Nicaragua: Soupçons de «magie noire» sur l'anniversaire de la Révolution
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NicaraguaSoupçons de «magie noire» sur l'anniversaire de la Révolution

La présence d’une image en forme de pentagramme sur les symboles officiels marquant le 41e anniversaire de la Révolution sandiniste défraie la chronique au Nicaragua.

Le mystérieux symbole en forme d'étoile à cinq branches sur les T-shirt marquant l’anniversaire de la Révolution sandiniste.

Le mystérieux symbole en forme d'étoile à cinq branches sur les T-shirt marquant l’anniversaire de la Révolution sandiniste.

AFP

Une immense décoration en forme de pentagramme installée dimanche pour les célébrations officielles du 41e anniversaire de la Révolution sandiniste au Nicaragua a soulevé indignation et polémique en raison de sa présumée symbolique ésotérique, voire satanique.

Le couple présidentiel formé par Daniel Ortega, 74 ans, et son épouse et vice-présidente Rosario Murillo, 69 ans, est apparu devant le mystérieux symbole en forme d'étoile à cinq branches installé sur la Place de la Révolution à Managua. Même si c'est aussi un symbole communiste, dans ce cas, l'étoile, décorée de fleurs, ne comportait aucune couleur rouge.

Des centaines de sièges avaient été installés en cercle autour du pentagramme pour être occupés par des jeunes partisans du Front Sandiniste (FSLN), le parti au pouvoir.

«C'est de la pure superstition (...) le pentagramme veut dire beaucoup de choses. Dans ce cas, je pense qu'il a été utilisé comme symbole de protection contre les esprits malins», a confié à l'AFP l'écrivaine nicaraguayenne Gioconda Belli.

«Magie noire»

Daniel Ortega et son épouse, célèbre pour ses discours empreints de mysticisme, «se sentent menacés, et ils se protègent avec l'étoile, en créant en outre un cercle de pouvoir autour des gouvernants», selon elle.

C'est de la «pure magie noire», «Dieu nous garde !", se sont indignées des croyantes sur les réseaux sociaux.

Un pasteur évangélique, Terencio Blanco, a dénoncé dans la presse locale «un symbole satanique».

La célébration tranchait avec les manifestations de masse habituelles.

Le couple présidentiel, qui portait des masques de protection sanitaire, a ainsi semblé commencer à prendre la mesure de la pandémie de coronavirus. Les autorités nicaraguayennes ont pourtant refusé d'ordonner des mesures de confinement et de restriction de l'activité économique, allant jusqu'à organiser des festivités de masse.

Depuis mars dernier, ce sont 3.147 cas avérés, dont 99 décès, qui sont comptabilisés officiellement dans ce pays de 6,6 millions d'habitants, l'un des plus pauvres d'Amérique latine.

Cependant, ces chiffres sont largement sous-estimés selon l'Observatoire citoyen, un réseau de médecins et de citoyens, qui recense plus de 8.500 cas suspects et 2.260 morts probablement dus au coronavirus.

Critiques de plus en plus pressantes

Selon des organisations de médecins, il leur est interdit de poser le diagnostic de Covid-19 sur les actes de décès.

Les critiques de médecins et dans la population contre la gestion de la crise sanitaire se font de plus en plus pressantes, alors que le pays est toujours plongé dans une profonde crise politique et économique, deux ans après des manifestations massives contre le pouvoir.

Le gouvernement a dénoncé une tentative de coup d'Etat et a réprimé les manifestations dans le sang. Les troubles de 2018 ont fait au moins 328 morts, selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Dans ce climat tendu, à 16 mois des élections présidentielles, le mystérieux pentagramme n'est pas passé inaperçu.

«C'est un symbole magique lié à des cultes sataniques, pour rechercher la protection des forces obscures contre l'hostilité à laquelle est confronté le régime de la part de secteurs de l'opposition et de la communauté internationale», a déclaré à l'AFP Edgar Parrales, un ancien prêtre et ex-diplomate nicaraguayen.

Pour l'ancien député de l'opposition Eliseo Nunez, la fameuse étoile à cinq branches pourrait être aussi une provocation contre l'Eglise catholique, dénoncée par le pouvoir comme ayant participé à la tentative de coup d'Etat, notamment en secourant des manifestants blessés en 2018 et en réclamant un changement politique.

«Cela envoie le message à la hiérarchie de l'Eglise catholique» que les dirigeants peuvent «tout se permettre», a déclaré M. Nunez à l'AFP.

(AFP/NXP)

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