Actualisé 14.03.2016 à 22:29

Hockey - NHLTim Bozon ne renonce jamais

L'attaquant français de 21 ans drafté par les Canadiens de Montréal a traversé de nombreuses épreuves dans sa vie. Il est toujours en quête de son Graal: la NHL.

de
Robin Carrel
L'attaquant de 21 ans a été drafté par Montréal en 2012.

L'attaquant de 21 ans a été drafté par Montréal en 2012.

photo: Keystone/AP/Liam Richards

Une méningite bactérienne de type Neisseria a failli avoir raison de lui en mars 2014. Tim Bozon a même dû être plongé, à l'époque, dans un coma artificiel pour se soigner. L'ailier gauche franco-américain avait perdu une vingtaine de kilos dans l'affaire. En début de saison, c'est cette fois à l'épaule qu'il a été touché, ce qui ne lui a pas permis de prendre le rythme avec ses nouveaux coéquipiers. Ensuite, il a été ballotté de l'équipe-ferme des Canadiens à St. John's, en AHL, à la formation des Brampton Beast, en ECHL, l'échelon inférieur. Il y a près de 3000 km en voiture entre ces deux villes sises à Terre-Neuve et dans l'Ontario. De quoi lui passer l'envie de poursuivre son rêve de NHL? Jamais. Interview fleuve.

Quel est le bilan de votre première saison chez les professionnels?

Ca a été une année avec deux phases un peu bizarres pour moi. C'est toujours difficile quand on découvre les pros, mais pour moi ça l'a encore été plus que d'habitude. Je me suis blessé très tôt en début de saison à une épaule et cela m'a tenu éloigné des patinoires pendant sept semaines. Le timing n'était vraiment pas idéal, puisque je sortais d'un bon camp d'entraînement avec les Canadiens de Montréal et ensuite avec St. John's. Ensuite, ça a été dur de revenir, il a fallu faire la file derrière tous les joueurs qui s'étaient fait leur place pendant ce temps. Après Noël, c'est allé beaucoup mieux et j'ai vraiment joué du bon hockey. C'est mieux maintenant...

Ca a l'air un peu compliqué cette saison, dans l'organisation du Canadien... En plus, vous avez fait pas mal d'aller-retour entre l'AHL et l'ECHL. Il y a quoi, trois heures d'avions entre Brampton et St. John's?

Deux heures et demi ou un peu moins que ça... C'est vrai qu'il y a eu quelques rappels en NHL, pas mal de blessés, et chaque fois on espère que ce soit nous. A moi d'être vraiment régulier en AHL et de bien revenir de cette blessure qui a été très compliquée à gérer mentalement. En étant un «rookie», il n'y a pas de cadeau... Il faut retrouver sa place et se battre. Il faut aller étape par étape et je ne me suis pas concentré du tout sur Montréal cette année.

Avec la fin en roue libre de Montréal, ça laissait une chance tout de même?

En début de saison, c'était un de mes objectifs. Je voulais m'imposer en AHL et pourquoi pas être rappelé. Mais dès que j'ai vu que j'étais blessé, que j'ai connu quelques misères pour revenir et que j'ai été renvoyé en ECHL pour retrouver ma forme et ma confiance, je savais que ça allait vraiment être dur. Même maintenant avec tous les blessés qu'ils ont, même si je joue bien en ce moment, je ne pense pas que ce sera pour moi cette année et je ne le vois pas du tout comme un échec. Encore une fois, ça fait deux ans que je n'ai pas de chance avec les blessures et la maladie et je suis toujours bien revenu. J'espère que plus rien ne va m'arriver. Mais voilà, c'est le sport, c'est comme ça. Je suis persuadé qu'avec le camp d'entraînement que j'ai fait à Montréal, j'avais de bonnes chances pour éventuellement faire partie des candidats pour être rappelé. Mais voilà, ça s'est passé comme ça et maintenant il faudra que je revienne encore plus fort. Je ne veux pas trop penser à Montréal et juste me concentrer sur ce que je fais ici. Si tout se passe bien, j'aurai peut-être une chance un jour...

Après votre maladie, vous avez récupéré physiquement assez vite. Et concernant le jeu en lui-même?

J'étais à 100%, avant ma blessure assez sérieuse à l'épaule! Quand tu as la confiance et que tout roule, dès que tu as un nouveau soucis, c'est difficile de remonter, ça prend du temps. Mais depuis Noël, j'ai retrouvé mon niveau de jeu. Il ne me manque plus que la production offensive. C'est comme ça pour les recrues en AHL. C'est souvent compliqué. J'ai pas mal d'occasions pendant les matches et avec un peu plus de confiance, j'aurais pu avoir plus de buts et plus de points. Je ne vais pas pleurer sur mon sort et la maladie n'a plus rien à voir avec ça. Je suis redevenu le même qu'avant, j'ai progressé. Si on compare aux autres joueurs de mon âge, je suis peut-être légèrement en retard. C'est surtout ce dernier pépin à l'épaule qui a freiné mon évolution.

Dans un autre registre, jouer à St. John's, ça doit être incroyable. C'est loin de tout!

C'est vraiment physique... C'est des déplacements de deux semaines. On part en avion et pendant 15 jours, on fait le tour des villes où on doit jouer et on enchaîne six ou sept matches. On va d'hôtel en hôtel, on se balade et on est ensuite heureux de rentrer à St. John's. Dans l'année, on a que cinq déplacements. Nous allons bientôt avoir droit à notre dernier voyage, on repart sur la route pour deux semaines.

La Suisse ne vous manque pas pour ça? Dormir chaque nuit dans son lit...

C'est sûr que c'est plus simple. Deux, trois heures de bus... Mais je me suis habitué. J'ai fait mes juniors dans l'Ouest canadien et il y avait de très longs déplacements. De dix à douze heures en car, depuis mes 17 ans. Ici, on ne voyage jamais le jour du match. Toujours la veille ou deux jours avant et on dort à l'hôtel. En Suisse, ils partent le jour-même. Ils arrivent à la patinoire deux heures avant la partie et doivent jouer. Alors que nous, on a toute la journée pour se préparer. C'est différent et je préfère presque arriver le jour d'avant que de rouler avant la partie.

Vous arrivez aussi à suivre l'évolution de votre frère Kevin, du côté de La Chaux-de-Fonds?

Bien sûr! Je suis en contact régulier avec lui et j'ai suivi presque tous ses matches. Je pense que pour une première année pro, il a bien fait. Au niveau des statistiques, c'est dur, mais c'est ainsi dans n'importe quelle ligue, pour n'importe quel joueur, c'est difficile de débuter chez les professionnels. Honnêtement, j'ai vu de belles améliorations dans son jeu. Je sais qu'il travaille dur à l'entraînement, qu'il prend le temps de glace que lui donne le coach et qu'il fait son boulot. Je pense que ce sera un bon joueur en Suisse et j'espère qu'il pourra s'imposer en LNA prochainement.

Votre contrat avec Montréal court jusqu'en 2018. Vous vous voyez persévérer en AHL jusqu'au bout pour essayer de vivre votre rêve de NHL?

C'est ça le but. A moi de me battre pour me faire ma place avec les Canadiens. Pour l'instant, je suis sous contrat avec eux et mon objectif ultime est d'aller en NHL. Je vais essayer de rester le plus longtemps possible ici, à Montréal ou ailleurs. Je pense avoir des opportunités en Suisse, si un jour ça ne marche pas. Mais je veux donner tout ce que j'ai en moi pour jouer un jour en Ligue nationale. Des fois, on vit des moments difficiles, on pense à rentrer, mais ça forge aussi le caractère.

Et il y aussi, bientôt, un Mondial de hockey en Russie...

L'équipe de France, ça représente beaucoup pour moi. C'est sûr que j'aimerais y participer tous les ans et être un joueur d'impact avec les Bleus. Si le sélectionneur décide de m'appeler, je répondrais avec plaisir à l'invitation. Pour l'instant, je ne sais pas vraiment ce qu'il en est. C'est clair que le Championnat du monde en Russie, celui de l'année prochaine en France, la qualification pour les Jeux olympiques et les JO, j'y pense. Mais il y a des choses que je ne peux pas contrôler, ce sont les choix de l'entraîneur. Moi je suis ici et, ce n'est pas que je me sente éloigné, mais je n'ai aucun contrôle sur les décisions. C'est dur de me faire valoir, vu que je suis outre-Atlantique.

Vous en avez déjà joué un, à tout juste 19 ans.

C'était une expérience incroyable. Jouer un Mondial aussi jeune... Je crois que j'étais le moins âgé du tournoi! Je n'avais qu'une envie, c'est d'y retourner. Malheureusement, la maladie m'a empêché d'y aller et après, pour diverses raisons, je n'ai pas été sélectionné en 2015. Je me souviens de l'expérience et ce sont des choses que j'ai envie de revivre. Mon championnat finit tard, ça dépend si on va en play-off ou pas, mais que je joue 90 ou 100 matches et que je dois enchaîner sur un Championnat du monde, ça ne me dérange pas du tout. Être avec mes coéquipiers, aider le hockey à se développer au pays, ce sont des choses qui me tiennent à coeur.

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