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Vendée GlobeStamm disqualifié: colère de skippeurs

Le skipper suisse a été disqualifié du Vendée Globe par les organisateurs de la course de voile en solitaire pour avoir reçu une assistance le 23 décembre. La colère gronde.

Bernard Stamm a été disqualifié mercredi matin du Vendée Globe. Le jury estime que le Vaudois avait bénéficié d'une assistance lors de son mouillage aux îles Auckland le 23 décembre dernier. Le skipper de Cheminées Poujoulat avait 24 heures (soit jusqu'à jeudi matin) pour faire appel de cette décision.

Victime de problèmes d'hydrogénérateur qui avaient entraîné l'incapacité de recharger les batteries du bord, Bernard Stamm avait dû se dérouter vers les îles Auckland pour procéder aux réparations. Un équipier du navire scientifique russe Professeur-Khoromov, dont le Vaudois avait décidé de se servir comme d'une ancre à la suite d'une dérive, était alors monté à bord de Cheminées Poujoulat.

Subissant cette «intrusion», Bernard Stamm en avait aussitôt informé la direction de course, rappelant qu'il avait agi pour préserver son bateau. Comme le Vaudois le précise, l'homme était monté à bord comme l'aurait fait n'importe quel autre marin du globe, en méconnaissance totale des sanctions pouvant peser sur le concurrent. A aucun moment une quelconque assistance n'a été demandée, souligne le communiqué diffusé sur le site du sponsor de Bernard Stamm.

Le jury international estime qu'il y a bien eu infraction à la règle de non-assistance définie dans l'avis de course, Bernard Stamm n'ayant pas demandé à la personne présente sur son bateau de quitter le bord quand il l'a découverte. S'amarrer sur un autre bateau constitue une infraction et l'amarrage de Cheminées Poujoulat au Professeur-Khoromov a qui plus est été effectué avec l'aide de la personne à bord et de l'équipage du Professeur-Khomorov, précise la direction de course dans un communiqué.

Bernard Stamm persiste pour sa part à penser avoir agi dans l'esprit de la course. Selon lui, le jury ne tient pas compte du contexte et de ce cas de force majeure dont il a lui-même et sans délai informé la direction de course.

Colère et incompréhension

Certains skippeurs ont fait part de leur colère après la disqualification de Bernard Stamm.

- Jean-Pierre Dick (FRA/Virbac-Paprec 3), 3e: «Je viens de me réveiller, j'ai appris la nouvelle pour la disqualification de Bernard Stamm. Je trouve cela scandaleux, je suis sous le choc de cette annonce. Cette décision du jury me parait totalement démesurée. Bernard Stamm a commis une infraction au règlement, je peux comprendre qu'il soit pénalisé pour cela, mais pas à cette échelle. La disqualification est vraiment forte. C'est hallucinant! Il s'agit d'un cas de force majeure, Bernard a agi en bon marin pour sauver son bateau (...). Il me parait plus juste qu'il reste en course avec une pénalité. Je souhaite que le jury révise sa décision».

- Alex Thomson (GBR/Hugo Boss), 4e: «La disqualification de Bernard est malheureuse. Bien que je comprenne les raisons prises en compte par le jury, je les trouve très dures compte tenu des énormes efforts qu'il a fait pour réparer ses hydros et continuer la course. De plus quand on se souvient de ce qui lui est arrivé en 2008 lorsqu'il a perdu son bateau, il semble qu'il ait fait le nécessaire pour sa sécurité et celle du bateau. Je suis vraiment désolé pour lui».

- Jean Le Cam (FRA/SynerCiel), 5e: «Je suis remonté comme une pendule sur cette histoire-là. Pour moi, Bernard a agi en bon marin, il a tout fait pour sauver son bateau et on le pénalise (...)! Ça me désespère. Si ce qu'a vécu Bernard n'est pas un cas de force majeure alors je ne sais pas ce que c'est. J'ai envoyé un mail au jury ce (mercredi) matin car on ne peut pas prendre des décisions pareilles. Il faut se rendre compte qu'à l'avenir on ne pourra plus se porter assistance en cas de danger immédiat, de peur d'être disqualifié».

- Mike Golding GBR/Gamesa), 6e: «les règles sont les règles, etc... Mais quand vous connaissez l'histoire de Bernard et la situation dans laquelle il est, avec une grande partie du Pacifique Sud à parcourir, puis le Cap Horn et la menace des icebergs, ça parait très injuste. Ça semble ne pas être une bonne décision (...). Je suis vraiment réservé sur cette décision, elle ne me semble pas correcte et je suis vraiment, vraiment très triste pour Bernard».

- Dominique Wavre (SUI/Mirabaud), 7e: «J'ai envoyé un e-mail à Bernard pour lui faire part de ma solidarité et de toute mon amitié. C'est vraiment un grand malheur qui lui tombe dessus. Je connais évidemment bien Bernard, c'est un bon copain et on a vécu des moments très intenses ensemble. Je ne doute pas une seconde qu'il a agi en tant que marin et fait ce qu'il fallait faire pour son bateau. Je ne veux pas faire d'autre commentaire, juger le jury ou polémiquer. Je veux juste dire à Bernard que je suis de tout coeur avec lui».

- Alain Gautier, vainqueur du Vendée Globe 1992-1993 et consultant sécurité de l'organisation: «Le jury international est composé de membres venant d'autres pays que la France, nommés par la Fédération française de voile. C'est un jury totalement indépendant de la direction de course et du reste de l'organisation. Leurs textes sont très clairs et dans le cas de Bernard, ils ne peuvent aller que dans ce sens-là. Malheureusement leurs décisions ne conviennent pas toujours, il y a souvent un sentiment d'injustice. Mais hélas c'est comme ça, le jury est souverain. Comme dans tous les sports, c'est l'arbitre qui a raison (...). Bernard est un redoutable marin, il va se battre, j'espère qu'il va trouver des solutions mais il faudra malgré tout accepter la décision du jury après cet appel».

(ats/afp)

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