Haïti: «Sommes nous les ennemis à abattre des autorités?»
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Haïti«Sommes nous les ennemis à abattre des autorités?»

Une nouvelle répression policière brutale de manifestants pacifiques à Port-au-Prince inquiète les défenseurs des droits humains.

Un manifestant ramasse une grenade lacrymogène.

Un manifestant ramasse une grenade lacrymogène.

AFP

Les policiers haïtiens ont réprimé avec force lundi une manifestation pacifique organisée à Port-au-Prince pour dénoncer une recrudescence de l'insécurité dans la capitale haïtienne, une dynamique qui inquiète les défenseurs des droits humains.

Des agents de la police nationale haïtienne (PNH) ont lancé plusieurs grenades lacrymogènes et également tiré en l'air à balles réelles pour disperser le rassemblement d'environ 200 personnes devant le ministère de la Justice, a constaté une journaliste de l'AFP.

Lundi 29 juin, une première tentative de sit-in devant cette administration avait été empêchée par les forces de l'ordre qui avaient poursuivi la poignée de manifestants en leur arrachant notamment leurs banderoles des mains.

Avant l'intervention de la police ce lundi, les jeunes citoyens à l'initiative du mouvement ont veillé à ce qu'aucun débordement ne soit commis durant leur mobilisation.

Le slogan «Nou vle viv» (»nous voulons vivre» en créole) largement repris sur leurs t-shirts et pancartes, les manifestants dénoncent, dans les rues et les réseaux sociaux, le fait de n'avoir plus en Haïti qu'une espérance de vie «de 24 heures renouvelables».

«Aujourd'hui on ne vit pas en Haïti : on essaie de ne pas mourir, c'est différent», témoigne avec force la manifestante Pascale Solages.

54 homicides

«Tous les jours, quand on se lève, on essaie de ne pas mourir: on essaie de passer 24 heures pour pouvoir vivre encore le lendemain», déplore-t-elle en ajustant son masque en tissu, accessoire porté par une large majorité des manifestants.

Présents au rassemblement lundi, les défenseurs des droits humains alertent sur une volonté de restreindre les libertés des citoyens haïtiens.

«Tous les jours, des personnes sont assassinées soit par balles soit à l'arme blanche dans les quartiers défavorisés, en pleine rue, dans leur résidence», dénonce Marie-Rosy Auguste Ducena qui travaille pour le réseau national de défense des droits humains (RNDDH).

Au cours des mois de mai et juin, le RNDDH a recensé 54 homicides perpétrés dans la seule capitale haïtienne.

«Les autorités étatiques, plutôt que d'écouter la voix de la population qui exige l'établissement d'un climat sécuritaire, préfèrent montrer leur volonté d'établir un régime totalitaire sur le pays où la liberté d'expression n'a pas sa place», fustige l'activiste.

Après la dispersion musclée par les forces de l'ordre, l'organisation qui a lancé l'appel à mobilisation a interpelé l'Etat.

«Ils (les policiers) ont récidivé une attaque visant à terroriser des citoyens qui exprimaient leur droit à la vie. Sommes nous les ennemis à abattre des autorités?», interroge le collectif Nou pap domi dans un communiqué transmis à l'AFP.

Les porte-paroles de la PNH n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

(AFP)

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