Euro en Angleterre: Son prénom? C'est «Espoir» en russe

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Euro en AngleterreSon prénom? C'est «Espoir» en russe

Nadya Karpova devait jouer l'Euro 2022 cet été. Mais la Russe en a été privée par la guerre menée par Vladimir Poutine. Interrogée par la BBC, elle n’a pas mâché ses mots.

par
Robin Carrel
(Sheffield)

C'était il y a cinq ans, aux Pays-Bas. La Russie avait battu l'Italie en début de tournoi, mais la qualification avait été impossible à espérer, au vu de la présence de l'Allemagne et de la Suède dans le groupe B. Pourtant, la présence d'une jeune fille dans le groupe russe avait interpelé. Elle n'avait que 22 ans, mais elle avait crevé l'écran.

Cette année, l'attaquante de l'Espanyol Barcelone aurait dû défier la Suisse samedi dernier à Leigh. Sauf que Vladimir Poutine en a décidé autrement, a tenté d'envahir l'Ukraine et l'UEFA a dû exclure sa sélection de l'Euro 2022. Ce n'est pas pour autant que la jeune femme d'aujourd'hui 27 ans a décidé de garder sa langue dans sa poche.

Nadya Karpova n'a jamais trop fait mystère de ses préférences sexuelles, qui détonnent au pays. Elle a aussi un avis bien affirmé sur la guerre que «son» président a décidé de mener en Ukraine et elle en a parlé sur le site de la BBC quelques semaines avant le début du tournoi. Un avis qui n'a sans doute pas dépassé les frontières russes, sauf pour les nombreux jeunes qui ont un VPN et Dieu sait que ce n'est pas une minorité.

Forte de ses quelque 145'000 followers sur Instagram, l'attaquante a aussi été offensive dans ses propos sur le service public britannique: «Je ne peux juste pas regarder toute cette inhumanité et rester silencieuse. Je ne sais pas ce qu'il serait advenu de moi si j'avais encore été en Russie et pas en Espagne. Je me sens particulièrement responsable de parler haut et fort.»

«Chez nous, la majorité des gens ne font que fermer leurs yeux, en pensant que ce n'est pas à eux de réagir.»

Nadya Karpova

«La propagande russe essaie de persuader les Russes que nous sommes une nation très spéciale et que le monde est contre nous. Mais de quelle mission parle-t-on?, s'énerve-t-elle. Dans le même temps, je ne suis pas honteuse d'être Russe. Parce qu'être Russe ne reflète pas le gouvernement et Vladimir Poutine. Ce dernier nous a tout pris. Il a pris notre futur. Il croit qu'on est d'accord avec lui de façon tacite, mais il ne voit pas la forte résistance au pays. Chez nous, la majorité des gens ne font que fermer leurs yeux, en pensant que ce n'est pas à eux de réagir.»

La joueuse n’était pas restée les bras croisés, quand elle habitait encore dans son pays. «J'ai pris part à deux manifestations, la dernière en soutien à Alexeï Navalny (ndlr: un des principaux opposants à Vladimir Poutine, emprisonné depuis de longs mois et victime d'une tentative d'empoisonnement), a-t-elle assuré. Je ne pense pas que j'en ai fait assez. Il y a des gens qui justifient la guerre, mais ils sont simplement otages de la propagande. Je me sens désolée pour elles.»

En Espagne depuis ses 22 ans, la joueuse s'est expatriée pour progresser dans sa profession de footballeuse. Nadya Karpova voulait aussi voir plus de soleil au-dessus de sa tête, elle qui est originaire de Iaroslavl, au Nord-Est de Moscou. «Mais en tant que personne LGBT, la différence a finalement été absolument énorme. Quand j'ai eu 18 ans, la Russie a sorti une loi comme quoi faire la promotion de l'homosexualité était illégale par rapport aux «valeurs traditionnelles russes»…»

«J'espère juste que de plus en plus de Russes, aussi des athlètes, vont faire entendre leur voix. Et dire qu'ils sont contre la guerre, sachant qu'ils ne sont pas forcément une minorité, a-t-elle enchaîné. Il n'est juste pas possible de dire que rien ne se passe. Le temps de se taire est terminé. Ce gouvernement va s'en aller un jour, ils sont tous vieux. Quand ça se passera, on sera toujours vivants et on devra être prêts pour prendre le pouvoir. J'espère que ça arrivera vite.»

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