11.09.2020 à 03:17

AustralieSite aborigène détruit: démissions chez Rio Tinto

Trois hauts dirigeants du géant minier, dont son patron, ont démissionné vendredi après la polémique liée au dynamitage d’un site ancien aborigène en Australie occidentale.

Image d’illustration

Image d’illustration

AFP

Le patron de Rio Tinto, le Français Jean-Sébastien Jacques, et deux hauts dirigeants ont démissionné vendredi à la suite du dynamitage en mai par le géant minier d’un site ancien aborigène, destruction qui a suscité l’émoi en Australie.

Après une enquête du conseil d’administration sur cet incident, son président Simon Thompson a annoncé le retrait, «d’un commun accord», de Jean-Sébastien Jacques, du chef de la division «Minerai de fer» Chris Salisbury et de la cheffe de la communication Simone Niven.

C’est pour agrandir une mine de minerai de fer que le groupe anglo-australien avait détruit à l’explosif le 24 mai la grotte de Juukan Gorge, en Australie occidentale, un des sites de peuplement les plus anciens du pays.

Une faute

«Ce qui s’est passé à Juukan est une faute et nous sommes déterminés à faire en sorte que la destruction d’un site patrimonial d’une importance archéologique et culturelle aussi exceptionnelle ne se reproduise plus jamais lors d’une opération de Rio Tinto», a déclaré Simon Thompson dans un communiqué.

«Nous avons écouté les préoccupations de nos actionnaires selon lesquels un manque de responsabilité individuelle compromet la capacité du Groupe à reconstruire cette confiance et à aller de l’avant pour mettre en œuvre les changements ciblés par le Conseil d’Administration», a-t-il expliqué.

Jean-Sébastian Jacques restera dans ses fonctions jusqu’à ce qu’un successeur soit nommé ou jusqu’au 31 mars, et les deux autres dirigeants quitteront l’entreprise dès le 31 décembre, a-t-il également précisé.

Les trois dirigeants avaient déjà dû renoncer fin août à des bonus, s’élevant notamment pour Jean-Sébastien Jacques à 3 millions d’euros (3,23 millions de francs).

L’os le plus ancien d’Australie

L’enquête interne a montré que Rio Tinto avait bien obtenu les autorisations légales pour détruire le site mais que, ce faisant, le groupe n’avait pas respecté ses propres standards. Elle a estimé que ce dynamitage n’était «pas le résultat d’une seule cause ou d’une seule erreur», mais «le résultat d’une série de décisions, d’actions et d’omissions sur une longue période».

Rio Tinto avait initialement défendu la destruction du site en affirmant qu’elle avait été approuvée par le gouvernement de l’État en 2013. Mais l’émoi créé au sein des responsables aborigènes, qui avaient dit avoir été informés de cette destruction trop tard pour l’en empêcher, avait poussé le groupe à présenter ses excuses.

L’importance culturelle du site avait été établie par des fouilles réalisées un an après que Rio Tinto eut obtenu l’autorisation de le détruire. Ces fouilles avaient permis de découvrir l’outil en os le plus ancien découvert à ce jour en Australie, réalisé il y a 28’000 ans avec un os de kangourou. Des analyses ADN avaient établi un lien entre le peuplement du site et des personnes habitant toujours dans la zone. L’État d’Australie occidentale est en train de réexaminer les lois régissant les activités minières près des sites du patrimoine aborigène.

(AFP/NXP)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!