Genève: Syndicats et patrons alliés pour chasser les tricheurs

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GenèveSyndicats et patrons alliés pour chasser les tricheurs

Bilan positif après un an d'activité de l'Inspection paritaire des entreprises, où collaborent employeurs et représentants des travailleurs.

par
David Ramseyer
Keystone/Salvatore di Nolfi

«La sauce a pris! Il y a de l'engagement, de l'enthousiasme et de la qualité», se réjouit la secrétaire permanente de l'Union des associations patronales. Stéphanie Ruegsegger couvre de lauriers l'Inspection paritaire des entreprises (IPE), dont le bilan après un an d'activité a été dévoilé jeudi.

Une première helvétique

Unique en Suisse et créée après un vote unanime du Grand Conseil, cette entité compte 24 inspecteurs, issus à part égale des syndicats et des milieux patronaux (dirigeants, cadres, indépendants, etc.). Ils sont chargés de traquer ensemble les mauvaises pratiques en matière de loi sur le travail. Cette structure complète la tâche des commissions paritaires et de l'Office de l'inspection et des relations du travail (cf. encadré)

Le bilan est également positif du côté syndical, confirme Joël Varone, membre d'Unia et président de l'IPE: «Nous ne nous sommes pas limités à un contrôle et une lettre d'avertissement. Nous avons pu assurer une présence répétée dans des entreprises aux pratiques potentiellement fautives». Stéphanie Ruegsegger ajoute que les inspecteurs de l'Union patronale «ont du plaisir à collaborer avec les syndicalistes. Cela leur permet aussi de mieux comprendre le monde du travail».

Mauvaise note pour les restaurants

En une année, 289 sociétés ont été (ou sont encore) contrôlées et 68 d'entre elles se sont révélées en infraction. Secteur le plus touché: l'hôtellerie-restauration. «Quasiment aucun des établissements visités n'était en conformité», lâche Joël Varone. Le respect des horaires, des tarifs de nuit et la comptabilité des heures supplémentaires constituent les manquements les plus souvent observés.

Pour ses premières missions, l'IPE a aussi ciblé les entreprises d'échafaudage. Elle s'est notamment concentrée sur la sécurité des ouvriers. Autre problématique visée: le respect des conventions collectives de travail dans les garages et le secteur du transport de marchandises. Ce nouvel acteur du dispositif genevois de contrôle du marché du travail va poursuivre son déploiement ces prochains mois.

Genève championne des contrôles

Les inspecteurs du travail ne chôment pas au bout du lac. Plus du quart des travailleurs contrôlés en Suisse l'an passé (soit 17'962 personnes) l'ont été à Genève. Dans le canton, 3722 entreprises ont également reçu la visite des commissions paritaires ou de l'Office de l'inspection et des relations du travail. Un zèle que les partenaires sociaux - qui "fonctionnent très bien ensemble", selon Nathalie Bloch, secrétaire patronale de la Fédération des entreprises romandes - expliquent par une volonté commune de lutter contre les abus en matière d'emploi.

Le bilan 2016 de la surveillance du marché du travail présenté jeudi montre une certaine stabilité des cas problématiques. Environ un tiers des entreprises sont en infraction, mais pour des fautes dont la gravité varie énormément. Parmi elles, 72 ont été exclues des futurs marchés publics, contre 40 lors de l'exercice précédent. "Mais dans leur grande majorité, les entrepreneurs se comportent bien et la situation s'améliore", assure le conseiller d'Etat chargé de l'économie Pierre Maudet. Un constat que les syndicats tempèrent: "Les contrôles commencent à être crédibles mais restent encore insuffisants, tout comme le nombre d'inspecteurs et la sévérité des peines prononcées, estime Manuela Cattani, présidente de la Communauté genevoise d'action syndicale.

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