Recherches dans le Léman: Sous-marins russes pour explorer le lac
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Recherches dans le LémanSous-marins russes pour explorer le lac

L'EPFL pilote un projet de recherche des profondeurs du Léman. Deux sous-marins russes exploreront le lac cet été.

Deux sous-marins russes exploreront cet été les profondeurs du lac Léman dans le cadre d'un projet de recherche international piloté par l'EPFL. Soutenue par le consulat de Russie à Lausanne, l'opération permettra d'en savoir davantage sur le plus grand lac alpin pour mieux le comprendre et le protéger.

Les deux petits submersibles Mir seront mis à disposition des scientifiques qui pourront explorer le fond du lac de juin à août. Munis d'équipements de pointe, ils leur permettront de mieux comprendre la géologie et la physique du lac et de mener des travaux dans les domaines de la bactériologie et des micropolluants.

Le projet «Elemo» permet à l'EPFL d'intensifier ses relations avec la Russie, a déclaré le président de l'EPFL Patrick Aebischer mardi lors d'une conférence de presse. Il a pu être mis sur pied grâce à Frederik Paulsen, consul honoraire de la Fédération de Russie et président de Ferring Pharmaceuticals qui s'engage beaucoup pour développer les relations entre la Russie et le canton de Vaud.

Son entreprise finance le projet à raison de trois millions, tandis que le consulat honoraire de Russie verse un million. Les chercheurs solliciteront également le Fonds national de la recherche scientifique, a précisé M.Aebischer

Interrogations multiples

Même s'il a déjà été largement étudié, le lac Léman suscite encore de nombreuses interrogations, a souligné Philippe Gillet, vice-président pour les affaires académiques de l'EPFL. Il a notamment cité la question des polluants et leur circulation dans les flux d'eau, celle des bactéries qui peuplent le fond du lac ou encore le dépôt des sédiments.

Actuellement divers modèles scientifiques se font concurrence pour y répondre. Et les sous-marins seront d'une aide précieuse pour y voir plus clair. Ils permettront de récolter des données plus précises, en plus grande quantité, ainsi que de quadriller des zones entières. Ces informations permettront à terme une meilleure gestion du lac, a relevé M.Gillet.

Trois zones

Dans le détail, trois zones principales seront explorées: les profondeurs, à plus de 300 mètres de fond, sont encore mal connues. Les scientifiques passeront au crible les couches d'eau les plus basses et les sols. A Vidy, ils tenteront de mieux comprendre l'impact des micropolluants.

Enfin l'embouchure du Rhône est particulièrement intéressante, a expliqué M.Gillet. Les sédiments drainés par le fleuve ont formé neuf canyons sous-marins hauts de plus de 30 mètres. Les plongées devront permettre de mieux comprendre cet environnement instable.

Au total, «Elemo» intègre une quinzaine d'équipes internationales des Universités de Genève, de Neuchâtel, de Haute-Savoie et de Newcastle, ainsi que de l'Institut suisse de recherches aquatiques EAWAG, de l'INRA de Toulouse, du CNRS, de l'Académie russe des sciences et du Woods Hole Oceanographic Institute. Le programme reste encore largement ouvert, a affirmé M.Gillet.

Mission sous la glace

La coordination du projet se fait sous l'égide du consulat honoraire. L'âme du programme, le consul Frederik Paulsen a eu l'occasion de tester les «Mir». En août 2007, il avait participé à une expédition qui avait permis d'atteindre le Pôle Nord à plus de 4000 mètres sous la glace.

Le consulat a par ailleurs mis en contact l'EPFL et Anatoly Sagalevitch, chef d'expédition de nombreuses missions réalisées à bord des «Mir». En été 2011, il collaborera avec son équipe à la campagne sur le Léman.

Une exposition permettra au public de faire connaissance avec ces submersibles. Un programme pédagogique sur les Mystères de l'eau et du Léman sera proposé aux classes de 7e et de 9e. (ats)

Submersibles cinéastes

Les submersibles Mir ont été employés pour nombre de missions scientifiques dans l'Arctique ou le lac Baïkal. Utilisés à des fins de sauvetage lors du naufrage du sous-marin nucléaire russe Koursk, ils ont également permis de filmer les plans de l'épave du Titanic pour le film de James Cameron.

D'un poids de 18,6 tonnes, d'une longueur de 7,8 mètres et d'une largeur de 3,6 mètres, ces petits sous-marins de fabrication russe avancent à une vitesse de 9 km/h à l'horizontale et de 40 mètres par minute à la verticale, a expliqué Michael Krasnoperov, chef du projet au consulat honoraire de Russie à Lausanne. Leur record de plongée est de 6170 mètres.

Les Mir disposent d'un bras articulé d'une portance jusqu'à 80 kg. Ils sont également équipés de puissants projecteurs, de caméras 3D, de capteurs divers et de lieux de stockage pour échantillons.

Certification exigée

A fin mai, les deux submersibles feront le trajet de Kaliningrad (Russie) à Lausanne, via Klaipeda (Lituanie) à bord de quatre camions. Ils devront ensuite être certifiés par un organisme autorisé avant de pouvoir fendre les eaux du Léman, a indiqué M.Krasnoperov à l'ATS.

La première plongée se déroulera lors d'une cérémonie agendée le 14 juin. Par la suite, une centaine de plongeurs de différents pays prendront place à bord des submersibles. Des comparaisons pourront être réalisées avec le résultat des recherches effectuées dans le lac Baïkal.

Les sous-marins stationneront à Ouchy ainsi qu'au Bouveret (VS) auprès de la Société anonyme pour l'exploitation des sables et graviers du Léman (SAGRAV). Au total, il existe quatre Mir dans le monde, a ajouté le chef de projet. Deux sont basés à Kaliningrad, un en France et le dernier au Japon. Leur nom signifie «paix» en russe.

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