Actualisé 03.04.2020 à 16:32

Coronavirus à Genève

Surveillance hors normes pour un week-end décisif

Les autorités exhortent les Genevois à rester chez eux malgré le beau temps. De très nombreux agents traqueront les réunions.

de
jef
Des drones seront engagés pour débusquer les rassemblements, comme ici à Gênes, en Italie, le 25 mars.

Des drones seront engagés pour débusquer les rassemblements, comme ici à Gênes, en Italie, le 25 mars.

Keystone/Luca Zennaro

C'est un Mauro Poggia grave et solennel qui s'est adressé aux Genevois ce vendredi en fin d'après-midi, les exhortant à rester chez eux malgré la chaleur. «Nous sommes à la veille d'un beau week-end ensoleillé. Légitimement, on pourrait aspirer à profiter de la nature, mais les faits doivent nous inciter à la retenue.» Car si les chiffres actuels paraissent, toute proportion gardée, réjouissants, «nous avons devant les yeux le miroir de ce que fut notre comportement il y a quinze jours: il y avait quatre morts, il y en a 72 aujourd'hui, dix personnes étaient aux soins intensifs, là, elles sont 65. Cinquante malades étaient hospitalisés, ils sont 350. C'est ce qui a été mis en place qui a permis de contenir l'épidémie, mais les résultats sont alarmants.»

«Ne pas baisser la garde»

Bref, tout relâchement est proscrit, a martelé le conseiller d'Etat. «Dans quinze jours, nous récolterons les fruits du comportement que nous allons tous adopter ce week-end. Je le répète: restez chez vous si vous n'avez pas mieux à faire!» Et la liste est courte: s'alimenter et recevoir des soins. «C'est difficile, mais c'est tellement peu de chose par rapport au gain pour la collectivité. Je vous demande instamment de ne pas baisser la garde.»

Pompiers, samaritains et gardes de l'environnement

Vu le week-end «décisif» qui s'annonce, Mauro Poggia a annoncé un dispositif d'envergure pour inciter les gens à ne pas se réunir et à respecter la distanciation sociale. Il s'agira de prévenir, mais aussi de punir si nécessaire. Les pompiers volontaires, les samaritains et les gardes de l'environnement sillonneront le canton, ses cours d'eau, ses quais, ses parcs et ses campagnes, «là où il y aura trop de monde», pour faire appliquer les consignes. Les polices cantonale et municipale seront déployées en nombre et «sanctionneront fermement toute violation».

Des drones pour débusquer les fêtes cachées

Si «le but n'est pas d'effrayer», le ministre annonce néanmoins l'engagement de drones «qui iront à des endroits auxquels on ne s'attend pas. Il ne sera pas possible de se dissimuler pour faire la fête.» Depuis le 19 mars, il rappelle que 413 amendes ont été infligées pour des rassemblements excédant cinq personnes et, «c'est encore plus grave, certains établissements publics sont restés ouverts, donnant lieu à sept fermetures et une arrestation.»

«Situation très grave»

Le docteur Marc Niquille, chef de l'état-major de conduite, s'est exprimé à sa suite, qualifiant la situation à Genève de «très sérieuse et très grave». Il a rappelé «l'effort colossal» accompli par le système de santé pour absorber l'épidémie. «Nous devons tout faire pour l'aider. Aujourd'hui, le service des soins intensifs fonctionne à 200% de sa capacité.»

Il a souligné que l'ordonnance fédérale traitant de distanciation sociale avait été modifiée, et que depuis hier les regroupements de plus de cinq personnes étaient amendables, mais pas seulement: le non respect de la distance de deux mètres l'est aussi devenu. «La population genevoise fait bien. Les gens ont conscience qu'ils doivent aider le système de santé. Mais on arrive à une charnière. On veut que la population comprenne bien que l'enjeu est critique.» Marc Niquille a conclu en indiquant que le personnel soignant était« très sensible aux applaudissements, mais le plus beau remerciement que l'on peut nous adresser, c'est de respecter les mesures de confinement.»

Les chiffres de l'épidémie

Aglaé Tardin, du service du médecin cantonal, a communiqué les chiffres actualisés de l'épidémie de covid-19. Ce vendredi, Genève comptait 2941 diagnostics positifs et 424 hospitalisations. Parmi elles, 65 malades se trouvaient aux soins intensifs, dont 58 étaient intubés. Depuis le début de la crise, 72 Genevois sont décédés. Chaque jour, une quarantaine de patients entrent à l'hôpital et vingt-cinq en sortent.

La doctoresse a aussi rappelé que le système de santé hors coronavirus doit continuer à fonctionner, et que les malades ordinaires ayant un suivi "doivent maintenant prendre contact avec leur médecin".

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!