Actualisé 06.05.2020 à 20:59

VAUDSur le banc des accusés car son chat aurait provoqué un drame mortel

Une jeune femme est décédée à Payerne lors d’un incendie en avril 2017. Le sinistre avait débuté chez un voisin, jugé mercredi au Tribunal d’Yverdon-les-Bains.

von
Frédéric Nejad Toulami
Le brasier avait détruit cet immeuble au centre de Payerne, coûtant la vie d’une femme de 22 ans.

Le brasier avait détruit cet immeuble au centre de Payerne, coûtant la vie d’une femme de 22 ans.

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Le procès d’un trentenaire s’est tenu ce mercredi 6 mai au Tribunal de police d’Yverdon-les-Bains. Ce Vaudois, de nationalité italienne et au bénéfice d’une rente AI, habite à Payerne. En avril 2017, il était sorti un après-midi pour un footing. À son retour, il avait vu une épaisse fumée s’échapper de son logement. L’intervention des pompiers avait permis de sauver des personnes, mais une Brésilienne de 22 ans avait été retrouvée morte, asphyxiée dans sa salle-de-bains où elle s’était réfugiée. C’est sa mère, dévastée par ce drame, qui a porté plainte pénale (lire l’encadré). «Y’a-t-il une douleur plus lancinante que la perte de son enfant?» a clamé son avocate Liza Sant’Ana Lima, avant de demander une condamnation pour homicide par négligence et réclamer à l’accusé 40’000 fr. de tort moral, ainsi que le remboursement des divers frais liés à l’enterrement et les frais de justice.

Négligence avec la cuisinière vitrocéramique?

Mais que lui est-il reproché au juste? La vie de la victime s’est jouée pour 4 secondes seulement, décrit la procureure dans son réquisitoire: le temps qu’il faut garder son doigt appuyé sur une touche de la cuisinière en vitrocéramique pour allumer une plaque si le système de sécurité est enclenché. Mais l’accusé n’a pas estimé utile de le faire, bien qu’il a déjà vu par le passé son chat provoquer un tel allumage avec ses pattes quand il montait sur la plaque: le signal sonore de l’allumage avait retenti alors. De plus, l’individu avait reconnu avoir laissé des machines à café en plastique sur sa cuisinière, provoquant ainsi un risque aggravant comme l’indique le président de la Cour. «Un ménage sur trois possède un chat en Suisse, constate la représentante du ministère public. Et quand on est propriétaire d’un chat comme d’un chien, on en est responsable et on doit faire en sorte que son animal ne nuise pas à autrui.» Estimant que le prévenu ne semble toujours pas avoir pris conscience de sa responsabilité, elle a demandé la révocation d’un sursis dont il bénéficiait dans une autre affaire judiciaire, en lien avec une condamnation pour négligence envers sa fille, et réclame contre lui 120 jours-amende ferme.

«Condamner sur un doute n’enlèvera pas le chagrin»

Dans sa plaidoirie, la défense souligne que les experts mandatés par la justice ont aussi évoqué la piste d’un «peu probable dysfonctionnement d’un appareil électrique» comme cause du sinistre dans l’appartement. «Peu probable ne signifie pas non probable», souligne Me Albert Habib, qui rappelle que l’on ne condamne pas quand un doute subsiste. Il dit aussi regretter que l’on recherche un responsable dès qu’un drame se produit. «Ce n’est pas en condamnant mon client qu’on enlèvera le chagrin de la mère de la victime.» Il demande l’acquittement de son client et rejette les prétentions pécuniaires de la partie plaignante. Le verdict sera rendu dans une semaine.

Procédure civile contre le Canton

La mère était sur les lieux le jour du drame, alertée au téléphone par sa fille avant que celle-ci ne meure asphyxiée chez elle. Estimant que les sauveteurs n’étaient pas intervenus correctement et lui avaient bloqué l’accès, l’empêchant de pénétrer dans la cage d’escalier en feu pour tenter de porter secours, elle avait porté plainte contre eux pénalement. La procureure avait classé le dossier car l’instruction n’avait rien démontré de répréhensible. Puis le Tribunal cantonal avait débouté son recours, car la maman n’avait pas qualité pour agir au pénal contre le Canton. Il demeure cependant une procédure civile contre l’État de Vaud.

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