Suisse romande: «Tout à coup, je me suis retrouvé avec quasi rien»
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Suisse romande«Tout à coup, je me suis retrouvé avec quasi rien»

La crise exacerbe la précarité des étudiants. Entre nouveau job et retour chez les parents, c’est la débrouille au quotidien.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
En mars 2018, un millier d’étudiants et d’apprentis ont tenu une marche à Berne pour réclamer de meilleures conditions d’études et de travail.

En mars 2018, un millier d’étudiants et d’apprentis ont tenu une marche à Berne pour réclamer de meilleures conditions d’études et de travail.

 © Manu Friederich/ Jet d’Encre

Etudiant vaudois de 22 ans, Alexandre* avait une certaine autonomie financière grâce à deux jobs qu’il menait parallèlement à ses études. «Je travaillais alternativement comme agent de sécurité dans les manifestations sportives et vendeur dans un magasin. Mais depuis le printemps, les rencontres se jouent à huis-clos et le magasin accueille moins de clients. J’ai perdu mes deux jobs. Tout à coup, je me suis retrouvé avec quasi rien. Après deux mois d’arriérés de loyer, je n’avais pas d’issue. Je suis retourné vivre chez mes parents.»

Quand la promiscuité s’ajoute à la galère

Cristina*, elle, a vu ses parents débarquer d’Amérique latine en mars. «On vivait les trois dans un studio et une semaine après leur arrivée, le bar où je servais a dû fermer. La promiscuité s’ajoutait à la galère. Heureusement, le papa d’une amie m’a trouvé un job de veilleuse de nuit dans une institution», indique l’étudiante neuchâteloise. Comme Alexandre et Cristina, ils sont des centaines d’étudiants plongés dans une précarité exacerbée par la crise sanitaire. Pour Ada*, étudiante à la Heig-VD, les cours à distance ont fait disparaître ses angoisses de resquilleuse tout en engendrant un nouveau souci. «Le déplacement en train Lausanne-Yverdon, c’est trop cher pour moi. Mais, à la maison, je n’arrive pas à me concentrer».

Mais certains s’en tirent bien. C’est le cas de Frank*, étudiant en sociologie à Lausanne, qui livre des repas à des personnes âgées. «En mai, ça fera un an. Mes frais de déplacement sont remboursés et c’est bien payé», savoure-t-il.

L’exception fribourgeoise

En 2020, le Service des affaires sociales de l’Unil a attribué 1,450 million de francs à 607 étudiants. «Entre le 15 mars et le 30 juin 2019, 104’000 fr ont été versés à 73 étudiants. Pour la même période en 2020, c’est 338’000 fr pour 189 bénéficiaires», précise Cédric Rychen, chef du service. De son côté, le canton de Vaud a mis en place un fonds d’urgence de 580’000 fr pour ses étudiants. L’Unine a traité 360 demandes d’aide entre janvier et novembre 2019 contre 500 entre janvier et novembre 2020. Soit 35% de hausse par rapport à 2019. La surprise vient de l’Unifr où, malgré le coronavirus, les chiffres sont curieusement restés très stables. Ainsi, 381 étudiants y ont sollicité de l’aide en 2018-2019 et… 380 en 2019-2020. «Nous n’avons pas d’explication concrète à cette stabilité, mais nous ne pouvons qu’encourager les étudiants à déposer une demande d’aide», a réagi Ariane Linder, la responsable du service Uni-Social. Depuis la rentrée, quelque 250 étudiants fribourgeois ont sollicité le service social pour une demande de subsides, de coaching ou une orientation. La moyenne de l’aide accordée à ceux au bénéfice de subsides d’études est de 6’900 francs pour l’année académique 2020-2021.

Genève: délier les cordons de la bourse

Contrairement à l’université de Fribourg, les chiffres de l’aide financière apportée aux étudiants de la HES-Ge et de l’Unige montrent une hausse hors du commun en 2020, en lien avec la crise sanitaire. De 406 bénéficiaires (147 HES-GE et 259 Unige) pour un total de 2’879’983 fr en 2018 et 468 bénéficiaires (158 HES-GE et 310 Unige) pour une enveloppe globale de 3’291’528 fr en 2019, on est passé à 1'476 bénéficiaires (554 HES-GE et 922 Unige) pour un montant record de 8’305’777 francs. Un dispositif d’aide d’urgence mis en place par l’Unige et la HES-SO Genève a permis de venir en aide à près de 1’060 étudiants entre mars et août 2020. Les deux structures ont investi 1,1 million de francs, en dehors du budget ordinaire annuel. «Un remarquable élan de générosité a accompagné ce dispositif et a permis de récolter 2,5 millions de francs. Le fonds d’aide d’urgence a atteint un montant de 3,6 millions lors de la première vague», précise Jasmine Champenois, directrice de la division de la formation et des étudiants de l’Unige. Mais la crise sanitaire est couplée à une crise financière: le coronavirus a provoqué la disparition de beaucoup de jobs étudiants. Quelque 1100 nouvelles demandes ont été enregistrées l’automne passé. Par rapport à une rentrée académique habituelle, c’est une hausse de 35%. Depuis, le 6 novembre 2020, le dispositif d’aide d’urgence a été réinstauré en lien avec l’impact des mesures sanitaires sur le marché du travail. Au stade actuel, 397 aides ont été accordées pour un montant total de 482’000 francs. «Quelque 145 dossiers sont en traitement», ajoute Jasmine Champenois.

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