Actualisé 17.05.2016 à 06:38

Nagorny-KarabakhSommet Arménie-Azerbaïdjan après les violences

Une médiation internationale débute lundi à Vienne pour trouver un accord.

Funérailles d'un soldat arménien tué lors de combats, le 9 avril 2016.

Funérailles d'un soldat arménien tué lors de combats, le 9 avril 2016.

photo: AFP

La Russie, les Etats-Unis et la France tentent lundi une médiation pour convaincre les présidents arménien et azerbaïdjanais de consolider la fragile trêve en place dans la région disputée du Nagorny-Karabakh, agitée le mois dernier par des affrontement meurtriers.

Les deux chefs d'Etat ne se sont pas encore rencontrés depuis que le conflit au Karabakh, vieux d'un quart de siècle, a été marqué par un regain de violences qui a fait au moins 110 morts en avril, civils et militaires de ces deux ex-républiques soviétiques du Sud du Caucase.

Il s'agissait des pires affrontements depuis un premier cessez-le-feu conclu en 1994, après une guerre ayant fait 30'000 morts et des centaines de milliers de réfugiés, principalement des Azerbaïdjanais.

Statut du Nagorny-Karabakh

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Harlem Désir doivent rencontrer lundi à Vienne les présidents arménien Serge Sarkissian et azerbaïdjanais Ilham Aliev.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à l'origine de la réunion de lundi, a souligné «l'urgence de réduire les tensions le long de la ligne de démarcation».

Moscou a dit espérer que cette rencontre permette non seulement de «stabiliser» la situation mais aussi de relancer les négociations concernant le statut du Nagorny-Karabakh, une région en majorité peuplée d'Arméniens qui a fait sécession mais qui est toujours reconnue internationalement comme faisant partie de l'Azerbaïdjan.

«Signature peu probable»

«Pour l'instant, le principal objectif des médiateurs est simplement d'apaiser les tensions sur la ligne de front», explique à l'AFP Hrant Melik-Shahnazaryan, politologue basé en Arménie. «La signature d'un quelconque accord est très peu probable», ajoute l'expert.

Alexandre Iskandarian, directeur de l'institut Caucasus Media, approuve: «Il ne faut pas attendre de résultat important» car «le principal objectif est de réduire le niveau de violence et réanimer» les pourparlers.

De source diplomatique, on confirme qu'il s'agit surtout d'une «reprise de contact après les événements d'avril».

Belligérants réarmés

Depuis que des séparatistes arméniens ont pris le contrôle de ce territoire et malgré le cessez-le-feu de 1994, le conflit n'a jamais été résolu et des heurts ont régulièrement lieu sur la ligne de démarcation.

Alors que les pourparlers menés par la Russie, les Etats-Unis et la France s'enlisaient ces dernières années, les deux belligérants se sont massivement réarmés, notamment l'Azerbaïdjan riche en énergie.

Bien que Bakou et Erevan se rejettent la responsabilité de la flambée de violences d'avril, nombre d'experts estiment que l'attaque est venue d'Azerbaïdjan, plongé en crise économique à cause de la dégringolade des prix du pétrole.

Les forces azerbaïdjanaises ont pris le contrôle de plusieurs positions stratégiques et ont conservé certaines d'entre elles en dépit d'une contre-offensive arménienne, déplaçant la ligne de front pour la première fois depuis 1994.

Vague d'euphorie patriotique

«Il y a eu une vague d'euphorie patriotique dans tout le pays, qui constitue une distraction bien commode par rapport à la crise économique et sociale», a observé Thomas de Waal, du centre de réflexion Carnegie, dans une tribune publiée par le site Politico.

«La tentation, et malheureusement la pression publique en sa faveur, de retenter ce genre d'offensive est énorme», a-t-il ajouté.

Pour cet expert, les deux présidents, qui se rencontrent lundi, «veulent des choses très différentes»: «Les Azerbaïdjanais veulent de nouvelles négociations et utiliser leur force militaire comme moyen de pression. Les Arméniens (...) sont réticents à accepter quoi que ce soit qui pourrait ressembler à une soumission à la pression militaire azerbaïdjanaise et ont demandé des "garanties de sécurité"».

La Turquie avec l'Azerbaïdjan

La Russie, qui vend des armes aux deux pays mais dispose d'un traité militaire avec l'Arménie, est considérée comme un acteur central pour mettre fin à un conflit que certains craignent de voir se répandre dans la région.

La Turquie, en froid avec Moscou depuis que son aviation a abattu un avion de chasse russe à la frontière syrienne l'année dernière, s'est engagée à soutenir son allié azerbaïdjanais.

«Si la rencontre à Vienne ne donne aucun résultat, la probabilité que les affrontements d'avril se répètent», s'inquiète Elkhan Sahinoglu, du centre de réflexion Atlas à Bakou. (nxp/afp)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!