Actualisé 03.08.2011 à 14:58

Hosni Moubarak

«Toutes ces accusations, je les nie complètement»

Hosni Moubarak a plaidé non coupable mercredi à l'ouverture de son procès, qui a été ajourné au 15 août.

Couché sur une civière, l'ancien président égyptien Hosni Moubarak a plaidé non coupable mercredi à l'ouverture de son procès historique pour meurtres et corruption. Il est le premier dirigeant du Moyen-Orient à comparaître devant un juge depuis le début du «printemps arabe».

«Toutes ces accusations, je les nie complètement», a déclaré d'une voix rauque mais ferme M. Moubarak, en s'emparant du micro qui lui était tendu. Ses fils Alaa et Gamal, accusés de corruption, se sont également dits non coupables. Après une audience de quatre heures, le juge a ajourné le procès des trois hommes au 15 août.

Alaa et Gamal, debout, se sont relayés auprès de leur père, couché sur une civière dans un box grillagé muni de barreaux, tout au long de l'audience, le cachant parfois partiellement à la caméra de la télévision d'Etat, qui a retransmis le procès en direct. Ils tenaient tous deux des livres à la main, probablement des exemplaires du Coran.

Accusé de «meurtre prémédité»

Le président du tribunal Ahmed Refaat a ordonné que l'ancien homme fort du pays soit en attendant le 15 août admis dans le Centre médical international, près du Caire, et donné son accord pour qu'un cancérologue le suive «à chaque fois qu'il en aura besoin», comme l'avait demandé la défense.

Le procès pour meurtres de manifestants de l'ex-ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et de six hauts responsables de la police a, lui, été ajourné à jeudi. Plus de 800 personnes ont été tuées pendant la révolte de janvier-février. L'homme d'affaires Hussein Salem, un proche des Moubarak qui a fui en Espagne, est de son côté jugé par contumace pour corruption.

Un représentant du Parquet général avait auparavant accusé M.'Moubarak de s'être mis d'accord avec M. el-Adli pour le meurtre «prémédité» de manifestants anti-régime dans plusieurs gouvernorats d'Egypte et accusé Alaa et Gamal de corruption. Si M. Moubarak est reconnu coupable de meurtre, il risque la peine de mort.

Appel à un témoignage de Tantaoui

Le président déchu, 83 ans, se trouvait pour la première fois en public depuis sa démission le 11 février. Vêtu de blanc, il a régulièrement parlé à ses fils, calmes et eux aussi habillés en blanc, la tenue réglementaire des prévenus n'ayant pas encore été condamnés.

Ce procès est historique pour l'Egypte et le monde arabe, où l'impunité est habituellement la règle. L'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier par une révolte populaire et réfugié en Arabie saoudite, est lui jugé par contumace pour abus de pouvoir notamment.

L'audience a eu lieu dans le calme, bien que les nombreux avocats présents aient réclamé avec insistance et parfois bruyamment la parole.

L'un des avocats représentant la société civile a demandé à ce que le président du Conseil suprême des forces armées (CSFA), le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense de M.'Moubarak pendant vingt ans et aujourd'hui chef d'Etat de facto de l'Egypte, comparaisse en tant que témoin.

Le procès sur écran géant

Devant l'académie de police, dans la banlieue de la capitale, où a lieu le procès pour des raisons de sécurité, des centaines de personnes au total dont des familles des victimes suivaient avec attention le procès sur un écran géant.

Mais des heurts sporadiques entre pro- et anti-Moubarak, qui se sont affrontés à coups de pierres, ont fait plusieurs blessés malgré la forte présence de la police et de l'armée. Le procès a passionné le monde arabe et le pays, et les rues habituellement bondées du Caire étaient anormalement calmes pendant l'audience.

M. Moubarak avait quitté tôt à bord d'une ambulance l'hôpital de Charm el-Cheikh, où il était en détention préventive depuis avril à la suite de problèmes cardiaques. Il a ensuite été transporté au Caire par avion.

Avant le procès, ses partisans avaient manifesté en brandissant des portraits de l'ex-président, tandis que les anti-Moubarak brandissaient des photos représentant une corde, symbole de la pendaison qu'ils souhaitent à l'ex-président.

Les images de BFM TV montrent l'arrivée de l'ancien président au tribunal:

(ats/afp)

Les faits marquants de la chute de Moubarak à son procès

Rappel des événements en Egypte depuis la démission le 11 février d'Hosni Moubarak, au terme de 18 jours d'une révolte populaire.

Près de 850 personnes ont été tuées pendant le soulèvement (officiel).

--FEVRIER 2011--

- 11: Le président Moubarak démissionne et remet ses pouvoirs au Conseil suprême des forces armées, dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui. Son parti annonce qu'il se trouve à Charm el-Cheikh .

- 12: L'armée promet une «transition pacifique» vers «un pouvoir civil élu», puis suspend la Constitution et dissout le Parlement.

- 21: Gel des avoirs de Moubarak et de sa famille.

--MARS--

- 3: Essam Charaf nommé Premier ministre.

- 19: Référendum sur la révision de la Constitution: 77,2% de «oui».

- 21: L'UE gèle les avoirs de Moubarak et de 18 de ses proches.

- 28: L'armée promulgue une version amendée de la loi sur les partis, facilitant leur formation, mais interdisant toujours leur constitution sur des bases religieuses.

--AVRIL--

- 8: Un mort dans la dispersion d'une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes au Caire.

- 13: Hosni Moubarak placé en détention préventive dans un hôpital de Charm el-Cheikh, où il a été admis après un malaise cardiaque.

- 16: Le Parti national démocrate (PND, au pouvoir sous Moubarak) dissous.

--MAI--

- 17: L'épouse de l'ex-président, Suzanne, libérée après avoir remis ses avoirs à l'Etat.

--JUIN--

- 1er: Le procès d'Hosni Moubarak fixé au 3 août. Selon son avocat, l'ex-président a un cancer de l'estomac.

- 6: Le Parti de la liberté et de la justice, issu des Frères musulmans, légalisé.

- 28-29: Violents affrontements policiers/manifestants au Caire: 1.036 blessés, la grande majorité légèrement.

--JUILLET--

- 13: Les législatives de septembre reportées d'un mois ou deux.

- 19: Moubarak perd parfois connaissance (agence officielle Mena).

- 21: Remaniement du gouvernement conduit par Essam Charaf, mais une partie des ministres du nouveau cabinet ont déjà servi sous Moubarak.

- 23: Plus de 200 blessés dans des affrontements au Caire entre manifestants et partisans des militaires.

- 25: La justice inculpe pour corruption l'ex-Premier ministre Ahmad Nazif.

- 27: Moubarak refuse de s'alimenter et est «extrêmement faible» (médias).

- 28: Le ministre de la Santé, Amr Hilmi, indique que la santé de l'ex-président est «bonne» et qu'il peut être transféré pour son procès.

- 29: Manifestation monstre au Caire, à l'appel essentiellement des islamistes. Quatre morts dans des violences à El-Arich .

- 31: Les activistes, sur la place Tahrir au Caire depuis le 8 juillet, suspendent leur sit-in pour le mois de ramadan.

--AOUT--

- 3: Ouverture du procès de Hosni Moubarak pour corruption et meurtres de manifestants, au côté de ses deux fils, Alaa et Gamal, de l'ex-ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et six hauts responsables de la police. L'homme d'affaires Hussein Salem, un proche des Moubarak, est jugé par contumace.

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