La demande de vélos baisse en Suisse romande, mais le marché reste tendu

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Suisse romandeTension sur le marché du vélo pour les pros et les particuliers 

La pénurie de pièces détachées de cycles perdure et s’aggrave, non sans conséquences pour les clients. 

par
Maria Pineiro
La pénurie de pièces détachées entrave les réparations des vélos.

La pénurie de pièces détachées entrave les réparations des vélos.

Getty images

«Un client est venu spécialement de Belgique pour acheter un modèle spécifique de vélo très haut de gamme que nous avions en stock», raconte Adrien Sabatier, le directeur de Ciclissimo, une chaîne de magasins dédiés à la petite reine. L’anecdote illustre à merveille la situation que connaît le marché du cycle à l’échelle internationale: une pénurie, notamment de pièces détachées, qui affecte vendeurs et ateliers, malgré une demande revenue à un niveau quasi normal après deux années de surchauffe.

«Aujourd’hui, vous pouvez acheter un vélo, nous en avons en stock, souligne Fabien Plotnikowa, codirecteur des magasins Velomania. Par contre, si vous cherchez un modèle ou un montage particulier, cela peut s’avérer difficile, voire impossible.» Une information que confirme Van Khai Nguyen, coprésident de la branche vélo de 2roues Genève. «Pour certains modèles de vélo cargo, il faut compter une année d’attente», illustre-t-il. 

Tout le stock a été commandé

Exit donc le choix d’une monture trop personnalisée. Exit également de trop longues hésitations. Tant Ciclissimo que Vélomania expliquent avoir, cette année, précommandé le 100% de leur volume pour 2022, contre 40 à 50% en temps normal. En clair, cela signifie qu’une fois le stock vendu, il n’y a plus de possibilités de commander un modèle 2022, faute de réassortiment. 

De facto, cette nouvelle donne change la manière de consommer. «Avant, les clients étaient fidèles à une enseigne, aujourd’hui, ils vont là où le stock correspond à leur envie», détaille Adrien Sabatier. Ce d’autant plus, à en croire les professionnels, qu’il devient de plus en plus compliqué d’avoir de la visibilité sur les dates de livraison. «Il suffit parfois d’une pièce, comme un pédalier en rupture de stock, pour que les marques ne puissent pas finir les vélos et les livrer», déplore Fabien Plotnikova.

La pénurie de pièces détachées pose non seulement des problèmes pour assembler les petites reines, mais aussi pour les réparer. Les délais pour obtenir dérailleurs, chaînes et freins se sont considérablement allongés, détaille Van Khai Nguyen. «Ils sont passés de quelques jours à quelques semaines.» Sans compter que le prix du transport de ces pièces produites en Chine a sensiblement augmenté. 

Mauvaise humeur de certains clients

Conséquence: la mauvaise humeur de certains de leurs clients. «Nous devons faire preuve de davantage de pédagogie afin d’expliquer pourquoi il faut laisser son vélo plus de temps à l’atelier ou que les pièces coûtent plus cher», confirme le coprésident. Un seul point positif aux yeux du responsable, «cela nous pousse à utiliser des pièces de seconde main». A Péclôt 13, association de réparation de vélos, on se dit «peu touchés par cette crise, car nous fonctionnons beaucoup avec des pièces de récupération». 

A l’heure où le soleil incite à aller pédaler, les professionnels conseillent de s’y prendre à l’avance, tant pour l’achat que pour les réparations ou les révisions. «Il vaut mieux entretenir son vélo régulièrement, explique Adrien Sabatier. Cela permet de commander les pièces nécessaires, plutôt que d’arriver à l’atelier après que sa chaîne, trop vieille, a cassé.»

Grandes chaînes avantagées

Le manque de visibilité sur les vélos et pièces disponibles ainsi que sur les délais de livraison pose davantage de problèmes aux petites enseignes qu’aux grandes. Du côté de Migros, on admet que «la situation reste tendue, bien que nous soyons plutôt bien placés sur le marché en comparaison». Le géant orange annonce offrir un assortiment complet à ses clients dans ses diverses sucursales. Pour ce qui est des pièces détachées, tant Ciclissimo que Velomania indiquent pouvoir jouer sur des stocks importants. «Si une pièce manque, il nous est possible d’aller la chercher dans un autre lieu, indique Fabien Plotnikova. Au final, le client est servi.» Une facilité que ne connaissent pas les plus petites enseignes. «La situation nous pousse à devoir faire des stocks plus importants, ce qui nous pose des problèmes tant au niveau de la place que de la trésorerie», se désole Van Khai Nguyen.

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