Valais – «Soit il est amnésique, soit il nous prend tous pour des imbéciles»
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Valais«Soit il est amnésique, soit il nous prend tous pour des imbéciles»

Suite à une erreur informatique, un salarié a touché 200’000 francs qui ne lui étaient pas dus entre 2011 et 2017. Il estime qu’il n’a pas à rembourser cette somme, jugeant son salaire d’alors trop peu élevé.

par
Fabrice Zwahlen
Le Tribunal d’Hérens et Conthey doit statuer sur une erreur informatique qui aura duré près de sept ans.

Le Tribunal d’Hérens et Conthey doit statuer sur une erreur informatique qui aura duré près de sept ans.

20min/Vanessa Lam

Qui ne rêverait pas de toucher 2500 francs supplémentaires de salaire, chaque mois? Personne, assurément. Un quadragénaire valaisan a pourtant perçu cette somme sous forme de frais durant près de sept ans. Un pactole de 200’000 francs que lui réclame à présent son ancien employeur. Et c’est devant la justice que les deux parties se sont expliquées mercredi.

En février 2011, l’employé d’une importante entreprise de télécommunication est muté de Sion à Martigny, son poste disparaissant. L’homme bénéficie alors d’un plan social. Il se voit allouer un montant unique de 2500 francs, pour compenser l’augmentation de ses frais de déplacement entre son domicile et son nouveau lieu de travail. Un bug informatique lui permettra de toucher deux fois cette somme en février 2011, puis ce même montant, mensuellement, jusqu’en septembre 2017, moment où la société s’est rendu compte de son erreur et l’a licencié, l’homme refusant de la rembourser.

«Sa culpabilité est claire»

«L’accusé, de par sa mauvaise foi crasse, savait ou tout le moins avait accepté l’éventualité que cet argent ne lui était pas destiné. Sa culpabilité est claire», a estimé, lors de sa plaidoirie, la procureure Liliane Bruttin Mottier. La représentante du Ministère public a requis 10 mois de prison avec sursis durant deux ans pour utilisation sans droit de valeurs patrimoniales ainsi que le remboursement de la créance finalement fixée à quelque 182’000 francs, une partie du préjudice ayant été compensée par l’entreprise (sous une forme non communiquée).

Devant le Tribunal d’Hérens et Conthey, l’accusé a contesté avoir reçu une rémunération trop élevée: «Elle était à mes yeux correcte. Il sagissait d’une correction de mon précédent salaire et des frais de déplacement supplémentaires.»

«Pas une erreur informatique»

«Sa stratégie, c’est nier l’évidence, a considéré l’avocat de la défense, Me Timothée Bargouth. Donc soit le prévenu est amnésique (ndlr: et ne se souvient pas avoir signé l’accord fixant les modalités de son changement de poste), soit il nous prend tous pour des imbéciles.» «Mon client n’est pas un voleur, lui a rétorqué Me Béatrice Pilloud, plaidant l’acquittement. Il ne s’agit pas d’une erreur de code informatique, mais de la démonstration de ce que devait recevoir mon client.»

En début d’audience, l’avocate sédunoise avait cherché à obtenir un classement de l’affaire, estimant le délai pour déposer une plainte dépassé de 40 jours. Un argument que le tribunal a refusé, préférant juger l’affaire sur le fond. Le verdict ne sera pas connu avant la semaine prochaine.

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