Actualisé 23.10.2012 à 12:21

Séisme de L'Aquila

Soutien apporté aux sismologues italiens

La communauté scientifique a dénoncé la condamnation à la prison ferme des sismologues italiens qui ont, selon la justice, sous-évalué le risque du séisme de L'Aquila en 2009.

«Dans une décision qui provoque une onde de choc dans la communauté de géophysique aux Etats-Unis, un tribunal italien a condamné six scientifiques à six ans de prison pour ne pas avoir prédit un séisme, ce qui est absurde et dangereux», écrit dans un communiqué l'influente ONG américaine Union of Concerned Scientists.

Celle-ci rappelle qu'après le procès des sismologues italiens, «la Société américaine de géophysique (AGU) avait déjà mis en garde contre le fait que ces accusations risquaient de saper les efforts internationaux pour tenter de mieux comprendre les désastres naturels et de réduire les risques qui en découlent.»

L'AGU citait les craintes de procédures qui décourageraient les scientifiques et les responsables d'administration de conseiller leur gouvernement et même de travailler dans la sismologie et l'évaluation du risque sismique.

Tom Jordan, professeur de géophysique à l'Université de Californie du Sud qui a présidé une commission internationale sur les prévisions de séisme formée par le Gouvernement italien après le tremblement de terre de L'Aquila, a exprimé «ses craintes que cette condamnation ne jette un froid sur tous ceux oeuvrant à améliorer les choses».

Pour lui, «c'est extraordinaire que des scientifiques faisant tout leur possible pour bien faire leur travail soient condamnés pour homicide». L'Institut américain de géophysique (USGS) s'est refusé à tout commentaire.

Pas de science exacte

Avant cette condamnation, l'Association américaine pour la promotion de la science (AAAS), plus grande organisation scientifique mondiale, avait déjà souligné que «des années de recherche menées par d'éminents sismologues aux Etats-Unis montrent qu'il n'existe pas de méthode scientifique reconnue permettant de prédire un tremblement de terre imminent».

«Nous sommes inquiets du fait que la menace de condamnation des sismologues pour appliquer des méthodes scientifiques reconnues ne les décourage et empêche ainsi le libre échange des idées indispensable au progrès scientifique...», avait déclaré l'AAAS.

La justice italienne a reconnu coupables lundi d'«homicide par imprudence» six experts des tremblements de terre et le sous- directeur de la Protection civile. Ces derniers s'étaient réunis à L'Aquila six jours avant le séisme du 6 avril 2009 qui avait fait plus de 300 morts.

(ats)

Etonnement suisse

En Suisse aussi des voix s'élèvent pour défendre les experts qui auraient agi selon des principes scientifiques.

«Dans une situation similaire en Suisse, je n'aurais sans doute pas agi bien différemment de mes collègues italiens», a déclaré mardi dans un entretien à l'ats Stefan Wiemer, directeur du Service sismologique suisse (SED).

D'un point de vue scientifique, les experts italiens auraient fait tout juste: les règles pour l'évaluation des risques sont les mêmes depuis trente ou quarante ans. Selon ces principes, les essaims sismiques, soit une série de plusieurs séismes de faible intensité comme ceux survenus en 2009 dans la région de L'Aquila peuvent parfois être des signes avant-coureurs d'un plus grand tremblement de terre.

Mais c'est le cas pour seulement moins d'un pour cent des essaims, souligne M. Widmer. Si l'on évacuait les populations à chaque fois que de tels événements survenaient, il faudrait le faire en moyenne cent fois avant que ne se produise un important séisme.

C'est ce qui a poussé le SED à conclure, dans une étude menée après la catastrophe de L'Aquila, que «la manifestation d'essaims sismiques ne doit pas conduire à une évacuation générale», insiste M. Wiemer.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!