Societe: Solitude: un robot à la place d’une petite amie
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SocieteSolitude: un robot à la place d’une petite amie

Des scientifiques japonais ont conçu une main robotique qui diffuse des sons et des odeurs. Une sociologue vaudoise pointe les différences culturelles entre Orient et Occident.

par
Nina Seddik

Se balader main dans la main avec un robot à défaut d’avoir une petite amie réelle. Telle est la promesse d’Osampo Kanojo, un androïde conçu par une équipe de chercheurs japonais de l’Université de Gifu et dévoilée en septembre 2020.

Cette main robotique (vidéo ci-dessous) a été mise au point dans le but d’adoucir la vie des hommes célibataires qui souffrent de la solitude. Les esseulés sont nombreux sur l’archipel nippon: 70% des 18-34 ans, selon une étude de l’Institut national de recherche japonais sur la population et la sécurité sociale publiée en 2016.

La main est rattachée à un avant-bras bardé de fils électriques apparents. Son aspect visuel n’est pas des plus réalistes, en revanche, les sensations qu’elle procure le sont. Grâce à un gel synthétique, sa texture est proche de celle d’un être humain. Par exemple, elle est capable de serrer la main de l’utilisateur lorsque celui-ci la contracte. Et pour plus de vraisemblance, Osampo Kanojo peut aussi transpirer, diffuser une odeur de shampooing et émettre différents sons (pas, respiration, froissement d’habits) grâce à une application mobile.

Éclairage

Laurence Kaufmann est doctoresse en sciences sociales et professeure de sociologie à l’Université de Lausanne. Elle poursuit une recherche sur les relations sociales, ou leur disparition, en période de pandémie.

Un tel robot pourrait-il débarquer en Suisse?

Pas pour l’instant, selon moi. Historiquement, la distinction entre l’humain et la machine est très marquée en Occident, ce qui n’est pas le cas au Japon. Que ce soit avec une créature artificielle ou un être humain, ce qui prédomine là-bas, c’est la force de l’attachement et de la relation. Cela dit, de petits robots destinés à divertir les résidents en EMS ont été introduits en Suisse et sont présentés comme des remèdes à la solitude. Il se pourrait donc que les mentalités évoluent et que nous nous allions dans la même direction. Pour cela, il serait intéressant d’observer la réaction des résidents face à ces robots et de voir s’ils finissent par s’y habituer ou si un malaise persiste.

Quels sont les avantages pour l’utilisateur?

La sensation d’avoir une intimité avec un autre corps ou, du moins, une partie. Et puis il y a aussi l’idée que la relation avec une machine est plus simple et prévisible. En résumé: on peut combler un manque sensoriel sans avoir à gérer la complexité des rapports humains.

Lutter contre la solitude grâce à la technologie. Qu’est-ce que cela dit de nous?

On est en plein dans le solutionnisme technologique, c’est-à-dire l’idée que pour tout problème social ou affectif, il y a une solution technique. C’est un postulat très présent au Japon, moins en Occident, en tous les cas dans le domaine des relations sociales.

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