Actualisé

Etats-UnisSous Trump, nouvelle ère de manifestations

Les protestations contre le pouvoir ne sont pas près de s'arrêter même si leur impact reste incertain.

1 / 149
Les démocrates américains ont franchi un cap dans leurs enquêtes visant le président Donald Trump, en les faisant rentrer officiellement dans le cadre d'une procédure de destitution. (Jeudi 12 septembre 2019)

Les démocrates américains ont franchi un cap dans leurs enquêtes visant le président Donald Trump, en les faisant rentrer officiellement dans le cadre d'une procédure de destitution. (Jeudi 12 septembre 2019)

Keystone
La démocrate Ilhan Omar a déclaré aux journalistes que Donald Trump était «fasciste». (Jeudi 18 juillet 2019)

La démocrate Ilhan Omar a déclaré aux journalistes que Donald Trump était «fasciste». (Jeudi 18 juillet 2019)

Keystone
La Chine a annoncé, en pleine escalade de la guerre commerciale avec Washington, avoir infligé une amende anti-monopole de 23,3 millions francs à une co-entreprise du constructeur automobile américain Ford. (Mercredi 5 juin 2019)

La Chine a annoncé, en pleine escalade de la guerre commerciale avec Washington, avoir infligé une amende anti-monopole de 23,3 millions francs à une co-entreprise du constructeur automobile américain Ford. (Mercredi 5 juin 2019)

Keystone

New York, Boston, Chicago, Los Angeles, San Francisco: depuis l'investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, de nombreuses métropoles américaines vivent au rythme des manifestations. Et elles ne sont pas près de s'arrêter même si leur impact reste incertain, selon les analystes.

«C'est la première fois que je vais sur le terrain pour aider les gens»: comme Mark Hanna, jeune avocat new-yorkais mobilisé contre le décret anti-immigration, ils sont nombreux à avoir découvert le militantisme politique ces deux dernières semaines et à y prendre goût.

Les Etats-Unis n'avaient pas connu une telle mobilisation depuis les grandes manifestations contre la guerre en Irak en 2003, explique Fabio Rojas, professeur de sociologie à l'université de l'Indiana. «Il y a de bonnes chances» que cela se poursuive, selon lui, tant les anti-Trump sont remontés par ses propos et récentes décisions contre les femmes, les musulmans, les homosexuels, les étrangers, etc.

Surtout, souligne M. Rojas, Donald Trump «ne fait rien» pour calmer le jeu dans un pays plus divisé que jamais, continuant depuis son investiture le 20 janvier à souffler sur les braises avec ses diatribes contre les juges, les réfugiés, les journalistes.

Vote populaire

Un cocktail qui pousse des millions de mécontents de tous horizons à braver le froid. Et leur frustration est exacerbée par le fait que c'est la seconde fois en quelques années qu'un candidat démocrate perd au niveau des grands électeurs tout en remportant le vote populaire. Al Gore avait perdu en 2000 face à George W. Bush.

Les réseaux sociaux servent aussi de catalyseur. Ils «accélèrent la dynamique» en rapprochant des groupes aux causes différentes (droits des femmes, des immigrés, des homosexuels, des salariés, etc.).

Pour autant, le mouvement est encore loin d'avoir prouvé son efficacité. Car les manifestations sans actions concrètes aux effets mesurables n'obtiennent souvent aucun changement politique, souligne M. Rojas, comme ce fut le cas pour le mouvement de protestation Occupy Wall Street.

Selon lui, si les manifestants «des années 1960 ont obtenu des résultats, c'est parce qu'ils maniaient le bâton», avec des boycotts pénalisants pour les entreprises ou des campagnes de financement ayant renforcé des mouvements militants comme le NAACP, la plus importante organisation de défense des Noirs américains.

Manier le bâton

Autre exemple de mobilisation réussie grâce au «bâton»: les manifestations en 2009 du mouvement ultra-conservateur Tea Party. En menaçant de concurrencer aux primaires suivantes les parlementaires républicains ne votant pas selon ses directives, le Tea Party «a réussi à prendre le contrôle du parti républicain». Aucun bâton comparable n'existe aujourd'hui dans le camp démocrate, dit-il.

Dana R. Fisher, sociologue à l'université du Maryland, estime aussi qu'«il est très difficile de prévoir sur quoi débouchera» la mobilisation actuelle.

Mais elle veut voir dans l'importante proportion de personnes ayant manifesté pour la première fois le signe d'un renouveau: de même qu'aucun expert politique n'avait prévu la victoire de Donald Trump, les gens pourraient «réagir d'une façon que nous ne prévoyons pas».

Elle prend pour exemple les manifestations anti-décret immigration qui se sont propagées comme une traînée de poudre le dernier week-end de janvier et, notamment, «la mobilisation inattendue» des avocats.

Afflux de don

Ou encore l'afflux de don au profit de l'ACLU, la puissante association de défense des droits civiques, en première ligne dans la bataille juridique contre ce décret: elle a récolté sur Internet 24 millions de dollars en un week-end, six fois sa moyenne annuelle.

Mme Fisher évoque aussi l'appel à une grève générale le 17 février lancée sur les réseaux sociaux, dans un pays où les grandes grèves sont rarissimes et souvent inefficaces.

Tout pourrait encore s'arrêter, dit-elle, si Donald Trump «agissait de façon plus présidentielle». Mais elle n'y croit pas, s'attendant du coup à ce que «les gens manifestent davantage, s'impliquent davantage» ce printemps.

Un pronostic conforté par plusieurs manifestants ces derniers jours. «Les manifestations font partie de l'équation, même si elles ne font pas tout», souligne Lauren Irwin, 26 ans, qui a défilé douze fois depuis l'investiture. «C'est une période inquiétante» et aller aux rassemblements «met du baume au coeur». (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!