Combat social : Smood annonce un accord sur une convention collective de travail
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Combat social Smood annonce un accord sur une convention collective de travail

Après des mois d’un bras de fer syndical enflammé, le service de livraison de nourriture a présenté jeudi, un projet de CCT avec Syndicom. Unia, acteur majeur du mouvement de grève, n’était pas présent.

par
Pauline Rumpf
20min/Vanessa Lam

Voilà des mois que le torchon brûlait entre les livreurs de Smood et leur employeur. Organisés et soutenus par les syndicats Unia et Syndicom, ils avaient fait grève et avaient organisé de nombreuses actions de protestation. Reproches principaux: le système de rémunération, qui ne tenait pas compte du temps d’attente des livreurs, la planification tardive des horaires, les compensations pour l’usage d’un véhicule privé, ainsi que la redistribution opaque des pourboires, entre autres. 

Ce jeudi, l’entreprise suisse et le syndicat Syndicom ont annoncé être tombés d’accord et ont présenté un projet de convention collective de travail (CCT) nationale répondant à une partie des revendications des livreurs. Certains d’entre eux étaient d’ailleurs présents, y compris l’initiateur de la grève lancée à Yverdon-les-Bains. «Je suis le premier à dire quand ça ne va pas, mais je dis aussi quand je suis satisfait. Et là, c’est le cas! On est contents avec les collègues d’Yverdon, assure Abed Kader Benkaaba. Vouloir plus, ça aurait été être trop gourmand, et moi je veux aussi que mon entreprise ne coule pas, évidemment.»

Hausse de salaire et garanties d’horaires

Le projet comprend un minimum  de quatre heures hebdomadaires ainsi que des shifts d’une durée minimale de deux heures. Il revient à une planification établie quatorze jours à l’avance et ajoute un bonus pour le travail dominical. Le défraiement pour l’usage de son véhicule sera établi au kilomètre, au lieu de «à l’heure», selon un barème du TCS qui reste à préciser. Et il augmente le salaire minimal de 17 à 23 fr. de l’heure, sauf plancher légal plus élevé, comme c’est le cas à Genève. Les employés ont reçu le texte jeudi matin et ont jusqu’à vendredi soir pour voter via l’application interne de Smood. Syndicom précise qu’il vérifiera les votes auprès des livreurs pour garantir la validité du processus. 

Fondateur et patron de Smood, Marc Aeschlimann insiste sur les valeurs sociales que son entreprise a voulu défendre par cette CCT. «Nous voulons être une réelle alternative à l’ubérisation, même si ce n’est pas un bon deal financièrement parlant, avance-t-il. Mais nous attendons maintenant que le reste du marché soit mieux régulé, et rapidement, sinon nous ne pourrons pas survivre très longtemps.» La branche est en effet dans l’attente d’un important jugement du Tribunal fédéral, sur le statut des travailleurs d’Uber, à Genève.

Victoire ou revers syndical?

Partenaire de cette CCT, Syndicom salue le pas en avant qu’elle constitue, notamment par rapport à d’autres accords du secteur de la livraison, et dit espérer qu’elle fasse date en vue d’une régulation de toute la branche.

Le malaise est toutefois épais autour du syndicat, en raison de l’absence remarquée d’Unia autour de la table, lors d’une conférence convoquée à la dernière minute. Ce dernier était pourtant à l’avant du front durant le mouvement de grève. «Le secteur de la logistique est celui de Syndicom, répond son secrétaire central David Roth. Mais nous ne sommes pas en concurrence. Nos négociations avaient commencé bien avant la grève et nous le faisons en tant que représentant des employés, pas contre Unia.» 

«D'un côté, je suis extrêmement content que les choses avancent pour les travailleurs, c'est vraiment positif, réagit un ex-livreur. Mais c'était le meilleur moyen pour Smood de se débarrasser d’Unia, qui représente davantage d’employés que Syndicom. Pour nous, c'est un peu une mascarade. Finalement, ça arrange bien Smood.»

Unia ne s’arrêtera pas là

La saga est cependant probablement loin d’être terminée: Unia vient de porter quatre cas devant les tribunaux de Prud’homme, et annonce que d’autres suivront. Le syndicat défend aussi des employés licenciés après la grève, dont plusieurs ont fait opposition. En outre, une instance genevoise de conciliation avait donné des recommandations à Smood, plus élevées que ce qui se trouve aujourd’hui dans la CCT.

«Nous déplorons cet accord au rabais et sa mise en place problématique, réagit Roman Künzler, responsable de la branche logistique chez Unia. Et nous regrettons d’avoir été exclu de toute négociation, alors que nous représentons près de 160 travailleurs de Smood, qui ont tous appris l’existence des discussions, ce matin-même. Maintenant, à eux de décider ce qu’ils veulent faire de cette CCT. Mais de nombreuses questions restent ouvertes, notamment le sort des sous-traitants et notre combat ne changera pas de cap.» 

En tous les cas, Smood et Syndicom annonceront lundi, si les employés acceptent ou refusent le projet à l’ordre du jour. 

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