Actualisé 02.10.2008 à 21:50

Internet

Skype accusé de faciliter l'espionnage de ses utilisateurs en Chine

La société Skype est accusée de laisser les autorités chinoises espionner les utilisateurs de ses services de messagerie sur internet, relançant la polémique sur les compromis qu'accepteraient des groupes technologiques occidentaux pour s'implanter en Chine.

TOM-Skype, une coentreprise formée par Skype (filiale d'eBay) et la société chinoise de télécommunications TOM Online, stockerait des échanges écrits de ses utilisateurs, sélectionnés via des filtres comme «Tibet» ou «parti communiste», selon une étude publiée par des chercheurs canadiens.«TOM-Skype censure et enregistre des messages contenant des mots-clés sensibles, et pourrait se livrer à une surveillance plus ciblée», affirme ce rapport d'un groupe de recherche de l'université de Toronto, Citizen Lab.Skype s'est d'abord dit jeudi «profondément désolé» de la divulgation des données concernant ses utilisateurs, indiquant que c'était le résultat de modifications apportées à son insu par son partenaire TOM Online.Dans un deuxième temps, le président de Skype Josh Silverman a souligné qu'«il est de notoriété publique que la censure existe en Chine et que le gouvernement chinois surveille depuis de nombreuses années les communications, à l'intérieur du pays ou vers l'étranger», et que TOM-Skype avait dû se plier aux lois en vigueurs.Mais selon les universitaires, le problème vient de ce que des conversations sont non seulement filtrées, mais stockées et accessibles.Des conversations portant notamment sur le statut de Taïwan, la secte Falun Gong, l'opposition au parti communiste chinois, des thèmes particulièrement sensibles pour les autorités chinoises, seraient non seulement systématiquement filtrées, mais aussi stockées, selon le rapport publié mercredi au Canada.Chez Skype, M. Silverman a expliqué qu'il était prévu qu'un filtre empêche simplement la diffusion de certains mots, voire des communications jugées inacceptables.Mais «nous avions compris que TOM n'avait pas pour politique de stocker des messages de chat avec certains messages, et nous leur demandons maintenant pourquoi le protocole a changé», a ajouté M. Silverman. Il a assuré que, à la demande de Skype, TOM Online ne stockait plus de messages.Les universitaires canadiens ont souligné pour leur part que non seulement les messages écrits, mais aussi «des millions de données personnelles, sont stockés dans des serveurs non sécurisés et accessibles au public». Ayant pu eux-mêmes y accéder, les universitaires ont dénoncé la «confiance trahie» des utilisateurs.Cette affaire rappelle celle de Yahoo!, qui a été accusé d'avoir fourni aux autorités chinoises les identités de «cyber-dissidents» au début de la décennie.Le Congrès s'était saisi de l'affaire. Le PDG de Yahoo, Jerry Yang, avait finalement décidé en novembre 2007 de créer un fonds en faveur des «cyber-dissidents», après la signature d'un accord amiable avec les avocats de deux d'entre eux, Shi Tao et Wang Xiaoning, emprisonnés depuis 2004 et 2002.Le rapport publié mercredi ne donne pas d'exemple où la surveillance des utilisateurs de Skype aurait débouché sur des arrestations. Il se contente de poser la question: «dans quelle mesure TOM Online et Skype coopèrent-ils avec le gouvernement chinois pour surveiller les communications de militants, de dissidents et de citoyens ordinaires?»En revanche ses auteurs notent que les informations stockées sont tellement vastes que les possibilités d'espionnage sont d'une ampleur sans précédent.Ils soulignent notamment que certaines conversations ont été stockées en l'absence de mots-clés suspects, «laissant entendre que d'autres critères, comme des noms d'utilisateurs spécifiques, pourraient déterminer si certains messages sont visés par le système». (afp)

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