«Dégradé»: Soins de beauté et mise en pli au milieu des bombes

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«Dégradé»Soins de beauté et mise en pli au milieu des bombes

Avec en toile de fond le conflit israélo-palestinien, «Dégradé» parle davantage de la vie que de la mort.

par
Marine Guillain

Un salon de coiffure, à Gaza. A l'intérieur, treize femmes authentiques, excentriques, modernes, aux profils et aux caractères bien différents. Il y a une future mariée, une divorcée amère (Hiam Abbass, lire interview ci-dessous), une droguée, une religieuse...

Tout commence plus ou moins calmement. Et puis, dehors, la situation s'envenime. La rue devant le salon devient un lieu d'affrontement entre les militaires du Hamas et une famille importante de Gaza. Le spectateur sursaute aux premières explosions sourdes. Les femmes de «Dégradé», elles, restent presque impassibles. Elles continuent de se chamailler, attendent d'être coiffées... Normal, cela fait partie de leur quotidien, non?

En faisant monter la tension en crescendo à l'intérieur et à l'extérieur du salon et en jouant sur les contrastes, les jeunes frères Nasser dressent des portraits intelligents de femmes qui vivent leurs joies et leurs peines comme elles le peuvent, au milieu du chaos, de la tragédie et de ­l'absurdité qui se sont abattus sur la Palestine et la Bande de Gaza.

Questions à l'actrice Hiam Abbass

Qui est Eftikhar, votre personnage dans «Dégradé»?

C'est une femme palestinienne, en instance de divorce, qui vient d'une classe un peu plus élevée que les autres femmes. Elle est dure, agressive et méprise le monde. En une journée, elle va se débarrasser peu à peu de sa carapace, prenant conscience qu'il n'y a pas qu'elle qui souffre.

Que raconte le film?

Des parcours de femmes. La guerre et la politique ne sont que l'enveloppe. Dans le contexte ­actuel, on oublie qu'il y a à Gaza des gens qui vivent, qui aiment, qui rêvent.

Quel regard portez-vous sur le cinéma arabe d'aujourd'hui?

Je pense qu'il y a un printemps arabe cinématographique, grâce à une génération de jeunes réalisateurs qui ont des idées et des projets. Cela me plaît, car la femme sort de plus en plus souvent de l'image traditionnelle.

Quel impact le conflit israélo-palestinien a-t-il eu sur votre vie, sur vos choix?

Lorsqu'on l'a vécu, on vit avec pour toujours. Il a forgé en moi la personne que je suis, il est avec moi lorsque je fais des choix. C'est une référence, et il est normal de piocher dans ce que l'on connaît. Je le fais lorsque je dois jouer l'émotion par exemple, mes personnages sont nourris par ce que j'ai vécu.

«Dégradé»

D'Arab et Tarzan Nasser. Avec Hiam Abbass, Victoria Balitsk, Manal Awad.

Sortie le 27 avril 2016. ****

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