Actualisé 16.01.2015 à 21:24

Fin du taux plancher

Touristes: «Nous ne reviendrons pas de sitôt!»

Avec la décision de la Banque nationale suisse (BNS) de laisser s'apprécier le franc suisse, le secteur touristique risque d'être confronté à un net ralentissement.

«Avec un taux de change si mauvais pour les touristes étrangers, nous ne reviendrons pas de sitôt en Suisse», s'exclame vendredi à l'aéroport de Genève un touriste écossais, reconnaissable à son écharpe à carreaux, venu passer une semaine de vacances en Suisse. «On préfère des pays où le coût de la vie est moins élevé», a-t-il expliqué à l'AFP, en attendant son bagage dans le hall d'arrivée de l'aéroport de Genève-Cointrin.

La Suisse a décidé jeudi de ne plus intervenir sur les marchés pour empêcher le franc de trop s'apprécier face à l'euro et au dollar, ce qui a provoqué un séisme sur les marchés boursiers et des devises. En quelques minutes, les produits suisses à l'exportation sont ainsi devenus 20% plus chers, du fait de l'abandon du taux plancher. «Heureusement que nous avions prévu de passer nos vacances en France», explique à l'AFP Michael Lynch, un retraité anglais de 60 ans qui attend dans le hall de l'aéroport de Genève sa navette qui le mènera dans la station alpine de Chamonix. «On avait pensé faire un tour en Suisse pendant notre semaine pour faire du ski, mais on va annuler», ajoute-t-il, l'air quelque peu dépité.

«Là ça devient impossible!»

Face à lui, Alexeï, un Russe de 45 ans, sourit. Il vient juste de terminer sa semaine de vacances et attend son vol pour Moscou. «J'ai eu de la chance de prendre mes vacances une semaine plus tôt. Déjà que les prix étaient élevés, mais là ça devient impossible!», grogne-t-il. L'effet de la hausse des prix devrait très rapidement se faire ressentir dans le secteur touristique, notamment dans les semaines à venir, à un moment où la saison hivernale bat son plein.

«La journée d'hier marque le début d'une période difficile pour le tourisme suisse», avoue à l'AFP Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme.

Selon elle, le renforcement du franc, qui implique une augmentation du coût des vacances pour les clients étrangers, «aura un effet immédiat sur l'évolution des nuitées. La volatilité actuelle des marchés des changes crée une insécurité concernant les réservations de séjours en Suisse; dans l'immédiat, cette incertitude pourrait se traduire par un arrêt provisoire des réservations. Des annulations ne sont également pas à exclure».

«Carpe diem»

Si la Suisse «ne se différencie depuis longtemps plus en termes de prix» et si ses «atouts en tant que destination de vacances et de congrès sont intacts», le défi de la branche touristique sera de «continuer à les valoriser dans un environnement économique particulièrement difficile», résume l'organisation touristique. Du côté de l'aéroport international de Genève, porte-d'entrée touristique privilégiée dans ce pays, on préfère opter pour une approche «carpe diem».

«Ce n'est pas un tremblement de terre... ni de ciel», ironise auprès de l'AFP Bertrand Stämpfli, porte-parole de l'aéroport. «Il est trop tôt pour mesurer un quelconque impact, mais aujourd'hui nous n'avons pas d'inquiétudes majeures. Au contraire, nous avons même des factures en euros qui nous coûtent moins cher !», ajoute-t-il. Il concède cependant que la mesure aura un impact limité sur les «recettes non aéronautiques», notamment dans les boutiques et la restauration dans le hall de l'aéroport.

En attendant, certains Suisses comptent déjà s'adonner au tourisme... d'achat. Il suffit ainsi pour certains de faire quelques kilomètres pour franchir la frontière française et gagner, encore davantage, en pouvoir d'achat. «J'allais très peu en France mais maintenant je vais sans doute y aller plus souvent pour faire mes courses. Voire même pour des vacances !», concède Christina Majakari, habitante de la ville frontalière de Versoix, les yeux pétillants. (afp)

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