pour tout dire je ne me rends pour l'instant pas tout à fait compte de ce que cela signifierait», sourit Lulu, qui concède avoir un peu de place dans sa valise au cas où elle devait ramener un trophée de son périple australien.

Mais si le rêve est en marche, la Genevoise prévient déjà qu'elle ne considérerait pas une victoire comme un aboutissement. Loin de là. «Ce que j'aurais voulu, c'est gagner en simple, reprend-elle. Je travaille pour continuer à progresser et en cela mon aventure ici m'aura beaucoup servi sur le plan individuel.» Elle l'encourage déjà à se retrousser les manches pour la suite de la saison 2018. Avec Roland-Garros et Wimbledon juniors dans le viseur, mais aussi l'envie de pointer son nez dans le classement WTA. Avec un superbe défi en double comme tremplin

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