Suisse: Swisscom accusée d'entorse à la concurrence
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SuisseSwisscom accusée d'entorse à la concurrence

L'annuaire en ligne et agence numérique pour les PME Zip.ch accuse Swisccom d'avoir caché l'identité de centaines de milliers d'abonnés pour mieux les vendre.

Swisscom est accusé d'avoir cherché à capter les revenus publicitaires en amont.

Swisscom est accusé d'avoir cherché à capter les revenus publicitaires en amont.

Keystone

Zip.ch s'attaque à Swisscom. L'annuaire en ligne et agence numérique pour les PME a saisi la Commission fédérale de la communication (ComCom) d'une plainte à l'encontre de l'opérateur de télécoms semi-public. Swisscom conteste les reproches qui lui sont formulés.

La société basée à Lausanne accuse le géant bleu de «graves infractions commises dans la tenue et la gestion de l'annuaire universel relevant du service public», selon un communiqué diffusé jeudi. Swisscom «a manifestement abusé de la mission qui lui a été confiée pour privilégier ses seuls intérêts commerciaux».

Zip.ch requiert de la ComCom des actions immédiates pour «mettre un terme au dévoiement du mandat public par Swisscom». Il demande notamment une séparation claire entre ses activités relevant du service universel et ses activités commerciales. Des mesures provisionnelles ont été demandées et une prise de position sur le fond est attendue d'ici à la fin de l'année, a expliqué à AWP le fondateur et directeur général de Zip.ch, Alexandre de Senger.

L'entreprise vaudoise indique qu'elle saisira aussi d'ici fin juillet la Commission de la concurrence (Comco) d'une plainte complémentaire en relation avec «les graves distorsions» commises en la matière dans ce contexte.

Swisscom renvoie à l'Ofcom

Swisscom conteste les reproches qui lui sont formulés et souligne que Swisscom Directories remplit entièrement son mandat légal. Les utilisateurs autorisés - comme par exemple Zip.ch - peuvent recevoir ces données à des «prix orientés sur les coûts» fixés par l'Office fédéral de la communication (Ofcom), a indiqué à AWP un porte-parole de Swisscom Directories. «Il ne saurait donc être question d'utilisation commerciale dans ce contexte», insiste-t-il.

Zip.ch tente régulièrement «d'attirer l'attention des médias avec des accusations infondées», estime Swisscom Directories. Aucun autre éditeur d'annuaire ne s'est par ailleurs approché jusqu'ici de Swisscom Directories. «Nous ne donnons aucune chance à cette plainte», affirme le porte-parole.

Liste de rubriques restrictive

Selon Zip.ch, Swisscom Directories, qui exploite les annuaires local.ch et search.ch, lui a «sciemment caché l'identité de centaines de milliers d'abonnés». Ces données lui étaient ensuite proposées «à des conditions financières abusives».

Zip.ch compte par ailleurs démontrer que Swisscom a établi «une liste restrictive de dizaines de rubriques commerciales gratuites». Pour le reste, le numéro un helvétique de la téléphonie aurait «facturé illégalement des milliers d'autres rubriques aux entreprises du pays» qui souhaitaient être répertoriées par exemple dans les catégories «médecins», «fiduciaires» ou «coiffeurs».

Cette liste restrictive, établie depuis au moins 2006, a été utilisée jusqu'à fin janvier 2014. Swisscom a alors obtenu de l'Ofcom que la rubrique sous laquelle un client, qui s'inscrit dans l'annuaire, peut décider d'apparaître ne soit plus compris comme service minimum à fournir.

Zip.ch estime que cette pratique a causé un dommage de plus de 100 millions de francs aux entreprises du pays. «Maintenant, tout le monde doit payer» pour être inscrit sous une rubrique, selon Alexandre de Senger, qui estime qu'«un annuaire sans rubrique n'est pas utilisable». Il demande à ce que la rubrique soit réintégrée dans le contenu minimum d'une inscription dans l'annuaire.

Revenus publicitaires captés en amont

Swisscom Directories aurait en outre «tiré illégalement profit de sa gestion du mandat public» pour proposer les offres commerciales de ses annuaires par téléphone ou via les emails de contact de l'annuaire public universel. Les budgets publicitaires étaient ainsi captés en amont au moyen du mandat public, «en contradiction avec les règles de concurrence les plus élémentaires».

«Le mandat public est de générer l'annuaire public, pas de faire des sous», juge Alexandre de Senger. Dans ces conditions «aucun concurrent ne peut se lancer», selon lui.

Se poser en alternative

Créé en mars 2015, Zip.ch voulait se poser en alternative à local.ch et search.ch. Ces deux derniers sites ont été unis à la même période au sein de Swisscom Directories, dont le capital-actions est détenu à 69% par Swisscom et à 31% par Tamedia.

Zip.ch espérait pouvoir étoffer son annuaire, mais dénonçait déjà les «conditions exorbitantes» auxquelles il pouvait obtenir les références des abonnés ayant souscrit aux services payants de Swisscom Directories. Il comptait alors lancer «prochainement des procédures légales pour mettre un terme à ces abus».

Une année après le lancement de son annuaire, la firme lausannoise ambitionnait de capter un tiers du marché des annuaires suisses en ligne. Le site compte actuellement 500'000 visites par mois, soit environ 2% du marché, d'après les estimations d'Alexandre de Senger. «Nous sommes loin du tiers, car nous avons un annuaire incomplet», dénonce ce dernier. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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