Barrages: Surélever les lacs n'est pas du goût de tout le monde
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BarragesSurélever les lacs n'est pas du goût de tout le monde

La concrétisation du tournant énergétique passe par une augmentation de la capacité des lacs de barrage dans les plus brefs délais, affirment les chercheurs. Les défenseurs de l'environnement sont d'un autre avis.

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pam
Anton Schleiss, de lÉcole polytechnique fédérale de Lausanne: «Pour combler la pénurie hivernale délectricité, nous devrions surélever au moins 20 des 160 lacs de barrage que compte la Suisse de 10%.»

Anton Schleiss, de lÉcole polytechnique fédérale de Lausanne: «Pour combler la pénurie hivernale délectricité, nous devrions surélever au moins 20 des 160 lacs de barrage que compte la Suisse de 10%.»

photo: Keystone/Alessandro Della Bella

La valorisation de la force hydraulique dans le contexte du tournant énergétique suscite la controverse. Par exemple, le Conseil d'État du canton de Berne désire soumettre à la Confédération une initiative cantonale demandant que les installations destinées aux énergies renouvelables puissent aussi être construites dans les zones marécageuses protégées. Le Tribunal administratif bernois avait déjà interdit, pas plus tard qu'en décembre dernier, la mise en œuvre d'un projet de ce genre au barrage du Grimsel à la suite d'une plainte des associations écologistes, qui considèrent le rehaussement des barrages de 23 mètres comme une menace pour le site marécageux environnant.

Or le Grand Conseil bernois a donné ce jeudi son aval pour le dépôt de l'initiative cantonale. Et les partisans de la surélévation du niveau des lacs de barrage peuvent compter sur le soutien du monde scientifique. Ainsi, Anton Schleiss, directeur du Laboratoire de constructions hydrauliques de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, est clair: «Pour combler la pénurie hivernale d'électricité, nous devrions surélever au moins 20 des 160 lacs de barrage que compte la Suisse de 10%.»

La sortie du nucléaire est impossible sans un rehaussement du niveau des lacs de barrage

Anton Schleiss estime qu'une pénurie d'électricité sévit en hiver depuis plus de dix ans déjà et que des importations depuis l'étranger sont par conséquent nécessaires. Selon ce spécialiste, au cours de la dernière décennie, on a constaté chaque hiver un déficit de courant disponible d'environ 11% en moyenne: «Aujourd'hui, c'est le courant importé des centrales nucléaires françaises qui couvre ce besoin.» Toutefois, si le tournant énergétique et, dans le même temps, la sortie du nucléaire se concrétisaient, il serait indispensable de surélever le niveau des lacs de barrage ou, si possible, d'en construire de nouveaux.

Un rehaussement du niveau de 20 lacs de barrage déjà existants de 10% permettrait, selon Anton Schleiss, d'augmenter la capacité de stockage de l'énergie issue de la force hydraulique de 15% en hiver. Il faudrait toutefois faire des compromis pour les réserves naturelles concernées, qui seraient partiellement inondées par la surélévation des murs des barrages.

«On pourrait par exemple replacer un marais inondé dans un autre endroit pour compenser», suggère Anton Schleiss. Dans le cas précis du lac du Grimsel, une telle solution est envisageable: «Un rehaussement de 23 mètres n'inonderait qu'une petite partie des zones menacées. Et la production d'électricité supplémentaire pourrait à elle seule atténuer la pénurie hivernale d'électricité de 10%.»

Pour les amis de la nature, la surélévation ne contribue en rien au tournant énergétique

Les exigences de la science se heurtent à l'incompréhension des protecteurs de la nature: «On essaie de nous vendre une solution qui est inefficace dans les faits et qui cause de graves dégâts environnementaux», déplore Peter Anderegg, président de l'association du Grimsel. Le rehaussement des barrages ne mènerait qu'à une production limitée d'électricité supplémentaire, qui serait «insignifiante dans le contexte du tournant énergétique».

Avant de surélever d'autres lacs de barrage, il faudrait, toujours selon Peter Anderegg, commencer par maximiser l'efficacité énergétique: «Si l'on remplaçait tous les chauffages électriques utilisés dans le canton de Berne, on pourrait économiser la même quantité de courant qu'en surélevant le barrage du Grimsel, par exemple – et cela sans nuire trop gravement à l'environnement.»

«Une meilleure exploitation du potentiel disponible»

Antonia Eisenhut, directrice de l'association de protection des eaux Aqua Viva, appelle elle aussi de ses vœux une «meilleure exploitation du potentiel disponible». On pourrait par exemple améliorer l'efficacité des centrales hydrauliques existantes en renouvelant leurs turbines.

Peter Anderegg, de l'association du Grimsel, a une autre idée: «Plutôt que d'inonder et de détruire encore plus de paysages en surélevant le niveau des lacs de barrage «sous le prétexte du tournant énergétique», on peut aussi faire venir du courant de l'étranger.» Reste à conclure des contrats de longue durée portant sur l'importation d'énergies renouvelables. «Cela permettrait à nos paysages, qui aujourd'hui déjà sont totalement dégarnis par les installations de force hydraulique, de ne pas l'être encore davantage.»

L'Energy Challenge 2016 est une campagne nationale lancée par Suisse énergie et l'Office fédéral de l'énergie. Elle traite des sujets liés à l'efficience énergétique et aux énergies renouvelables. En tant que partenaire média, «20 minutes» se penchera sur la thématique durant six mois avec des graphiques, des reportages et des interviews.

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