Actualisé 13.07.2016 à 07:01

Grande-Bretagne

Theresa May, la dame de fer du Brexit

La nouvelle Première ministre britannique, surnommée Maggie May en référence à Margaret Thatcher, va au devant de tâches difficiles.

Theresa May, vue par une artiste à Londres.

Theresa May, vue par une artiste à Londres.

photo: Keystone

La nouvelle Première ministre britannique Theresa May aura la tâche historique de négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne tout en essayant de rassembler son parti conservateur et un pays profondément divisé par le Brexit.

Le défi est gigantesque mais Theresa May, deuxième femme à accéder au pouvoir après Margaret Thatcher, a fini par se dégager comme la seule à même de créer un consensus, rassurant par sa compétence et son sérieux.

Elle avait pourtant choisi le camp du maintien dans l'UE, fidèle à son Premier ministre David Cameron. Mais elle a fait le service minimum pendant la campagne du référendum qui a décidé la sortie de l'UE, continuant aussi à prôner une limitation de l'immigration, thème favori des pro-Brexit, ce qui l'a rendue crédible auprès des deux camps.

Ligne ferme

Cette femme grande et mince, à l'allure patricienne, cheveux gris coupés courts et yeux assortis, est une conservatrice bon teint. Au ministère de l'Intérieur, qu'elle a occupé depuis 2010, elle a tenu une ligne très ferme, qu'il s'agisse des délinquants, des immigrés clandestins ou des prêcheurs islamistes.

Elle n'échappe pas aux comparaisons avec son illustre prédécesseure «Maggie» Thatcher, elle aussi eurosceptique, elle aussi compétente, sérieuse, avec une volonté de fer. Le tabloïd The Sun la surnomme «Maggie May».

Mais elle apparaît plus proche d'une Angela Merkel, la chancelière allemande, avec qui elle partage le fait d'être fille de pasteur, conservatrice, pragmatique, ouverte au compromis, mariée de longue date et sans enfant.

Humour

«Theresa est une femme drôlement difficile», commentait récemment l'ex-ministre Kenneth Clarke, député conservateur. «Le prochain qui va s'en rendre compte, c'est Jean-Claude Juncker», a-t-elle rebondi avec humour, donnant le ton des négociations de sortie de l'UE avec le président de la Commission européenne.

Fille d'un pasteur anglican, Theresa Brasier est née le 1er octobre 1956 à Eastbourne, ville côtière du sud-est de l'Angleterre. Après des études de géographie à Oxford, où elle rencontre son mari Philip, et un bref passage à la Banque d'Angleterre, elle entame sa carrière politique en 1986. Elle est alors élue conseillère du district londonien cossu de Merton.

Après deux échecs aux élections législatives, elle est élue en 1997 députée conservatrice dans la circonscription prospère de Maidenhead, dans le Berkshire (sud de l'Angleterre).

De 2002 à 2003, elle est la première femme à être secrétaire générale du parti conservateur. Elle s'illustre lors d'un discours en appelant les tories, alors marqués très à droite, à sortir de leur rôle de «nasty party» («parti des méchants»).

A l'Intérieur depuis 2010

En 2005, elle prête main forte à David Cameron dans sa conquête du parti. Lorsqu'il est élu chef du gouvernement en 2010, il la récompense en lui attribuant le portefeuille de l'Intérieur, qu'elle conservera lors de sa réélection en 2015. Sobre, discrète, elle confie qu'elle préfère éviter les plateaux de télévision, les déjeuners à potins et les bars du Parlement.

«Elle a une capacité de travail incroyable et elle est très exigeante», souligne une de ses collaboratrices, sous couvert de l'anonymat. «Elle déteste le risque, c'est quelqu'un de fiable».

Ses administrés sont unanimes dans leurs louanges : «calme», «bosseuse», «réservée mais très abordable»... «Elle ressemble à Margaret Thatcher d'une certaine façon, une volonté très forte, elle sait ce qu'elle veut», dit Christine Mason, propriétaire de pub à Maidenhead.

En revanche, elle a un déficit en chaleur humaine et en communication qu'elle entreprend à présent de corriger: elle a tout récemment livré à la presse une série de photos personnelles, la montrant lors de son mariage, ou jeune et enlacée dans les bras de son mari. Ce dernier était à ses côtés pour l'embrasser devant la planète entière à la sortie de la réunion où sa nomination a été acquise lundi.

Theresa May aime la marche et la cuisine - elle dit avoir plus d'une centaine de livres de recettes. Et son classicisme vestimentaire est atténué par des chaussures fantaisie, le motif léopard étant devenu sa marque de fabrique. (nxp/afp)

Reine en son royaume à Maidenhead

«Elle sera la meilleure Premier ministre que ce pays ait jamais connu». A Maidenhead, dans la circonscription de Theresa May, on est très fier de sa députée, une «Dame de fer», oui, mais aussi «une vraie lady». Ici, à 50 kilomètres à l'ouest de Londres, non loin du château royal de Windsor, Theresa May est reine en son royaume. Réélue haut la main en 2015, à plus de 65%, elle est plébiscitée depuis 1997 pour son travail et son sérieux, expliquent les habitants.

«Je ne vote pas pour elle mais je la respecte car elle a toujours travaillé dur pour sa circonscription et elle est restée à l'écoute des gens, même lorsqu'elle est devenue ministre de l'Intérieur», déclare Anne Matkin, 64 ans.

«Elle participe à la vie locale, on la voit tout le temps, pour la fête de St George dernièrement. Elle reste très accessible même si elle est toujours avec ses gardes du corps», confirme Maxine Lattimer, une femme au foyer avec cinq enfants. Pour elle, pas de doute: Theresa May est la personne idoine pour mener les négociations du Brexit. «Elle est très déterminée et va tout faire pour obtenir le meilleur accord pour notre pays car elle sait se faire respecter».

A Maidenhead, fief conservateur de 60'000 habitants dont beaucoup se rendent tous les jours à Londres pour le travail, on a, contrairement au reste du pays, voté majoritairement pour rester dans l'UE. Theresa May, qui a mené une campagne discrète en faveur du «Remain», a fait quelques apparitions sur le marché local pour promouvoir le statu quo.

«Les gens ici pensent qu'elle a fait sa part», souligne Martin Trepte, rédacteur en chef du journal local, le Maidenhead Advertiser, qui tire à 17.000 exemplaires. Le journaliste, qui la côtoie depuis dix-neuf ans, dépeint «une femme politique mature» qui «connaît ses dossiers» et «préfère les faits à l'esbroufe».

«Elle n'a pas de cadavres dans le placard, n'a jamais été mêlée à aucun scandale et c'est une grosse bosseuse. C'est pour ça que tout le monde la respecte ici», dit-il. Pour le reste, «on ne la connaît pas vraiment», avoue-t-il. «Elle est très discrète sur sa vie privée. On sait qu'elle va à l'église le dimanche...»

(NewsXpress)

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