Actualisé 11.05.2018 à 09:54

Genève

«Tous les lieux spécistes sont notre cible»

Les auteurs des récentes attaques de boucheries et de McDonald's exposent les raisons de leur action et leur stratégie.

de
Jérôme Faas
Keystone/Salvatore di Nolfi

Chaque semaine ou presque, ce printemps, des vitrines de boucherie (et d'un McDonald's) explosent sous les jets de pierres nocturnes d'individus se revendiquant de l'antispécisme. Les militants de ce courant de pensée accordent une valeur égale à toutes les espèces animales dites sentientes (soit capables d'éprouver de la douleur, du plaisir, etc.). Ils s'étaient jusqu'alors limités aux manifestations et à la diffusion de films dénonçant les conditions d'abattage des animaux. Certains ont récemment opté pour l'action directe. Ils ont accepté, sans dévoiler leur identité, d'expliquer leurs motivations et leur stratégie.

Ils ont visé jusqu'à présent des boucheries et un McDonald's «car ce sont des symboles de l'économie spéciste». Ils n'entendent cependant pas se limiter à ces enseignes. Ils annoncent: «Nous saboterons tous les lieux symboles du spécisme», car ils souhaitent leur «disparition».

Stratégie de sabotage

Leur objectif, expliquent-ils, est de créer «des dommages économiques aux commerces qui font du profit sur la mort d'individus qui voulaient vivre, dans le but que ces lieux ferment.» Ainsi, casser des vitres «s'inscrit dans une réelle stratégie de sabotage».

«Ça surprend, ça choque, ça exaspère. Peu importe, on parle du spécisme!» Si frapper l'opinion publique les intéresse, ils se moquent de la séduire, affirment-ils. «Nous ne cherchons pas son soutien.» Et de développer. «Si les gens ont plus de compassion pour une vitre brisée que pour des milliards de vies brisées, le problème n'est pas la compréhension de notre mode d'action mais la compassion sélective de ces personnes. La violence ne se situe que derrière les portes des élevages et des abattoirs.»

Action directe «nécessaire»

S'ils considèrent «importantes» les manifestations légales et les enquêtes de militants permettant de montrer l'envers du décor des abattoirs, ils questionnent: «Au final, qu'est-ce qui change pour les animaux?» Pour eux, «la situation est urgente». Ils jugent ne pas pouvoir se payer le luxe d'attendre une ouverture des consciences. «Nous voulons l'abolition de l'exploitation et du meurtre des animaux non humains maintenant!» Dans cette optique, l'action directe est «nécessaire».

«N'importe où, n'importe quand»

Ils expliquent ne pas être un groupe, et n'avoir «aucun lien avec les organisations et associations antispécistes. «Nous sommes des personnes indignées par le sort des animaux» qui «décident de désobéir individuellement». Et d'annoncer d'ores et déjà que de nouvelles actions «peuvent avoir lieu n'importe où, n'importe quand», le but étant, rappellent-ils, de «causer un maximum de dommages économiques aux biens symboliques de l'oppression spéciste en s'attaquant à un maximum de ces lieux».

Retrouvez l'interview complète de notre journaliste ici.

En coulisses

Nous sommes entrés en contact jeudi avec un ou des individus se présentant comme les auteurs des récentes attaques de boucheries. Nos échanges se sont déroulés par écrit. Il nous est donc impossible de savoir si les réponses ont été rédigées par une ou plusieurs personnes, ce d'autant plus que nous ne connaissons pas l'identité de nos interlocuteurs.

Un mois, sept attaques

Entre le 12 et le 15 avril, les boucheries du Molard, de Champel et des Grottes ont été victimes de déprédations revendiquées. Dans la nuit du 1er au 2 mai, la boucherie des Eaux-Vives a été vandalisée. Durant celle du 2 au 3 mai, le McDonald's de la Servette a été visé. Enfin, au cours de la nuit du 3 au 4 mai, deux boucheries de Lancy, aux Palettes et aux Communes-Réunies, ont été ciblées.

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