Suisse romande: Surveillance numérique: étudiants des unis inquiets
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Suisse romandeSurveillance numérique: étudiants des unis inquiets

Les associations estudiantines dénoncent le recours à des logiciels «trop intrusifs» lors des examens. L’alma mater garantit des garde-fous.

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Lauren von Beust/Léonard Boissonnas
«Être filmé en continu» angoisse de nombreux étudiants. –istock.

«Être filmé en continu» angoisse de nombreux étudiants. –istock.

Getty Images/iStockphoto

Une «intrusion dans la vie privée». C’est ce qu’ont dénoncé mercredi les associations d’étudiants des Universités de Genève (UNIGE) et de Neuchâtel (UNINE). Les deux institutions ont prévu d’avoir recours à de la surveillance numérique lors des prochains examens à distance par le biais de systèmes de visioconférence (Zoom ou TestWe à Genève, Webex à Neuchâtel).

«Yeux braqués sur eux»

«Ce qui nous dérange, c’est d’être filmé en continu avec le son, explique Hugo Molineaux, secrétaire permanent de la Conférence universitaire des associations d’étudiants de l’Université de Genève (CUAE). Dans la sphère privée, on a le choix d’allumer sa caméra, de mettre le son ou pas. Là, ce n’est pas le cas», déplore-t-il. Selon une enquête de la Fédération des étudiants neuchâtelois (FEN), «beaucoup se disent angoissés à l’idée d’avoir des yeux braqués sur eux dans leur propre chambre», relate, pour sa part, Hugo, membre de la FEN.

Prévenir la fraude

«Ce système vise à prévenir la fraude mais aussi à permettre aux étudiants d’être en contact avec leurs enseignants, déclare Fabien Greub, secrétaire général de l’UNINE. La webcam devra être enclenchée pour permettre une surveillance, mais il n’y aura pas d’enregistrement.» Il précise que les étudiants «ont le droit de flouter l’arrière-plan.» De son côté, UNIGE, qui dit garantir que les dispositions prises sont «conformes aux recommandations du préposé cantonal à la protection des données», annonce que le stockage «sera entièrement fait sur les serveurs de l’université».

Quant à renoncer à cette surveillance, comme le réclament les associations estudiantines, «il est indispensable d’effectuer ce contrôle, quel que soit le mode utilisé, indique Luana Nasca, du service de communication d’UNIGE. À notre connaissance, aucune université ne délivre de diplôme sans vérification.»

«Trop excessif»

Dans le canton de Vaud, la Haute école pédagogique a décidé qu’«aucun étudiant n’aurait à se filmer lors d’examens écrits à distance, rapporte le directeur de la formation, Cyril Petitpierre. C’est trop excessif comme procédé.» Comme à l’EPFL, où il n’y a pas d’examen filmé, «le temps sera l’arbitre», avec une limite imposée. Du côté de l’Université de Lausanne, les modalités des examens doivent encore être annoncées. Des étudiants ont écrit à la direction, mais n’ont pas encore reçu de clarifications. À Fribourg, l’Uni indique que certaines facultés réfléchissent effectivement à la mise en place d’une surveillance, «toutefois aucune coordination n’est effectuée au niveau de l’Université».

Pas au-delà de juin-juillet

À Genève, comme l’a relaté lundi la «Tribune de Genève», le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence (PPDT) a rendu récemment une recommandation concernant le logiciel TestWe français, utilisé uniquement à la Geneva School of Economics and Management de l’Université. Son utilisation, qualifiée de «tolérable» dans le contexte de la crise sanitaire, «n’est pas proportionnée dans le cadre de la passation d’examens académiques au regard de l’intrusion qu’elle implique dans la sphère privée». Ce logiciel ne devrait ainsi pas être utilisé au-delà de la session juin-juillet 2021. Le PPDT avait déjà rendu un avis négatif en avril quant à son utilisation sous réserve de modifications. Une photo était notamment prise toutes les trois secondes, ce qui s’apparentait à de la vidéosurveillance. Des mesures ont ainsi été prises par l’UNIGE pour la prochaine session d’examens de la faculté en janvier. Les données seront hébergées sur ses serveurs et non plus en France et les images seront prises à intervalles aléatoires, entre autres. Parmi les conditions émises par le PPDT, une autre solution doit être proposée aux étudiants, comme un examen en présence, et son utilisation doit être limitée aux examens concernant plus de 200 étudiants.

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