Cyclisme - Tadej Pogacar accentue son emprise sans arrière-pensée
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CyclismeTadej Pogacar accentue son emprise sans arrière-pensée

Dans la 9e étape du Tour de France, le Slovène a parfaitement manœuvré pour conserver son maillot jaune face à un peloton qui semble résigné. Et dans le doute.

par
Patrick Oberli
(Tignes)
Tadej Pogacar, un visage d’ange et un mental dominant. Le peloton du Tour de France 2021 en a fait l’expérience dans les deux étapes des Alpes.

Tadej Pogacar, un visage d’ange et un mental dominant. Le peloton du Tour de France 2021 en a fait l’expérience dans les deux étapes des Alpes.

AFP

C’est à croire que le cyclisme ne s’en sortira jamais, de ce vilain doute. Mouillés jusqu’aux os et congelés par un froid indigne de juillet, les coureurs du Tour de France sont sortis de ce week-end alpestre doublement paralysés. Physiquement, d’abord, tant les organismes ont souffert le martyre sur les routes menant samedi au Grand-Bornand, puis dimanche à Tignes. Mentalement ensuite, tant les coureurs ont été sonnés par la supériorité affichée par Tadej Pogacar dans le premier épisode du week-end, puis, tout en contrôle, dans le second. Ils s’en iront se reposer ce lundi avec le cerveau en compote, en ayant débranché le mode «ambition dorée» et avec un goût amer de résignation dans la bouche. Avec ce doute, nourri par une domination écrasante, aussi pesante que le brouillard qui par moments les a enveloppés comme à la sortie de l’hiver.

Dimanche, la question était donc de savoir si, après la démonstration du Slovène, ses adversaires allaient tenter de se révolter. Et si oui, qui prendrait la tête des rebelles? Wout Van Aert, 2e, au moment de s’élancer sous la pluie, mais pas vraiment à l’aise en montagne? Richard Carapaz, dernière carte des Ineos Grenadiers, 6e du général à quelque 5 minutes? Que nenni. L’insurgé est venu du pays des kangourous. Échappé en compagnie d’un duo colombien formé de Nairo Quintana et Sergio Higuita, c’est Ben O’Connor (AG2R Citroën) qui a, petit à petit, grignoté les secondes, puis les minutes, jusqu’à ce que les statistiques annoncent que le 14e du général au réveil, avait refait les 8’13 de retard qu’il avait sur Tadej Pogacar. Autrement dit: que l’Australien était maillot jaune virtuel. Remarquable, certes, mais pas de quoi remplacer les frissons dus au froid.

Digne des meilleurs horlogers

Car un peu avant la montée vers Tignes (21 kilomètres avec une pente moyenne de 5,6%), le train UAE a chargé un peu de charbon dans la chaudière. Et, en quelques hectomètres, le «compte» de fées s’est évanoui, l’écart repassant au-dessous de la jauge des 8 minutes. Quant à Pogacar, le moment était à la préparation. Le «patron» a enlevé son survêtement, prêt pour la bagarre alors que, devant, Ben O’Connor déposait ses compagnons d’échappée pour viser, avec vaillance, la victoire d’étape et une belle remontée au classement général.

Durant de longues minutes, l’équipe UAE Team Emirates a, alors, joué les horlogers pour maintenir l’écart constant, comme un chat contrôlant sa souris. Une stratégie fine qui avait aussi pour objectif de pousser les autres prétendants à un podium à Paris, à l’instar de Richard Carapaz, à prendre en main la course pour limiter l’avance du héros du jour. Finalement, Tadej Pogacar prendra tout le monde au piège, répondant avec force à une timide attaque du leader d’Ineos Grenadiers en manque de pétrole, pour lui reprendre une trentaine de secondes. Cela tout en mettant un nouvel atout dans sa manche: l’équipe AG2R Citroën Team, toute heureuse de pouvoir jouer le podium avec la remontée d’O’Connor à la deuxième place du général (+201’’), un cadeau du destin qu’elle n’imaginait pas forcément quelques heures auparavant. Fin de l’épisode sur la route.

«Ma condition est super bonne, surtout samedi. Aujourd’hui (dimanche) il a fallu que je me mette un peu en mode survie. Mais pas d’inquiétude, je suis très bien»

Tadej Pogacar, maillot jaune du Tour de France.

Dans les hôtels, par contre, les commentaires vont continuer d’aller bon train. Toujours ce doute à propos d’un nouveau champion qui caresse, voire dépasse, les meilleures performances d’une histoire pas toujours limpide, à chaque fois qu’il appuie sur les pédales. Pour les suiveurs, échaudés, il faut trouver une théorie pour expliquer le phénomène. Celle en vogue est de répéter que Tadej Pogacar n’a plus de rival à sa hauteur, ceux-ci ayant fait les frais d’une première semaine, aussi animée que dangereuse. Mais la théorie ne fait pas l’unanimité. Pire: la bulle du Tour se retrouve partagée comme au mauvais vieux temps, entre ceux qui veulent y croire et ceux qui redoutent un futur scandale.

Pas du tout ébranlé

Pour le principal concerné, il n’y a juste pas de problème. L’homme se sent simplement très bien, comme il l’a expliqué dimanche soir à Tignes: «Ma condition est super bonne, surtout samedi. Aujourd’hui (dimanche) il a fallu que je me mette en mode survie. Mais pas d’inquiétude, je suis très bien.» La preuve, s’il en fallait une, par sa «petite attaque», en fin d’étape qui lui a permis de faire un gros ménage. Et lorsqu’on lui demande s’il a un moment tremblé pour son maillot jaune durant la journée, le Slovène se contente de dribbler en affirmant que «le perdre n’aurait pas été la pire chose». Mais comme il «aime bien le jaune», il a fait ce qu’il fallait pour le garder. En deuxième semaine et peut-être bien jusqu’à Paris. Car ce nest pas Ben O’Connor, son nouveau dauphin, qui cherchera à le chatouiller. Ne serait-ce que parce qu’il garde la tête sur les épaules: «Je ne me fais pas d’illusions. Je sais qu’il y aura des gars plus forts que moi en troisième semaine», a-t-il lancé, le sourire transperçant son masque, au moment de commenter sa victoire.

Lundi, le peloton meurtri va donc essayer de se remettre la tête à l’endroit, de retrouver un but à son existence et de récupérer physiquement. Car si devant, le week-end a accentué les questions existentielles, à l’arrière, il a fait de gros dégâts. Rien que dimanche, le peloton s’est allégé de pas moins de douze coureurs, rappelant au passage que les champions ne sont pas seulement ceux qui gagnent.

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