Suisse romande: «Smood a rompu ses promesses envers les livreurs»

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Suisse romande«Smood a rompu ses promesses envers les livreurs»

Des employés de la société de livraison à domicile dénoncent une baisse des frais liée à l’utilisation des véhicules privés. L’entreprise balaye les critiques. 

par
Leïla Hussein

Samedi 5 février, une septantaine de livreurs romands ont dénoncé leurs conditions de travail au sein de l’entreprise, à Genève.

20 minutes

«C’est une entreprise sans foi ni loi. Ce qu’ils donnent d’une main, ils l’enlèvent de l’autre», s’insurge Lucas Dubuis. Le porte-parole d’Unia ne décolère pas depuis fin février, date d’entrée en vigueur des nouveaux contrats de Smood. Après plusieurs mouvements d’humeur des coursiers dans une dizaine de villes romandes (lire encadré), la société de livraison à domicile avait annoncé des mesures visant à améliorer leurs conditions de travail.

«En mars, ça a été la désillusion»

Dans le paquet, une hausse des indemnités liées à l’utilisation des véhicules privés était prévue. «Jusqu’à 160% de plus, c’est ce qu’on nous avait promis», assure Luis*, livreur et membre du comité national Smood à Unia. Mais fin mars, «ça a été la désillusion. Certains ont vu au contraire leurs frais divisés par trois».

En cause, une modification introduite par la société. «Avant, on recevait deux francs pour chaque heure travaillée. Maintenant, seul le temps effectif de conduite est payé à raison de 3,5 francs par heure.» Un changement que «les collaborateurs ont senti passer». En effet, sur le temps où ils sont à disposition pour des livraisons, les trajets ne constituent qu’une petite partie de l’activité. «Pour une heure de boulot, on effectue entre 10 et 15 minutes de voiture.»

Indemnités divisées par trois 

«20minutes» a pu consulter plusieurs fiches de salaire émises sous le nouveau régime. Dans un cas, par exemple, le montant des frais de véhicule baisse de moitié. Dans un autre, le salarié touche presque trois fois moins. Ces contrats sont en vigueur en Suisse romande et alémanique.

Un conflit qui dure 

Smood se défend

«D’après les chiffres du TCS sur lesquels se basent les employeurs, le barème devrait être de 70 centimes par kilomètre», indique Roman Künzler d’Unia. Or, on en est loin. «Avec ces nouveaux tarifs, l’entreprise a rompu sa promesse d’augmenter le tarif. C’est inacceptable.»

«Faux!», rétorque Smood qui assure qu’elle se base sur des recommandations du TCS. Celui-ci prévoit 35 centimes le kilomètre pour «une petite citadine, idéale pour les livraisons en milieu urbain». Syndicom, qui défend également des employés de Smood, souligne la complexité du tableau du TCS et admet qu’il existe différentes solutions possibles. «L'interprétation exacte devrait être explicitée dans une convention collective de travail», estime le syndicat.

L’affaire ira devant les tribunaux

Face à une grogne grandissante, Unia a appelé les livreurs à se réunir pour décider des suites à donner. Si la situation ne s’arrange pas, une nouvelle grève n’est pas exclue. Enfin, certains collaborateurs prévoient de porter l’affaire devant les Tribunaux de prud'hommes. «Des dossiers seront déposés prochainement dans tous les cantons concernés», précise Roman Künzler.

*Prénom d’emprunt

Activité en baisse

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