05.08.2020 à 22:13

Drame au Liban«Sur place, les gens sont surtout en train de compter leurs morts»

À la suite des explosions qui ont secoué la ville de Beyrouth mardi, les témoignages de la diaspora libanaise en Suisse affluent. L’émotion est immense.

de
Valentina San Martin, Xavier Fernandez
La zone du port de Beyrouth au lendemain de l’explosion.

La zone du port de Beyrouth au lendemain de l’explosion.

Keystone

À la suite des explosions qui ont secoué Beyrouth mardi, une certaine forme de chaos règne sur la ville et le Liban tout entier. «Moins de 24 heures après le drame, les gens sont surtout en train de compter leurs morts et leurs doigts, pour s’assurer qu’ils sont encore tous là. Et, pour ceux qui ont encore un toit, ils sont en train de déblayer les restes de vitres des maisons, car elles ont toutes explosé, même à des dizaines de kilomètres du port», confie Nathalie, résidente suisse d’origine libanaise.

Tant cette dernière que Rama, également issue de la diaspora libanaise, s’accordent sur un point: le pays n’avait vraiment pas besoin d’un tel drame. «Les Libanais ont l’impression que le sort s’acharne. On était déjà en pleine crise politique, économique et sanitaire. C’est comme si ces explosions nous avaient plongés encore plus profondément dans un gouffre, dont on ne sait pas si on pourra sortir un jour», commente Rama.

Des citoyens laissés dans l’ignorance

De leurs témoignages ressort également le manque d’information. «Personne ne sait exactement ce qu’il en est des personnes qui ont perdu leur foyer, ni des blessés. On nous dit que la Croix-Rouge fait le maximum, mais que ces bénévoles sont totalement débordés. En fait, pour nombre d’entre eux, ils sont au courant de ce qui s’est passé uniquement grâce aux réseaux sociaux. Les informations officielles sont lacunaires et peu crédibles, le Gouvernement étant totalement corrompu», déplore Rama.

«Le Gouvernement a expliqué que l’explosion était due à un stock de feu d’artifices qui avait pris feu. D’autres racontent qu’il s’agissait de substances chimiques. Personne ne sait rien de ce qui se passe», explique un jeune Palestino-Syrien qui a souhaité garder l’anonymat. Pour lui qui a longtemps vécu au Liban, cette affaire est choquante: «La situation était déjà compliquée là-bas. Le pays n’avait pas besoin de ça.»

1 / 57
Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Le Premier ministre Moustapha Adib a annoncé ne pouvoir former un nouveau gouvernement. Le précédent avait démissionné après l'explosion meurtrière qui avait secoué Beyrouth, le 4 août. (Samedi 26 septembre 2020)

Keystone
L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

L’armée libanaise a annoncé samedi avoir recensé 85'744 «unités» endommagées, dont des maisons, des hôpitaux et des écoles, après l'explosion au port. (Samedi 19 septembre 2020)

AFP
Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

Des secouristes fouillent les débris d'un immeuble effondré après avoir reçu des signaux qu'un survivant pourrait se trouver sous les décombres. (Samedi 5 septembre 2020)

KEYSTONE

Soutenir la population: une mission compliquée

Nathalie, qui est à la tête d’une association d’expatriés, vient de lancer une récolte de fonds via le site xpatria.org, mis en ligne mercredi soir. «Mais nous ne pouvons pas simplement envoyer de l’argent, pour des raisons évidentes. Lorsque nos contacts sur place seront remis de leurs propres blessures, ils nous diront de quoi les Libanais ont besoin et où ils en ont besoin. Nous verrons ensuite comment leur faire parvenir ce matériel et ces ressources dans les meilleurs délais et conditions.»

«Personnellement, je voudrais aller là-bas pour aider. Mais c’est impossible, déplore Rama. Le sentiment de frustration est très grand. Quand on parle avec nos familles et amis, on ressent toute leur détresse, mais on est pieds et poings liés. C’est horrible», se désole-t-elle.

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!