Coronavirus: Test sérologique à domicile: un coup pour rien
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CoronavirusTest sérologique à domicile: un coup pour rien

Des kits sont disponibles en ligne. Leur utilité individuelle reste à démontrer.

par
Jean-Bernard Mani
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Un site spécialisé dans les accessoires érotiques commercialise un test d'immunité. Selon la pub, il permet de savoir si l’on a développé des anticorps spécifiques au coronavirus. Rien à voir avec le prélèvement de mucus dans le nez à l’aide d’un bâtonnet réalisé lorsque les symptômes sont présents dans un hôpital ou un centre spécialisé. Il s’agit là d’un prélèvement sanguin à réaliser à domicile (lire encadré). Dans «Blick», le co-fondateur du site, indique que le laboratoire d’analyse est certifié Swissmedic. Il en vendrait huitante par jour. Lui-même dit l’avoir fait car il a côtoyé une employée qui a été malade. Mais il s’est révélé négatif.

Vaut-il la peine de s’y soumettre? «Les tests sérologiques font l’objet de travaux de recherche qui devraient permettre d’émettre des recommandations quant à leur utilisation et à l’interprétation de leurs résultats”, avertit Claudia Lauper-Luthi. “Dans l’intervalle, ils ne peuvent pas être recommandés», poursuit la secrétaire générale à la Direction de la santé et des affaires sociales à Fribourg se basant sur les recommandations de l’Office fédéral de la santé publique sur ce sujet.

De nombreux faux négatifs

«Le risque de faux positifs est élevé», relève Didier Trono, professeur de virologie et génétique à l'EPFL. Selon le scientifique, un test 95% spécifique donnerait autant de faux que de vrais positifs, c’est-à-dire qu’un résultat positif aurait une chance sur deux d’être faux. «Qui plus est, nous ne savons pas pour sûr si la présence d’anticorps garantit la protection contre une ré-infection, et encore moins pour combien de temps», prévient-il.

A faire au bon moment

«Aujourd'hui, les tests sérologiques ne sont d'aucune aide pour savoir si vous êtes encore contagieux. Ils ne vous permettent pas non plus de lever une mise en quarantaine», a mis en garde le Département genevois de la sécurité, de l'emploi et de la santé mardi dans un communiqué. Le moment de sa réalisation est aussi déterminant. Mais s’ils ne sont pas recommandés pour les particuliers, les tests sérologiques sont d’une grande utilité pour établir comment le virus s’est propagé dans la population et pour déterminer le taux d’immunité collective (lire encadré).

Testé pour vous

Nous avons commandé le test. Pour moins de 80 francs, nous avons reçu une boîte avec deux lancettes, deux pansements, deux mini-lingettes désinfectantes, un napperon et un mini-tube ainsi qu’une étiquette pour le renvoi de l’échantillon. Après avoir bien lu le mode d’emploi (en allemand et en anglais), il suffit de se piquer le bout du doigt pour obtenir du sang à placer dans le mini-tube. Pas évident! On a renvoyé le tout à un laboratoire à Kloten qui, par mail, nous a indiqué le verdict: négatif.

Immunité de groupe

Les HUG mènent actuellement une étude pour savoir qui a développé des anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2. Un modeste 5,5%, tel est le résultat annoncé fin avril. Une telle prévalence est loin, très loin des quelque 70% nécessaires pour espérer atteindre «l’immunité de groupe», lorsque le virus disparaît faute d’organismes à infecter. Dans d’autres pays, on atteint la même proportion: 5,7% en France selon une modélisation parue il y a peu et 3% aux Pays-Bas.

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