04.11.2020 à 22:25

Côte d’IvoireSoro appelle l’armée à «agir» après la réélection de Ouattara

La Côte d’Ivoire attend encore la validation par le Conseil constitutionnel de la réélection du président Alassane Ouattara, dans un climat tendu.

L’ancien chef de la rébellion ivoirienne Guillaume Soro.

L’ancien chef de la rébellion ivoirienne Guillaume Soro.

AFP

Le blocage politique persistait mercredi en Côte d’Ivoire, où le bilan des violences post-électorales s’est alourdi, malgré les appels au dialogue lancés par la communauté internationale. Le pays attend la validation par le Conseil constitutionnel de la réélection du président Alassane Ouattara pour un troisième mandat – jugé inconstitutionnel par l’opposition – avec un score écrasant (94,2%).

L’ex-chef de la rébellion et ancien Premier ministre ivoirien Guillaume Soro a appelé mercredi soir, depuis l’étranger, l’armée à «agir» contre le régime pour soutenir le «Conseil national de transition» proclamé par l’opposition, qui ne reconnaît pas la réélection d’Alassane Ouattara, et dont les principaux dirigeants sont bloqués chez eux par les forces de l’ordre. En exil en France, Guillaume Soro, dont l’influence chez les quelque 8000 anciens rebelles ayant intégré l’armée est difficile à mesurer, a appelé les «soldats, sous-officiers et officiers» à «agir pour mettre un terme au spectre de la guerre civile», dans une déclaration sur les réseaux sociaux.

Ancien allié du président Ouattara devenu son adversaire, Soro, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée, a aussi appelé «les corps constitués à désobéir aux ordres illégaux» du régime et à «rallier le Conseil national de transition» dont il se dit «membre», et «la population à se lever et à poursuivre la désobéissance civile», à laquelle avait incité l’opposition ivoirienne avant l’élection.

Des violences ont fait deux morts supplémentaires, deux jeunes de l’entourage du ministre de l’Équipement Amedé Koffi Kouakou, tués mardi lors d’échauffourées à Toumodi (centre), ville déjà secouée depuis le vote samedi par des troubles meurtriers, a indiqué Mamadou Touré, porte-parole du parti au pouvoir. Mamadou Touré, également ministre de la Promotion de la jeunesse, a aussi rapporté que «le convoi de Sidi Tiemoko Touré», ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, avait «essuyé des tirs entre Beoumi et Bouaké (centre) sans qu’il y ait de blessés».

«Provocations et actes d’intimidation»

Le bilan exact des violences électorales qui ont souvent dégénéré en affrontements interethniques est difficile à établir, mais avec ces nouveaux décès le bilan s’élève au moins à 13 morts depuis le scrutin présidentiel samedi, et au total à au moins une quarantaine depuis le mois d’août, en incluant les heurts avant le vote, selon un décompte de l’AFP.

Sur le plan diplomatique, la France a appelé mercredi les protagonistes à «mettre fin aux provocations et actes d’intimidation», et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a exhorté «le président et les principaux dirigeants de l’opposition à s’engager dans un dialogue» pour «trouver une issue à la crise».

Dix ans après la crise post-électorale de 2020-2011 qui avait fait 3000 morts après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara, l’ONU appelle aussi «tous les acteurs politiques à respecter l’ordre constitutionnel du pays et à se conformer aux principes de l’État de droit». De source diplomatique, les chancelleries occidentales et africaines ont conseillé à l’opposition de pas «insister» sur la voie du gouvernement de transition et au président Ouattara de jouer «l’apaisement plutôt que la répression».

L’ancien chef d’État Laurent Gbagbo, qui était sorti de son silence la semaine dernière depuis Bruxelles, a demandé au Premier ministre Hamed Bakayoko, à qui il a téléphoné, de favoriser «le dialogue plutôt que la répression».

«Est-ce que l’opposition veut négocier? On n’a pas le sentiment que ça soit le cas», a estimé une source proche du parti au pouvoir, affirmant que le chef de l’opposition et ancien chef d’État Henri Konan Bédié avait refusé de rencontrer Alassane Ouattara. Elle assure toutefois que le pouvoir est «toujours prêt à discuter», mais dans «l’ordre constitutionnel».

«Séquestration»

«Restons mobilisés pour l’amour de la Côte d’Ivoire réconciliée, pour le retour de la paix et contre ce régime autocratique qui a bafoué la Constitution», a tweeté mercredi Henri Konan Bédié, qui avait maintenu sa candidature face à Alassane Ouattara tout en appelant au boycott du scrutin. Un haut cadre du parti de Henri Konan Bédié, Djedri N’Goran, a accusé le régime d’avoir «pris en otage» «cinq membres de la famille du président Bédié» qui «ont été arrêtés».

Un autre dirigeant de l’opposition, Assoa Adou, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), proche de Laurent Gbagbo, qui était bloqué chez lui a indiqué à l’AFP que des policiers avaient «escaladé les murs» de son domicile vers 20h30 lui demandant de les suivre. «Ils n’avaient pas de mandat et j’ai refusé. Ils sont toujours dans ma cour», a-t-il dit. Les avocats de l’opposition ont dénoncé des «séquestrations».

Du côté du pouvoir, on estime que les dirigeants de l’opposition sont «préventivement maintenus chez eux» pour «empêcher» des nouvelles violences et on insiste sur la «gravité» des actes, notamment cette tentative de création d’un «État parallèle». «Si les opposants avaient été en treillis, on parlerait de tentative de coup d’État», a affirmé un haut responsable du parti au pouvoir.

(AFP/NXP)

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