Cas Sika: Tir de barrage en vue à l'assemblée générale
Actualisé

Cas SikaTir de barrage en vue à l'assemblée générale

La holding SWH de la famille Burkard-Schenker se prépare à un tir de barrage, mardi, à l'assemblée générale (AG) du groupe zougois de spécialités chimiques Sika.

La direction de la société est toujours très remontée contre la vente d'une participation de contrôle au français Saint-Gobain. Des actionnaires de Sika, qui représentent environ 50% du capital, contestent aux côtés de la direction la logique industrielle du projet annoncé en décembre. Ils demandent que le géant français des matériaux de construction lance une offre publique d'achat (OPA) sur l'ensemble du capital.

Le bras de fer à l'assemblée générale se jouera à travers plusieurs résolutions. Il déterminera le futur rapport de force au sein du conseil d'administration de Sika.

Pas besoin de lancer une OPA

Un groupe d'actionnaires mené par la fondation Ethos propose également que la clause d'«opting out» - ou exemption de lancement d'OPA - soit supprimée. Cette résolution a le soutien du conseil d'administration de Sika, même si la Commission suisse des OPA a confirmé à deux reprises que Saint-Gobain était dispensé de lancer une offre sur Sika.

«L''opting out' ne peut être légalement supprimé», a déclaré à l'agence de presse Reuters Laurent Guillot, directeur financier de Saint-Gobain. «Nous sommes extrêmement déterminés à conclure cette transaction, qui est une très belle opération industrielle. Mais, en même temps, nous nous donnons le temps de le faire en fonction de ce qui peut arriver à l'assemblée générale et dans le temps qui suit.»

Audit spécial exigé

Un porte-parole de Sika a refusé de faire un commentaire en amont de l'AG. La réunion se tiendra à Baar (ZG) au siège de Sika.

Un groupe d'actionnaires composé cette fois de la fondation Bill & Melinda Gates, de Cascade Investment, de Fidelity Worldwide et de Threadneedle Investments propose par ailleurs un audit spécial sur la genèse de la transaction entre SWH et Saint-Gobain. Ce groupe demande également qu'un comité d'experts identifie les éventuelles conséquences sur la vie de l'entreprise des liens entre SWH, la famille Burkard et Saint-Gobain.

«Nous avons toujours dit que nous mettrions en place une gouvernance qui agirait dans l'intérêt de l'ensemble des actionnaires de Sika», a ajouté Laurent Guillot. «Ce comité ne changera rien, si ce n'est d'ajouter un peu plus de travail administratif et de bureaucratie.»

Exception à lever

Depuis l'annonce de l'accord prévoyant le rachat à la famille Burkard-Schenker de sa participation de contrôle de Sika par Saint-Gobain, pour 2,75 milliards de francs, le projet fait l'objet d'une bataille publique, réglementaire et judiciaire.

La holding familiale est le principal actionnaire de Sika avec 16,1% du capital et 52,4% des droits de vote. Mais la direction du groupe menace de plafonner à l'AG les droits de vote à la limite statutaire de 5%, une disposition dont la holding était jusque-là exemptée.

Le tribunal cantonal de Zoug, saisi de l'affaire, a décidé le mois dernier de laisser Sika libre d'agir. La cour a rejeté le recours de la holding, rappelant que la famille avait les moyens de bloquer rapidement après l'AG l'application des résolutions qu'elle juge préjudiciables. SWH a fait appel, ce qui n'est pas suspensif, et Sika doit y répondre d'ici le 17 avril.

Accord pas avant 2016

La dernière tentative de conciliation a fait long feu. Les dirigeants de Sika ont refusé la série de rencontres entre des délégations des deux groupes proposée début février par le directeur de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar.

Si le bras de fer se poursuit sur le terrain judiciaire, le groupe français de matériaux de construction a déjà prévenu qu'il avait le temps pour lui en annonçant le 7 avril l'extension d'au moins six mois de son accord avec la famille Burkard-Schenker.

Le rachat de la participation de contrôle de Sika devait initialement être bouclé d'ici à la fin de l'année, une fois toutes les autorisations réglementaires acquises. La date de validité de l'accord est désormais repoussée jusqu'au 30 juin 2016, avec possibilité d'une nouvelle prolongation à cette date. (ats)

Ton opinion