Tony Blair, le réformiste obstiné au bilan terni par l'Irak
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Tony Blair, le réformiste obstiné au bilan terni par l'Irak

Dix ans au pouvoir, Tony Blair a été l'homme des réformes et du renouveau du parti travailliste. Son bilan est toutefois terni par l'intervention en Irak aux côtés des Etats-Unis.

Brillant, charismatique, excellent orateur: le 2 mai 1997, Tony Blair avait été porté au pouvoir par un raz-de-marée, devenant à 43 ans le plus jeune premier ministre britannique depuis 1812.

Il quitte le pouvoir fâché avec la majorité de son opinion. Mais Tony Blair reste persuadé d'avoir fait ce qui était «bien» pour son pays. Et se dit persuadé que le «blairisme» résistera à l'épreuve du temps.

Nouveau Labour

«Je pense que l'essentiel de la position du Nouveau Labour, qui était de dépasser certaines des vieilles divisions gauche droite et de dire que vous n'avez pas à choisir entre une société plus juste et économiquement plus efficace, durera», a-t-il récemment affirmé.

Charmeur hyper-actif, député à 30 ans, Anthony Charles Lynton Blair, né le 6 mai 1953 à Edimbourg dans une famille bourgeoise et avocat de formation, était arrivé à la tête du parti travailliste en 1994, après le décès soudain du leader John Smith.

Il va rapidement le transformer du sol au plafond. De cette formation de gauche, appuyée sur les syndicats, il fait un parti centriste, europhile, moderne. Le Labour revient au pouvoir en 1997 après 18 ans dans l'opposition.

L'aile gauche renâcle

L'aile gauche renâcle. Mais Blair remporte encore largement les élections de 2001, puis, faute d'opposition crédible, celles de 2005, un triplé gagnant inédit pour les travaillistes.

Plus pragmatique qu'idéologue, Tony Blair, politicien instinctif qui voit la mondialisation comme une chance, se veut l'incarnation d'une «troisième voie», cherchant à conjuger libéralisme économique et meilleurs services publics.

Massivement

Il y investit massivement, y introduit le privé et des obligations de résultats. Le budget de l'éducation a doublé depuis 1997, celui de la santé a quasi triplé. Il utilise les médias comme personne. Ses dix années au pouvoir sont portées par une économie florissante.

Les années Blair sont celles de l'indépendance de la Banque d'Angleterre, de l'introduction du salaire minimum, de la régionalisation en Ecosse et au Pays de Galles, de la paix en Irlande du Nord, des unions homosexuelles et d'un durcissement des lois antiterroristes en parallèle avec la montée de la menace islamiste.

Tony Blair se montre souvent aussi conservateur que ses opposants en matière d'immigration, de police ou de justice.

«Caniche de Bush»

En politique étrangère, cet anglican pratiquant, père de quatre enfants, marié à Cherie, avocate des droits de l'Homme, défend un interventionnisme «basé sur les valeurs». Il se veut à la fois l'allié indéfectible des Etats-Unis, quitte à être traité de «caniche de George W. Bush», et un «partenaire fort» de l'Europe.

Au nom de ces valeurs, il a envoyé les soldats britanniques au front à cinq reprises: Irak en 1998, Kosovo en 1999, Sierra Leone en 2000, Afghanistan en 2001, Irak encore en 2003.

Deux ans après les attentats du 11 septembre qui ont changé sa vision du monde, cette guerre, rejetée dès le départ par son opinion, et qui a fait quelque 150 morts chez les Britanniques, lui a fait perdre la confiance du pays. Il a toujours refusé de s'en excuser.

Querelles

Les querelles avec son ministre des Finances Gordon Brown, qui attend depuis des années de lui succéder, l'enquête sur le financement douteux du Labour, ont achevé de ternir l'étoile de l'un des politiciens les plus doués de sa génération.

Autant il voulait être aimé durant son premier mandat, autant le troisième l'a vu déterminé jusqu'à l'entêtement. «Le Blair soucieux de plaire des premières années est devenu un dirigeant qui aimait presque être détesté» a résumé Andrew Rawnsley, spécialiste des années Blair.

«La chose la plus importante en tant que Premier ministre (...) est de faire ce que vous pensez juste et pour le reste, l'histoire rendra son jugement», a encore fait valoir cette semaine M. Blair. «Il y a eu tout au long des jugements tactiques immensément difficiles et je ne prétend pas du tout avoir eu raison à chaque fois». (ap)

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