Tchad: situation incertaine à N'Djamena
Actualisé

Tchad: situation incertaine à N'Djamena

Les combats ont repris dimanche après une nuit d'accalmie entre l'armée et les rebelles tchadiens au coeur de N'Djamena. Le président Idriss Deby Itno résiste toujours, retranché dans son palais.

La France a déjà évacué 400 personnes, dont onze Suisses.

D'intenses tirs des chars des forces gouvernementales, déployés en centre-ville autour de la présidence, ont retenti dimanche, accompagnés d'échanges à l'arme automatique, a constaté l'AFP.

Des hélicoptères de l'armée régulière ont décollé de leur base à l'aéroport. Ils ont ouvert le feu à plusieurs reprises, notamment sur une colonne d'une centaine de pick-up de l'alliance rebelle qui a mené une incursion depuis le sud-est, selon des sources militaires.

Nombreuses victimes

Les affrontements de samedi, les premiers à N'Djamena depuis l'offensive rebelle repoussée le 13 avril 2006 aux portes de la capitale, semblent avoir fait de nombreuses victimes: des cadavres calcinés ou déchiquetés ont été vus par des témoins tchadiens et européens.

Aucun bilan officiel n'a été diffusé. Le ministre français de la Défense Hervé Morin a cependant confirmé que le chef d'état-major tchadien, Daoud Soumaïn, avait été tué dans des combats.

La France, qui dispose d'un contingent de 1450 soldats au Tchad et qui a un accord de coopération militaire avec ce pays, n'est jusqu'ici pas intervenue. Son aviation s'est bornée samedi soir à sortir ses hélicoptères pour sécuriser l'aéroport, afin d'évacuer durant la nuit quelque 400 ressortissants étrangers vers Libreville.

Cessez-le-feu lettre morte

Les six chasseurs Mirage stationnés à N'Djamena ont quitté le Tchad dimanche matin «pour être mis à l'abri» des combats, a précisé dimanche l'état-major des armées à Paris.

Les combats de dimanche, au deuxième jour d'une bataille acharnée pour le contrôle de N'Djamena et, au-delà, pour le pouvoir, semblaient avoir sonné le glas d'un cessez-le-feu à l'initiative du dirigeant libyen Mouammar Khadafi, médiateur désigné par l'Union africaine (UA).

Tripoli avait fait savoir dans la nuit que Mahamat Nouri, l'un des trois chefs de l'alliance rebelle, avait accepté cette trêve. Mais les rebelles ont ensuite nuancé leur position.

Journée décisive

Hervé Morin a fait valoir pour sa part que le «président Déby est encore le président du Tchad en exercice, il conserve encore la maîtrise de la quasi-totalité de l'armée tchadienne». «Il a encore au moins 2000 à 3000 hommes sous son autorité et, de toute évidence, la journée d'aujourd'hui sera capitale», a ajouté le ministre de la Défense.

Déploiement de l'Eufor retardé

Les rebelles, malgré des motivations et intérêts divergents, se sont alliés à la mi-décembre en jurant la perte du président Deby, sous la pression, selon des experts, du Soudan voisin.

Khartoum souhaite notamment, estiment ces experts, perturber le lancement de la force européenne de 3700 hommes au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à protéger les réfugiés du Darfour (ouest du Soudan). Hervé Morin a indiqué dimanche que le déploiement de cette force était «suspendu jusqu'à mercredi».

L'ONU a décidé d'évacuer son personnel de la capitale tchadienne. Les ressortissants suisses de N'Djamena se sont eux rassemblés sur trois sites sécurisés par l'armée française. Onze d'entre eux, dont la moitié sont des enfants, ont été évacués vers Libreville à bord d'avions français. Ils devaient ensuite quitter le Gabon à bord de gros porteurs affrétés par la France.

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n'était pas en mesure de dire dimanche combien de résidents suisses, qui sont essentiellement des coopérants, souhaitent quitter le pays. Les évacuations doivent se poursuivre dimanche, selon Hervé Morin. (ats)

Ton opinion