Violences au Caire: Tabassée pour avoir aidé la «fille au soutien-gorge»
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Violences au CaireTabassée pour avoir aidé la «fille au soutien-gorge»

Azza Kamal Soliman, 48 ans, a risqué sa vie pour venir en aide à la femme voilée qui s'est fait molester et dévêtir près de la place Tahrir le 17 décembre. Elle raconte son calvaire.

par
cga

Azza Kamal Soliman a payé au prix fort son courage: une double-fracture du crâne, des lacérations au visage et de graves contusions sur l'ensemble du corps, raconte le site du quotidien «Die Welt».

Le 17 décembre dernier, soit un an jour pour jour après l'immolation du Tunisien Mohammed Bouazizi, considéré comme l'«élément déclencheur» du printemps arabe, celle qui est présidente du Centre pour les questions féminines en Egypte a vu la femme au «soutien-gorge bleue», se faire molester par la police militaire.

La vidéo des violences du 17 décembre

Attention, ces images sont particulièrement violentes

«Pas de justice»

La photo de cette femme, voile arraché et dessous apparents, avait alors fait le tour du monde, comme un symbole des violences faites aux femmes dans l'Egypte de l'après-Moubarak. Reconnaissable par son caban rouge, Azza Kamal Soliman a tenté de venir en aide à la malheureuse.

Elle été à son tour tabassée avec une violence inouïe par les forces de l'ordre. La semaine dernière, elle a rencontré des journalistes de CNN en pleine convalescence. Elle raconte son calvaire et exprime ses craintes quant à la situation actuelle en Egypte. Au vu de son état, elle gardera probablement des séquelles irréversibles de son acte de bravoure.

«Il n'y a pas de justice, et je me demande combien de temps cela va durer, raconte-t-elle depuis son lit d'hôpital. Nous demandons juste la liberté et nous sommes opprimés par les militaires et le Conseil suprême des forces armées. Je ne sais pas combien de temps ils vont continuer à nous tirer dessus et à nous tuer», s'interroge-t-elle.

«Aucune compassion ni humanité»

Les critiques de la militante sont d'autant plus fortes qu'elle est elle-même issue d'une famille de militaires. Son père, mort aujourd'hui, était en effet général de l'armée sous le régime de Moubarak, selon «Al Arabiya». «Les hommes de ma famille ne sont pas comme ceux qui sont dans l'armée maintenant (...) les soldats d'aujourd'hui n'ont aucune conscience ni compassion, aucun sens de l'humanité», ajoute la femme au caban rouge, identifiée comme telle sur la vidéo. Elle ne sait toujours pas dans combien de temps elle retrouvera l'entier de ses capacités.

Le journaliste Hassan Mahmoud était présent quand l'incident s'est déroulé. Il explique au «Guardian» que «la femme au soutien-gorge bleu» a trébuché alors qu'elle tentait de fuir la police militaire. Les pandores ont réussi à la rattraper...

«Il était clair pour moi qu'ils souhaitaient l'emmener loin de nous, mais quelques manifestants courageux sont venus et ont commencé à leur lancer des pierres, poursuit Hassan Mahmoud. C'est peut-être la seule chose qui l'a sauvée.»

Le reportage de CNN auprès d'Azza Kamal Soliman

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