Bangkok: Thaïlande: dissolution d'un parti d'opposition
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BangkokThaïlande: dissolution d'un parti d'opposition

Pour avoir osé proposer la princesse de la famille royale thaïlandaise au poste de premier ministre, un parti politique va être dissous par la justice.

La princesse Ubolratana en 2010. Les membres de la famille royale, au statut quasi divin, sont censés rester hors de la politique.

La princesse Ubolratana en 2010. Les membres de la famille royale, au statut quasi divin, sont censés rester hors de la politique.

AFP

La Cour constitutionnelle thaïlandaise a dissous jeudi un important parti d'opposition qui avait osé intégrer sur ses listes la soeur du roi. Cette décision intervient à deux semaines de législatives que la junte au pouvoir espère remporter.

«La nomination par le parti Thai Raksa Chart de la princesse Ubolratana comme candidate au poste de Première ministre a été faite avec l'intention de saper le système politique thaïlandais», a annoncé la Cour lors d'un jugement lu en direct à la télévision. En conséquence, elle a ordonné la «dissolution» du parti.

Les juges ont estimé à l'unanimité que le fait de proposer la princesse Ubolratana comme candidate était un acte «hostile envers la monarchie constitutionnelle», et les responsables du parti le savaient. Pour la Cour, «faire entrer des membres de la famille royale en politique fait perdre sa neutralité» au palais.

«Triste et déprimant»

«J'ai entendu les informations. C'est triste et déprimant», a réagi la princesse sur son compte Instagram, son moyen de communication privilégié.

Des opposants ayant fait le déplacement se sont effondrés, en pleurs, à l'annonce de la décision, selon des journalistes de l'AFP sur place. «Pourquoi ne nous rendez-vous pas la démocratie?», a réagi une opposante, Oye. D'autres ont appelé à «faire tomber la dictature» en votant massivement pour l'opposition.

«La dissolution d'un parti politique va forcément avoir un impact sur les droits des électeurs le 24 mars», a réagi le chef du parti dissous, Preechapol Pongpanich, à sa sortie de la Cour suprême.

Onde de choc

Le 10 février, la divulgation du nom de la princesse Ubolratana comme candidate au poste de Premier ministre en cas de victoire du parti avait provoqué une onde de choc dans le pays. Les membres de la famille royale, au statut quasi-divin, sont censés rester hors de la politique.

Mais quelques heures après cette annonce qui avait pris tout le monde de cours, le roi avait torpillé les ambitions de sa soeur, qualifiant cette candidature de «hautement inappropriée».

Le Thai Raksa Chart avait été récemment créé par des proches de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, bête noire des militaires au pouvoir depuis 2014, afin de soutenir lors des prochaines élections le Pheu Thai, principal parti dans l'orbite du milliardaire aujourd'hui en exil.

«Jaunes» contre «rouges»

Si près des législatives du 24 mars, c'est un coup dur pour cette mouvance politique, qui remporte toutes les élections nationales depuis près de vingt ans, quelle que soit l'étiquette sous laquelle elle est contrainte de se reformer. «C'est un tsunami politique. Cela va avoir un impact certain sur l'élection», a réagi Pannika Wanich, porte-parole du parti d'opposition Future Forward.

Ce n'est pas la première fois que la Cour constitutionnelle dissout un parti des Shinawatra, habitués à ce que les analystes décrivent comme des «coups d'Etat judiciaires».

Le pouvoir judiciaire en Thaïlande est en effet traditionnellement proche des conservateurs ultra-royalistes «jaunes», opposés aux «rouges» soutenant Thaksin Shinawatra, considéré par ses adversaires comme un dangereux réformateur et une menace pour la royauté. «Cette division va être encore renforcée par ce verdict», analyse le politologue indépendant Thitinan Pongsudhirak.

Écartés des élections

Sa dissolution étant actée, les candidats du parti Thai Raksa Chart, dont des figures du clan Shinawatra, sont dans l'incapacité de se présenter aux élections. «Les responsables du Thai Raksa Chart ne peuvent pas créer de parti politique pendant dix ans», a ajouté la Cour suprême.

«Aujourd'hui, j'aimerais continuer à oeuvrer pour la Thaïlande», a écrit de son côté la princesse Ubolratana, portant une veste rouge, dans un message sur Instagram, posté depuis l'Allemagne, où vit son frère le roi. Elle y promeut le nord-est du royaume, moins connu du tourisme de masse et fief des Shinawatra. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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