Sinik: «mon avant-dernier album!»
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Sinik: «mon avant-dernier album!»

Paris. Sinik présentera samedi à Fribourg au public suisse son nouvel album, lors du City Music Festival. Interview exclusive.

Vous deviez sortir cette année un street-cd, puis un album avec Diam's et vous revenez finalement avec un album solo…

Normalement on devait faire l'album avec Diam's et le street-cd dans la foulée. Mais comme le disque avec Diam's n'a pas pu se faire pour des questions de droits entre maisons de disques, je me suis dit qu'il était préférable, par respect pour les gens, de sortir un album solo, plutôt qu'un street-cd. Mais ce dernier va sortir prochainement puisqu'il est terminé.

Pourquoi ce titre, «Le toit du monde»?

Déjà cela n'a rien de prétentieux, ce n'est pas se croire au-dessus des autres. L'idée est juste d'être en hauteur, sur les nuages et de prendre du recul pour regarder le monde et parler de ce qu'il s'y passe.

Cet album est un peu un bilan, est-ce aussi lié à cela?

Oui tout à fait. J'ai eu une année 2007 assez chargée, il s'est passé plein de trucs. Il y a eu des histoires de clash, cet album avec Mélanie (Diam's NDR) qui n'a pas pu se faire, le street-cd repoussé et je sortais d'une grosse tournée, mais c'est la première fois, depuis mon premier album que j'ai pu prendre du recul.

Il sonne comme un dernier album…

Non, le dernier c'est celui qui va arriver, le quatrième. Avec ce qui s'est passé je pourrais encore en faire deux ou trois mais je pense que j'ai tout donné, fait des vraiment bons albums, donc sauf retournement, mon quatrième album sera le dernier. En même temps je commence à produire des jeunes, comme Cifack, donc cela ne me dérange pas de moins rapper pour produire des autres. Je viens de devenir directeur artistique de Six-O-Nine donc c'est moi qui m'occupe de recruter les gens et de signer ceux qui ont le potentiel.

D'où est venue l'idée du titre «De tout là-haut»?

Je suis obnubilé par le fait de savoir si les gens qui sont avec moi sont fiables. Je me suis donc demandé comment serait la vie si j'étais mort et que je pouvais la voir. Je pense que c'est un truc que tout le monde aimerait savoir.

Vous n'avez pas peur que cela soit prémonitoire, comme cela a été le cas avec BIG?

Non, ici on est en France, je ne crois pas qu'on va se faire tuer.

Mais dans l'histoire du clash avec Booba, il disait que cela va se régler sur le terrain…

Bien sûr mais ce ne sont que des paroles, il y a un côté spectacle dans ce genre de déclarations. Pour ceux qui ne le savent pas, Booba et moi on s'est déjà revu et il ne s'est rien passé. Il n'y a donc de danger ni pour lui, ni pour moi, ce n'est qu'un fantasme des gens.

Pourquoi avoir travaillé avec James Blunt?

Parce que c'est un des seuls artistes qui ne fait pas du rap que j'apprécie et que je peux écouter en boucle. Je me sens proche de lui, artistiquement parlant au niveau de la mélancolie, de la tristesse, du piano, des violons... c'est un peu mon équivalent dans un autre style musical. Je voulais surprendre les gens en faisant un truc qui n'a pas encore été fait.

La démarche vient donc bien de vous, pas de la maison de disques?

Je peux jurer sur ma vie que personne n'est jamais venu me voir en disant que je devais poser avec lui. On ne m'a jamais imposé une lyrics ou une mesure donc on ne va pas m'imposer un featuring! C'est moi qui ai fait la demande mais le fait que l'on soit dans la même maison de disques a bien évidemment facilité les choses.

Et comment s'est passé cette collaboration?

Très bien! J'appréhendais un peu parce qu'on ne parle pas la même langue et on ne fait pas la même musique mais j'ai été agréablement surpris et me suis rendu compte qu'au final on était super proche. C'est quelqu'un de vraiment simple et il était autant motivé que moi pour faire le morceau. Juste un exemple, il avait trois jours de repos dans sa tournée et il a utilisé un de ces jours pour revenir en France tourner le clip.

Vous aviez du aller au tribunal pour une parole sur David Hotyah et dans «1 milliard d'euros», vous avez maintenant censuré une phase accusatrice…

Oui parce qu'au final cela ne fait avancer personne ce genre de choses. J'ai dû aller au tribunal, ça m'a coûté des frais et je n'ai rien gagné. Les tribunaux cela fait dix ans que je suis dedans donc si je dois y retourner pour des paroles, je n'ai pas fini de m'en sortir. Donc ce sont des erreurs que j'essaye de ne plus commettre.

Dans ce même morceau, vous dites «l'argent ne fait pas le bonheur mais l'améliore fortement». Maintenant que ça marche bien dans votre vie, qu'est-ce qui a changé principalement?

Fondamentalement, ce qui a changé c'est que je n'ai plus besoin de me lever le matin en me demandant comment je vais aller gagner de l'argent. Cela apporte une tranquillité dans la tête, pour moi et mes parents. Mais sinon je suis toujours dans le 91 (banlieue parisienne ndlr.), j'ai toujours les mêmes potes.

Le morceau «Daryl», est-ce une histoire vraie?

Oui, tout ce qui est dit dans la chanson est vrai.

Vous avez beaucoup fait de tournées, quel est l'aspect de votre métier que vous préférez ? Le live, l'écriture, le studio?

Je préfère incontestablement la partie concerts, tournées. En plus on a un petit rituel, chaque fois avant de partir en concert on se donne rendez-vous le matin, on se retrouve tous et ça fait super plaisir. J'adore aussi la rencontre avec les gens, il faut vraiment être sur scène pour savoir le plaisir que cela procure. Je considère que ma récompense après avoir fait une album c'est de partir en tournée.

Et cela ne vous manquera pas après votre quatrième album?

Si, la tournée c'est ce qui va me manquer le plus le jour où j'arrêterai.

Au niveau de l'écriture, êtes-vous plutôt à écrire en studio ou de votre côté?

J'ai une méthode qui est bien particulière. Je ne rentre pas en studio tant que mes textes ne sont pas finis et écris au propre. Avant j'écrivais en studio mais j'ai vite compris que ce n'était pas bénéfique, que je n'avais pas le recul nécessaire.

Pour la deuxième fois vous avez fait appel au producteur suisse Yvan pour un son…

Ouais, Yvan chez nous c'est un peu une référence en matière de son. Il a sa place dans le rap français comme tout le monde. Avec le potentiel et les années d'expérience qu'il a il s'est plus qu'imposé dans le rap. Travailler avec lui c'est toujours un plaisir. Je sais qu'il produis des gros sons, je n'en prends pas beaucoup mais j'essaye de prendre en général le meilleur.

Vous êtes déjà venu souvent en Suisse, qu'y ressentez-vous?

J'ai toujours aimé le public suisse, depuis mon premier voyage à Lausanne en 2004. C'est un public hip-hop, fait de connaisseurs donc on apprécie ça en tant qu'artiste. Donc sincèrement venir en Suisse c'est toujours un plaisir.

Maintenant que Sarkozy est président, est-ce que vous sentez des changements?

Oui, le changement qui me fait le plus peur c'est que la France est devenue l'amie des États-Unis. Après dans la politique de tous les jours c'est la répression, mais en même temps, Sarkozy était déjà au ministère de l'intérieur depuis des années donc au final c'est juste la continuité. Pleins pouvoirs à la police, répression, contrôles, 25'000 immigrés à renvoyer par an. Mais on savait depuis longtemps ce qui allait se passer donc je ne suis pas surpris. Mais le rapprochement des États-Unis est ce qui m'inquiète le plus, je pense qu'il y a de véritables risques de reprise des attentats donc c'est vraiment dangereux.

Fabrice Aubert

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