Genève: Tester les émotions pour embaucher le bon candidat
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GenèveTester les émotions pour embaucher le bon candidat

L'Uni a créé un test novateur de compétences émotionnelles. But? Améliorer l'engagement et la gestion humaine au sein des entreprises.

par
David Ramseyer
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Comment réagira le futur chef de service si un employé entre en hurlant dans son bureau parce qu'il n'a pas eu l'augmentation de salaire espérée? Ce collègue beau parleur est-il vraiment à sa place au service clientèle, alors qu'il entend... mais n'écoute pas? Pour le savoir, l'Université de Genève a mis au point un test de compétences émotionnelles.

Via des jeux de rôle, divers scénarios ou des questionnaires vidéo, le GECO (Geneva Emotional Competences Test) permet d'établir la capacité d'un (futur) collaborateur à comprendre comment réagit son vis-à-vis - à travers les mots utilisés, le langage corporel ou les expressions du visage - et à s'adapter. Il évalue aussi l'aptitude à se mettre dans la peau de son interlocuteur pour mieux gérer un conflit professionnel, par exemple.

En finir avec la subjectivité

«Aujourd'hui, un recruteur ou un manager s'appuie surtout sur son expérience et ses opinions pour juger les compétences émotionnelles d'une personne. Cela reste subjectif, appuie Marcello Mortillaro, coresponsable du projet (ndlr: avec Katja Schlegel, aujourd'hui chercheuse à l'Université de Berne). Avec GECO, on a pour la première fois un outil objectif». Chaque réponse donne des points, qui au final établissent un profil sur lequel s'appuyer. «Ce qui permet a priori de placer le bon employé au bon endroit.»

Selon le chercheur du Centre interfacultaire en sciences affectives, on ne se rend pas assez compte à quel point la gestion émotionnelle peut influencer la bonne ou la mauvaise marche d'une société. «Un fonctionnement harmonieux augmente la productivité et la qualité du travail, de nombreuses recherches scientifiques le prouvent».

Projet commercialisé

Affiné et validé après plusieurs années d'évaluation en Suisse et aux Etats-Unis sur environ un millier de personnes - des étudiants, des managers, etc. - GECO a fait l'objet d'une récente publication dans le prestigieux «Journal of Applied Psychology». Financé par la Confédération, le projet a bénéficié de la collaboration d'une société privée bernoise, qui le commercialise pour 81 francs. Détentrice de la licence, l'alma mater genevoise touche une partie de cette somme, mais ne peut contractuellement en révéler le montant.

Le programme, qui s'exploite sur internet, a notamment été testé par la police cantonale. Son porte-parole, Silvain Guillaume-Gentil, précise ainsi que «la gestion des compétences émotionnelles nous intéresse. C'est un domaine que nous souhaitons développer».

"L'aspect humain est important"

Aujourd'hui dans les grandes entreprises, "ce ne sont plus forcément les compétences techniques qui comptent le plus. Ces dernières sont relativement faciles à développer", remarque Nathalie Dargham, responsable pédagogique en ressources humaines à la Fondation pour la formation des adultes à Genève. Par contre, dans un monde du travail où les changements sont de plus en plus rapides, on demande au personnel toujours davantage de capacités de réaction et d'adaptation. "Bien gérer ses employés, ses collègues ou soi-même réduit les problèmes de santé comme les burnout et permet de meilleures performances. D'où l'importance dans le recrutement et le fonctionnement d'une entreprise de mettre l'accent sur les compétences émotionnelles. L'aspect humain est important."

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