Procès: Swissair: toujours des questions dix ans après
Actualisé

ProcèsSwissair: toujours des questions dix ans après

Le 7 juin 2007, le procès Swissair prenait fin par l'acquittement des 19 prévenus. Dix ans plus tard, l'histoire de l'ancienne compagnie suisse n'est pas close.

1 / 13
Le 7 juin 2007, les 19 prévenus dans le procès Swissair étaient acquittés Il s'agit du plus grand procès économique que la Suisse ait jamais connu.

Le 7 juin 2007, les 19 prévenus dans le procès Swissair étaient acquittés Il s'agit du plus grand procès économique que la Suisse ait jamais connu.

Keystone
Philippe Brüggisser, chef de SAirGroup dès 1997, quitte ses fonctions d'un commun accord avec le conseil d'administration en janvier 2001.Acquitté, il vit aujourd'hui en Floride où il travaille comme conseiller dans le secteur des transports aériens

Philippe Brüggisser, chef de SAirGroup dès 1997, quitte ses fonctions d'un commun accord avec le conseil d'administration en janvier 2001.Acquitté, il vit aujourd'hui en Floride où il travaille comme conseiller dans le secteur des transports aériens

Keystone
Ici Eric Honneger, ex-conseiller d'Etat zurichois et président du conseil d'administration de Swissair. Depuis 2012, il gère une auberge en Autriche.

Ici Eric Honneger, ex-conseiller d'Etat zurichois et président du conseil d'administration de Swissair. Depuis 2012, il gère une auberge en Autriche.

Keystone

Il y a dix ans tombait le verdict du plus grand procès économique que la Suisse ait connu. Ce procès fleuve devait permettre de désigner des coupables et d'expliquer la débâcle d'un symbole national, la compagnie aérienne Swissair. Au final, il a coûté très cher, les 19 prévenus ont été acquittés et les questions de fonds sont restées sans réponse. La procédure de liquidation est toujours en cours.

Le destin de Swissair a été scellé en octobre 2001, lorsque les avions ont été cloués deux jours au sol faute de liquidités et de kérosène. En un seul jour, 38'000 passagers de Swissair sont restés en rade au sol. Des milliers d'emplois étaient perdus, de même que des sommes se montant à plusieurs milliards de francs. La Suisse est restée sous le choc, le «grounding» constituant pour beaucoup un triste chapitre de l'histoire nationale.

Dédommagements des dirigeants

Le 7 juin 2007, devant 300 personnes, le président du Tribunal de district de Bülach (ZH), Andreas Fischer, rend son verdict. Aucun des chefs d'accusation contre les ex-dirigeants de Swissair n'est retenu et les inculpés sont dédommagés à hauteur de 3 millions de francs.

Au terme de trois longues journées de réquisitoire, le Ministère public a exigé des peines de prison de 6 à 28 mois et pécuniaires de 38'000 à plus d'un million de francs. Long de 100 pages, l'acte d'accusation portait notamment sur des délits de gestion déloyale, gestion fautive, faux dans les titres et faux renseignements sur des sociétés commerciales.

Mutisme

Le procès a duré 29 jours du 16 janvier au 9 mars 2007 et vu se succéder quatre procureurs et trois juges. Principal accusé, le dernier patron de SAirGroup Mario Corti était le seul à risquer une peine ferme. Le procureur réclamait 28 mois, dont six mois ferme, et une peine pécuniaire de 1,08 million de francs.

Le procès Swissair, c'était il y a dix ans

Le verdict du procès Swissair, le plus grand procès économique que la Suisse ait connu, tombait il y a dix ans. Ce procès fleuve devait permettre de désigner des coupables et d'expliquer la débâcle d'un symbole national, la compagnie aérienne Swissair. Au final, les 19 prévenus ont été acquittés et les questions de fonds sont restées sans réponse. La procédure de liquidation est toujours en cours.

Philippe Bruggisser, directeur de 1997 à janvier 2001, Eric Honegger, président du conseil d'administration et directeur du groupe de janvier à mars 2001 après le licenciement de Philippe Bruggisser, le milliardaire Thomas Schmidheiny, membre du conseil, ont accepté d'apporter des explications à la débâcle.

En revanche, les autres inculpés, principales figures de l'économie suisse des années 1990 et membres du conseil d'administration de SAirGroup, se sont tus: l'ex-patron du Credit Suisse Lukas Mühlemann, l'ancienne conseillère aux Etats zurichoise Vreni Spoerry, l'ex-président du Vorort Andres Leuenberger, le banquier genevois Bénédict Hentsch ou l'ex-patron du Comptoir de Lausanne Antoine Hoefliger.

Les anciens chefs des finances de SAirGroup, Georges Schorderet et Jacqualyn Fouse, étaient aussi sur la sellette ainsi que d'autres membres de la direction, des conseillers externes et l'ex-patron de la compagnie aérienne polonaise LOT, Jan Litwinski.

Procès coûteux

Le procès fleuve et coûteux, dont le verdict est tombé le 7 juin 2007, n'a pas permis de répondre à toutes les questions en suspens. La justice n'a pas désigné de coupables. Les interventions politiques aux Chambres fédérales sont restées vaines.

A l'exemple d'une initiative parlementaire du conseiller aux Etats Daniel Jositsch (PS/ZH), qui avait suivi le procès en tant que professeur de droit. Le politicien, alors conseiller national, demandait que les dirigeants des grandes entreprises puissent être poursuivis pénalement pour des négligences ou violations graves. Le Conseil national n'a pas donné suite à son texte.

A l'époque, en 2008, émergeait l'affaire UBS. Le numéro un bancaire helvétique, alors englué dans la crise des subprimes aux Etats-Unis, a lui aussi dû être sauvé par la Confédération.

Processus de liquidation toujours en cours

«Dans l'ensemble, les créanciers ont réclamé entre 15 et 20 milliards de francs», explique Karl Wüthrich dans un entretien accordé à l'ats. L'avocat et liquidateur s'occupe de la procédure de liquidation de SAirGroup Holding, ainsi que des filiales SAirlines, Swissair et Flightlease, depuis le début.

«Au départ, le groupe Swissair se composait d'un réseau de 260 sociétés», indique M. Wüthrich. Des filiales comme par exemple GateGourmet ont été vendues, de manière à ce qu'elles ne se retrouvent pas en difficulté. Ces opérations ont permis de dégager beaucoup d'argent pour rembourser les créanciers.

Argent jamais vu

Depuis le début du processus, il y a près de 14 ans, «de 80 à 90% des sociétés ont été liquidées», relève M. Wüthrich. La plupart des projets encore en cours devraient être terminés d'ici deux ans. «Les procédures les plus compliquées doivent toujours être réglées à la fin d'une procédure», remarque-t-il.

Un grand pas a été réalisé l'an dernier par le règlement de créances mutuelles entre les quatre entreprises. De plus, 72 millions de francs ont été versés dans la caisse de faillite grâce à la vente, par SAirGroup de l'immeuble Swissair à l'Aéroport de Genève.

Les créanciers ne verront cependant jamais tout leur argent. D'après les estimations M. Wüthrich, ceux de Flightlease ne récupéreront que 11% environ de leurs créances, ceux de Swissair 17 à 19% et ceux de SAirGroup 19 à 23%. Pour SAirlines, le taux grimpe à quelque 39%.

Les créanciers de troisième classe (obligataires, livreurs, banques, partenaires commerciaux) recevront un nouveau versement cette année. Ceux des deux premières classes (employés, caisses de pension; assurances sociales) ont déjà été totalement remboursés. (nxp/ats)

Les trois derniers chefs ont quitté la Suisse

Philippe Brüggisser, chef de SAirGroup dès 1997, vit aujourd'hui en Floride où il travaille comme conseiller dans le secteur des transports aériens, selon son profil sur le réseau social LinkedIn. Philippe Brüggisser est l'artisan de la fatale stratégie dite du chasseur avec l'acquisition de compagnies comme l'italienne Volare, la française Air Littoral ou South African Airways. Sur la sellette après ces rachats coûteux, il quitte ses fonctions d'un commun accord avec le conseil d'administration en janvier 2001. M. Brüggisser est resté durant une longue période sans travail. Il a ensuite été actif au sein de différentes compagnies aériennes à l'étranger.

Eric Honneger, ex-conseiller d'Etat zurichois et président du conseil d'administration de Swissair, remplace Philipe Brüggisser à la direction générale en 2001. Il exerce alors un double mandat avant d'être licencié quelques mois plus tard. M. Honegger relate cette période ainsi que le procès dans un livre. Une manière pour lui d'expliquer comment il a fait face au jugement hâtif et au soupçon, à la perte de réputation et d'amitiés, aux doutes et aux déceptions. Depuis 2012, il gère une auberge en Autriche. Contacté par l'ats, il n'a plus souhaité revenir sur le procès, car des procès au civil sont pendants dans les affaires de SAirGroup.

Mario Corti, dernier patron de Swissair dès mars 2001, a lui émigré aux USA. L'ancien ambassadeur et ex-numéro 2 de Nestlé a porté le chapeau lors du procès en 2007. Le principal prévenu a longuement répondu aux questions des juges, argumentant par de nombreux détails et preuves sur ses décisions pour sauver le groupe. «Il n'existait et n'existe aucun doute qu'un sauvetage du groupe Swissair était absolument possible même après les événements tragiques du 11-Septembre», a-t-il déclaré rétrospectivement en 2011. Emigré aux Etats-Unis déjà avant le procès, il travaille depuis 2003 comme «indépendant» à Boston, selon son profil LinkedIn.

(NewsXpress)

Ton opinion