Festival de Cannes 2012: «Sur la route» fonce sans prendre de risque
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Festival de Cannes 2012«Sur la route» fonce sans prendre de risque

Spécialiste ès road-movie, Walter Salles signe la première adaptation cinématographique du livre culte de Jack Kerouac. Un «Sur la route» un peu trop carte postale mais porté par un casting impeccable.

par
Fred Ferrari

Incroyable mais vrai: «Sur la route», ouvrage qui a inspiré toute une génération de créateur (écrivains, musiciens, cinéastes...), n'avait jamais été adapté sur grand écran. C'est désormais chose faite, grâce au réalisateur brésilien Walter Salles. Et plutôt joliment faite. Un tel pavé de la littérature américaine aurait pu se transformer en boulet et plomber les ambitions de tout adaptateur. Salles, lui, réussit à garder une étonnante fraîcheur. Les connaisseurs de Kerouac y retrouveront leurs petits. Mais pas sûr que les autres seront conquis.

Rétro mais pas trop

Apprenti écrivain atterré par le décès de son père, Sal rencontre Dean, beau gosse aussi libre qu'intelligent, marié à la belle Marylou à qui il est ouvertement infidèle. Les deux gaillards décident de sillonner les Etats-Unis, tentant sans cesse de brouiller les pistes dès qu'ils se sentent menacés par la moindre tentation de conformisme. Sexe, drogue et rock'n'roll scandent cette balade au goût doux-amer, dont Walter Salles a su transformer l'aspect rétro (l'action se déroule à la fin des années 1940) en récit initiatique délicieusement vintage.

A fond sur le champignon

Les routes, Walter Salles connaît, lui qui a signé notamment «Carnets de voyage», sur les traces de Guevara avant qu'il devienne le Che. Le réalisateur brésilien prend un malin plaisir à varier les plaisirs, au gré des saisons, des lumières, des véhicules et de leur vitesse. Il brouille aussi la chronologie, accélère, prend des raccourcis, ralentit parfois, ne laissant jamais au spectateur le temps de s'ennuyer tant il s'amuse à briser les rectilignes - géographiques et humaines - toutes tracées.

Beau à regarder (limite carte postale), agréable à suivre, «Sur la route» échoue pourtant à emporter le spectateur dans le mouvement de folie de ses personnages, leur excitation, à laquelle on reste douloureusement étranger. La faute à une mise en scène sans véritable prise de risque, ou à une matière qui semble, 50 ans après la parution du livre, beaucoup moins iconoclaste qu'à l'époque?

Un quatuor d'enfer

Quoiqu'il en soit, le casting, lui, n'a rien à se reprocher. A commencer par Garrett Hedlund dans le rôle de Dean. Son charisme fauve, son regard pétillant d'intelligence, réussissent à rendre toute la complexité de son personnage, terriblement attirant, conscient de l'être et d'en abuser parfois. A ses côtés, observateur, complice, parfois jaloux, Sal est incarné par un Sam Riley tout en retenue. Quant à Kristen Stewart dans le rôle de Marilou, elle se livre corps et âme à son personnage, avec une subtilité parfois à fleur de peau. Un trio complété par une Kristen Dunst bouleversante dans le rôle de celle qui fait les frais des aspirations libertaires de Dean.

«Sur la route»

De Walter Salles. Avec Sam Riley, Garrett Hedlund, Kristen Stewart

Sortie le 23 mai 2012

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