Société: Tout n'est pas rose pour les homosexuels
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SociétéTout n'est pas rose pour les homosexuels

L'écrivain romand Aimé Corbaz sort «l'homophobie expliqué à ma filleule», une série de lettres entre coups de gueule et cri d'espoir.

par
Stéphanie Billeter
Manifestation devant la papamobile, pour contrer les propos de Benoit XVI, dimanche à Barcelone

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Comment cette idée vous est-elle venue?

J'avais envie d'écrire sur l'homophobie sans savoir comment. Et j'ai relu l'ouvrage de Tahar Ben Jelloun, «Le racisme expliqué à ma fille». J'aime le principe de la lettre qui permet d'être plus vivant que didactique.

 Votre filleule aura l'ouvrage à ses 18 ans en 2024. L'avez-vous écrit en pensant à ce moment précis?

 Non, c'est un message du présent pour les jeunes. Ils sont l'espoir d'aujourd'hui. Et je m'adresse aussi aux parents. Car ce n'est pas seulement au jeune gay de faire son coming out, c'est à toute la famille! Vous verrez toujours qu'on adore le fils gay de la voisine, il est si gentil! Mais dès qu'il s'agit de son propre fils, ou de sa propre fille, c'est une autre histoire. Qui peut être violente.

C'est quoi l'homophobie, aujourd'hui en Suisse?

C'est un apartheid invisible. Les homos jouent le jeu, paient leurs impôts, mais doivent se taire, faire semblant et ça me révolte! Quand un Grégory Logean parle de déviance sexuelle et qu'aucun parti ne réagit, ça me rend fou. Non pas pour moi, mais pour ces jeunes homos en Valais. Savez-vous qu'il y a cinq à dix fois plus de tentatives de suicide chez les ados gay que chez les hétéros? L'homophobie peut faire des dégâts considérables. Et elle coûte­ cher à la société, quand on pense que beaucoup deviennent dépressifs ou alcooliques! Sans parler d'une amie lesbienne qui s'est fait refuser l'entrée dans un EMS avec «on ne veut pas de gens comme vous chez nous»... en Suisse!

Vous êtes le justicier gay!

Pas du tout! Plutôt le Don Quichotte de l'hypocrisie et de la souffrance inutile. Je veux simplement rappeler qu'être homo est une identité. Que les politiques ont un rôle à jouer. Il n'y a pas en Suisse de loi anti­discriminatoire équivalant à celle contre le racisme, par exemple. Tout n'est pas aussi rose que certains veulent bien le penser. Il faut évoluer, à l'instar des pays du Nord, qui, question droits, ont trente ans d'avance sur nous.

Que diriez-vous aujourd'hui à un jeune homo qui fait son coming out?

– Sois fier de ce que tu es! On peut avoir honte de ce que l'on fait, pas de ce que l'on est.

«L'homophobie expliquée à ma filleule», d'Aimé Corbaz, Le Cadratin, 40 fr.

www.soifdevivre.ch

Combattre la discrimination

«Par rapport aux autres pays européens, la Suisse est, disons, lanterne orange», dit Yves de Matteis, conseiller municipal Vert à la Ville de Genève,­ coprésident de Pink Cross. La Suisse a certes le Pacs – droits équivalents à ceux du mariage, sauf l'adoption et l'insémination artificielle, interdites, «ce qui est discriminatoire en soi» – mais le pays manque encore de lois. «L'idéal serait que plusieurs partis déposent ensemble une initiative ou que les représentants d'autres minorités soient d'accord de faire une loi générale antidiscriminatoire.» En attendant, Yves de Matteis a déposé une motion, signée par tous les partis, qui demande une coalition internationale des villes contre l'homophobie. Et l'exemple ne devrait-il pas venir des politiques? «A part Marianne Huguenin ou Claude Janiak, exemplaires, nombreux sont les politiques qui hésitent à vivre leur homosexualité librement parce qu'ils craignent de perdre leur électorat. Ils n'auront plus peur quand il n'y aura plus d'homophobie dans la rue.» Le combat continue

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