Tour de France - Tadej Pogacar, oreille ouverte et mollet de fer
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Tour de FranceTadej Pogacar, oreille ouverte et mollet de fer

Samedi, au terme de la 8e étape arrivée au Grand-Bornand, le Slovène a assommé le Tour de France 2021 en déposant tous ses adversaires dans les trente derniers kilomètres.

par
Patrick Oberli
(Le Grand-Bornand)
Un petit coup d’œil juste derrière lui et Tadej Pogacar lâche Richard Carapaz pour s’envoler dans les Alpes et ce maillot jaune qu’il avait ramené à Paris l’an passé…

Un petit coup d’œil juste derrière lui et Tadej Pogacar lâche Richard Carapaz pour s’envoler dans les Alpes et ce maillot jaune qu’il avait ramené à Paris l’an passé…

AFP

Vendredi au Creusot, Tadej Pogacar avait terminé l’étape marathon du Tour de France fâché. Piégé et un peu distancé, le Slovène avait marmonné que son équipe UAE Team Emirates avait dû limiter la casse. Alors est-ce pour se venger? Est-ce pour châtier ses adversaires que samedi, il a tout cassé entre Oyonnax et le Grand Bornand, 8e étape de cette édition 2021 et premier épisode alpestre de l’année? Si lui a parlé d’un simple «bon test», la réalité est plus proche d’une domination folle.

En attaquant ses adversaires, Richard Carapaz (Ineos Grenadiers) en tête, à 32 kilomètres de larrivée, puis en avalant un à un les échappés du jour - seul le Belge Dylan Teuns a finalement résisté à la tornade -, Tadej Pogacar a sauté dans le maillot jaune et pris une option digne des meilleurs financiers de Wall Street sur la victoire finale, le 18 juillet à Paris. Ceci avec une manière qui casse les codes des dernières années de course. Sa supériorité est telle qu’il a pu se permettre de ressusciter le panache d’antan, sans peur du qu’en-dira-t-on, quand les champions n’avaient pas peur de se bagarrer avant les derniers hectomètres des arrivées en altitude.

L’ouïe fine du champion

L’histoire ne dit pas si Pogacar s’est couché vêtu de son maillot jaune, samedi soir. Mais il l’a fait assurément avec le sentiment du devoir accompli. Car, selon sa philosophie du moment, égrenée en quelques phrases sèches au terme de la course, «la meilleure défense est l’attaque». Un combat où tous les sens sont en éveil. L’ouïe en premier lieu, Pogacar révélant, à moitié caché encore derrière son masque qu’il avait entendu les Ineos Grenadier se plaindre au milieu de l’étape.

«J’ai entendu qu’ils n’étaient pas bien, alors j’ai essayé et j’ai pu partir dans l’avant-dernier col», celui de Romme. On était donc à 32 kilomètres de l’arrivée, de quoi creuser un fossé entre lui et le reste du peloton. Une opération menée avec l’aval de son prédécesseur en jaune, Mathieu van der Poel, qui en course, lui a glissé à l’oreille qu’il souhaitait lui transmettre la tunique. Mission accomplie.

Va-t-il dormir avec son maillot jaune?

Va-t-il dormir avec son maillot jaune?

AFP

‹‹Non, je n’ai pas tué le Tour. Il reste encore deux semaines de course. Désolé.››

Tadej Pogacar, qui a survolé cette première étape alpestre

Alors qu’il reste plus de deux semaines de course, la question, obsédante, est de savoir si Tadej Pogacar a déjà en poche sa deuxième Grande Boucle. Interrogé, l’homme, dont les cordes vocales sont aussi peu endurantes que ses mollets sont puissants, s’excuse de ne pas pouvoir adhérer à la théorie. Le chant est connu. D’Armstrong le banni à Froome au sommet de son art, tous avaient répété avec assurance le même refrain. «Non, je n’ai pas tué le Tour, a martelé le Slovène de 22 ans. Il reste encore deux semaines de course. Désolé.»

Et comme pour mettre un peu de piment dans son discours, Pogacar immédiatement fait genre de craindre l’étape de dimanche, 144,9 kilomètres entre Cluses et Tignes, agrémentée de deux cols de première catégorie et un hors catégorie (col du Pré): «Ce sera une étape très très dure. Nous allons probablement courir sur la défensive.» Histoire de se prémunir d’un éventuel retour de bâton, avec des équipes frustrées et liguées contre lui qui chercheraient à revenir dans la boucle. À condition d’en avoir les moyens et que les forces mentales suivent. Car on ne se remet pas d’une telle leçon de supériorité en une seule nuit, même avec les bienfaits du sommeil en l’altitude

Une victoire thérapeutique

La démonstration a été si parfaite qu’elle en a éclipsé la performance du Belge Dylan Teuns (Bahrein Victorious) qui a fendu avec vaillance le brouillard, la pluie et le froid pour s’imposer au Grand-Bornand. Une deuxième victoire pour lui sur le Tour de France (la première en 2019 à la Planche des Belles filles) qui avait plusieurs vertus thérapeutiques.

Pour lui, elle a mis un peu de baume sur une non-sélection pour les JO de Tokyo. Surtout, ce succès lui a permis de rendre hommage à son grand-père, décédé il y a deux semaines et qu’il n’avait pas eu la possibilité de revoir une dernière fois. «Je pense qu’il serait très fier, comme il l’était en 2019,» a-t-il admis devant les journalistes, à l’évidence ému. Ce que Dylan Teuns ne sait pas contre probablement pas, c’est qu’il a pansé les plaies ouvertes des supporters belges qui avaient fait le déplacement sur la route du Tour déguisés en Diables rouges et qui ne s’étaient pas encore remis de la défaite, la veille, de la Belgique face à l’Italie à l’Euro de football. On se console comme on peut.

Entre la bagarre entre Pogacar et Carrapaz, la victoire de Dylan  Teuns au Grand-Bornand, jusqu’au maillot jaune décroché dans un temps qui n’a rien d’estival, cette journée dans les Alpes a été riche en événements.

Entre la bagarre entre Pogacar et Carrapaz, la victoire de Dylan Teuns au Grand-Bornand, jusqu’au maillot jaune décroché dans un temps qui n’a rien d’estival, cette journée dans les Alpes a été riche en événements.

AFP

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