Actualisé 08.02.2008 à 18:28

Société générale: le trader Kerviel en prison

L'enquête sur la perte de 7,9 milliards de francs de la Société générale a pris un tour nouveau. Le trader Jérôme Kerviel a été emprisonné et un courtier d'une société liée à la banque a été placé en garde à vue.

Après une audience à huis clos et plusieurs heures de délibération, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a infirmé la décision des juges d'instruction Renaud Van Ryymbeke et Françoise Desset, qui avaient laissé Jérôme Kerviel en liberté sous contrôle judiciaire le 28 janvier. Ce dernier a été transféré à la prison de la Santé, à Paris.

Comme le soulevait le parquet, la cour retient comme motifs de son arrêt la nécessité de protéger les «nombreuses investigations techniques à mener», la nécessité «d'éviter la concertation avec d'éventuels complices ou coauteurs», «les risques de pressions sur d'éventuels témoins» et les risques de fuite à l'étranger, a indiqué une source judiciaire.

Avocate en larmes

L'avocate du trader, Elisabeth Meyer, est partie en larmes, après avoir dit qu'elle faisait un pourvoi en cassation. «Je ne m'explique pas cette décision. c'est maintenant le pot de terre contre le pot de fer», a-t-elle dit à la presse.

Le porte-parole embauché par M. Kerviel, Christophe Reille, qui tentait d'organiser avant la décision une apparition devant les caméras, n'a fait aucune déclaration. Jean Veil, avocat de la Société générale, a estimé que la cour avait sanctionné ce qu'il considère être des mensonges de M. Kerviel.

Mensonges, dénonce l'avocat de la banque

«L'éloignement entre ses déclarations et la vérité a fait que la cour d'appel a été sensible à l'appel formulé par le parquet», a dit l'avocat. «Il a menti en arrosant autour de lui, en prétendant que sa hiérarchie, en tout cas la plus proche, était au courant. (..) Je pense que son placement en détention est une décision cohérente avec l'évolution du dossier», a-t-il ajouté.

Mis en examen pour «faux, usage de faux, abus de confiance et introduction dans un système de traitement automatisé de données», M.Kerviel a dit à la police et aux juges avoir agi seul, tout en affirmant que sa hiérarchie connaissait ses pratiques d'engagement à risque.

M. Kerviel reconnaît avoir engagé la somme de 50 milliards d'euros et fait des faux pour cacher le fait qu'il n'avait pas pris d'engagements parallèles pour couvrir le risque, ce qui est la règle dans ce type d'opérations. La liquidation de ces positions par la Société générale entre le 21 et 23 janvier a matérialisé la perte de 4,9 milliards d'euros.

Un deuxième homme

Par ailleurs, un employé du broker Newedge, ex-Fimat, a été placé en garde à vue jeudi. Cette mesure a été prolongée de 24 heures vendredi, a déclaré le parquet de Paris.

Cet homme semble être intervenu comme intermédiaire dans les transactions litigieuses. Jeudi, la brigade financière a perquisitionné les locaux à Paris de l'ancienne Fimat, importante société de courtage, à l'époque des faits filiale à 100% de la Société générale.

Cet organisme, situé sur les Champs-Elysées - devenu au début de l'année Newedge après une fusion avec Calyon Financial, filiale du Crédit agricole - a assuré, comme c'est l'usage dans ce type de transactions, la réalisation concrète de certains des engagements financiers du trader sur des indices boursiers, les «futures».

Les enquêteurs tentent de comprendre pourquoi la prise de position sur 50 milliards d'euros de M. Kerviel n'a pas été détectée, à la Société générale et chez le broker. Selon «Le Monde», la Société générale a versé au dossier judiciaire des éléments sur la Fimat, notamment un message informatique envoyé le 30 novembre par le courtier de la Fimat en garde à vue à M. Kerviel. (ats)

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